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Shina Hope : « Semer de l’amour grâce à nos différences »

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La version audio de cet article est générée par la synthèse vocale, une technologie basée sur l’intelligence artificielle.

Ilnu de Mashteuiatsh et bispirituelle, Shina Hope est titulaire d'un baccalauréat et d'un DESS en Loisir, culture et tourisme à l'Université du Québec à Trois-Rivières (UQTR). Elle est formée en transmission culturelle, mais aussi en animation et en journalisme radio communautaire et autochtone. Shina Hope participe au programme Premiers peuples pour tisser des récits vivants, de manière enracinée et imagée.

Programme Premiers peuples

Passerelle entre les premiers peuples et Radio-Canada, le programme « Premiers peuples–Raconte-nous une histoire » travaille en vue d'une meilleure représentation des premiers peuples dans les médias, en favorisant la prise de parole d’Autochtones sur les différentes plateformes de Radio-Canada.

Un texte de Shina Hope

Mohkö, la Bullo-Terre originelle

Nous sommes rares nous sommes riches comme la terre nous rêvons.

Un ours couleur gingembre est dessiné, entouré de petites bulles dans lesquelles se trouvent d'autres ours. Le tout est une création visuelle réalisée sur un fond bleu, mauve et gris, où l'on discerne des formes d'arbres et de feuilles.

Mohkö, bispiritours.se partage la culture du Nord de sa mère et du Sud de son père.

Photo : Création de Shina Hope

Dans le territoire ancestral de sa mère au Nord naquit Mohkö, masku (ours, en nelueun, la langue officielle des Pekuakamiulnuatsh – communauté ilnu de Mashteuiatsh) pas tout à fait comme les autres.

Son œil bleu rappelait la glace du Nord, celui de sa maman, et l’autre, brun, la terre et la forêt de son père. Sur sa patte avant, un pelage blanc était présent avec une patte blanche qu’iel devait souvent montrer pour prouver sa bonne foi, son droit d’exister là où iel marchait ainsi que son identité.

Sa mère, une ourse polaire du Grand Nord, lui disait souvent : Mon rayon pishum (de soleil), tu t’accrocheras à la vie. Même dans la tempête, la lumière trouve toujours son étoile!

Son père, Masku, un ours brun ayant travaillé dans le Nord, lui enseignait les éléments : le feu et l’air, afin de se tenir au chaud et debout contre vents et marées. Pendant que sa mère incarnait la mer et la terre, elle l’accompagnait à communiquer avec ses proches, sa famille et ses ancêtres par Nipi (l’eau), par ses rêves et par la tache blanche étoilée entre ses deux yeux. De leur union, un être unique entre deux mondes s’est incarné, avec deux visions distinctes.

Ourson, Mohkö écrivait sur l’écorce les poésies qu’iel voyait dans les couleurs du territoire. Iel rêvait très tôt d’écrire comme sa grande sœur, de raconter les histoires de son peuple, de monter des pièces de théâtre où se mêlaient tous les territoires qu’iel imaginait en inventant des mondes où tous pouvaient parler sans peur d’être jugés.

Mais dans la réalité, les choses étaient différentes.

À la pêche, iel pleurait dès que sa famille s’éloignait; son cœur savait déjà qu’iel était singulier.

Plus tard, Mohkö décida de devenir végane, refusant de consommer la chair d’autres vivants. Son régime fait de miel et de perles du territoire, soit minish (bleuets), lui valut le surnom affectueux, parfois moqueur, de Möhkö – un mot finlandais qui signifie un peu rondouillet ou maladroit et qui fait aussi référence au nom d'un village en Finlande.

L’intimidation et les rumeurs

En grandissant, Mohkö découvrit que la différence effraie souvent plus qu’elle ne fascine. Dans sa communauté, on chuchotait :

C’est pas un vrai masku brun, regarde sa patte blanche! On dirait un panda! En plus, iel n’est pas pêcheur!

Mohkö ne connaît rien d’ici… Pourquoi lui donner la parole?

Il ou elle parle à l’invisible... mon œil! Mohkö se parle tout seul, oui! C’est quoi d’ailleurs son pronom-là, iel? Ça existe même pas!

On comparait sa couleur à celle des autres, on riait de son poil auburn aux reflets dorés. Certains disaient même qu’iel n’était pas originel·le, que ses parents venaient d’ailleurs, que sa kukum (grand-mère) et son mushum (grand-père) n’étaient que des légendes. Sur les réseaux racinaires des branches sociales, les moqueries se poursuivaient : on le traitait de New Bear ou de Boogie Nounours, un masku trop moderne, trop spirituel, pas assez vrai.

Ces mots, ces regards, ces murmures creusaient des blessures invisibles; les mêmes que celles que vivent trop de jeunes Autochtones.

Dans plusieurs communautés, ces blessures mènent au silence, parfois au suicide. Mais Mohkö, iel, décida de partager.

Pour vivre autrement et oublier les rumeurs, Mohkö partit vers l’Ouest.

Iel espérait y trouver la paix et, peut-être, la vérité sur sa propre identité.

Dans la montagne, iel découvrit et apprit des nouvelles traditions et croyances qu’iel adapta à sa terre.

C’est là que vint à lui Mitshishu (l’aigle), son guide spirituel venu de l’Est.

Mohkö lui confia sa colère :

Je veux me battre, mais ma rage me brûle. Comment transformer cette colère?

Et Mitshishu répondit :

Souviens-toi de Gandhi. Ses plus grandes victoires vinrent de la paix. Sois un modèle. Inspire, au lieu de détruire.

Mohkö comprit alors que son combat ne serait pas contre les autres masku, mais contre les idées qui enferment.

Contre les bulles.

Chaque masku croyait à sa façon que chaque communauté vivait dans une bulle invisible, une Bullo-Terre originelle protégée du monde extérieur.

On disait que si quelqu’un tentait d’en sortir, l’Eniku (l'araignée) géante métallique au cœur de pierre venait l’emporter, tissant sa toile électrique autour de lui.

On ne le revoyait jamais.

Les oursons grandissaient avec cette peur : ne pas sortir, ne pas changer, ne pas se montrer différent.

Mais Mohkö, iel, osa.

Un soir, iel pensa très fort à partir. Et soudain, une lumière dorée jaillit sous ses pattes. Une autoroute d’arc-en-ciel se déroula devant Mohkö.

À travers cette porte de feu et de lumière, iel vit que toutes les Bullos-Terres étaient reliées entre elles par un fil doré.

Personne n’était jamais vraiment seul.

Retour au Centre ancestral

En revenant, Mohkö porta un message simple :

Écouter les ouï-dire ne mène jamais bien loin sur notre chemin. Semer de l’amour grâce à nos différences nous relie.

Iel enseigna aux jeunes masku qu’on pouvait être bruns et blancs, du Nord et du Sud, doux et forts à la fois. Qu’on pouvait aimer les minish, les bains de mer finlandais et les poésies sur l’écorce.

Qu’on pouvait être bispiritours.se, porter deux énergies – à la fois féminin et masculin – en marchant sur la voie dorée sans crainte.

Les masku qui se moquaient autrefois commencèrent à écouter.

Certains découvrirent qu’ils portaient eux aussi une tache blanche quelque part.

Le message de Mohkö résonne encore : chaque être a sa couleur, sa lumière, son fil doré.

Et dans le vent du Nord, on entend parfois sa voix murmurer :

Mon ours n’est pas coupable d’avoir cette apparence-là.

Je suis vivant·e. Point.

Les réalités vécues par Mohkö s’inspirent d’histoires très personnelles.

Comme le rappelle la poétesse innue Joséphine Bacon, comme la terre, nous rêvons – et ce rêve, Mohkö nous le rend vivant.

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