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Un groupe réclame l’ouverture des barrières des terres du Séminaire

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Une mobilisation citoyenne prend forme pour l'accès public à la Seigneurie de Beaupré, ou terres du Séminaire, un territoire privé d'une superficie équivalente à trois fois l'île de Montréal. Lancé ce printemps, le mouvement « Une forêt pour tous » veut mettre fin au règne sans partage des autorités religieuses sur ce « bijou » géographique.

La Seigneurie de Beaupré fait 1600 km2. Elle s'étend de Stoneham-et-Tewkesbury, au nord de Québec, jusqu'à Saint-Urbain, dans Charlevoix.

Truffée de vallées glaciaires, de lacs et de rivières, elle abrite certains des plus hauts sommets de la chaîne des Laurentides, dont le mont Raoul-Blanchard, la huitième plus haute montagne de la province.

Des éoliennes juchées sur des montagnes

Vue d'éoliennes depuis le mont Raoul-Blanchard, dans la Seigneurie de Beaupré. (Photo d'archives)

Photo : Wikimedia Commons / P. Davignon

Peu de Québécoises et de Québécois peuvent cependant en admirer les splendeurs. La seigneurie n'est en effet accessible qu'à une poignée de villégiateurs détenant des droits exclusifs sur ce territoire, souvent transmis de génération en génération.

Outre les camps de pêche et de chasse privés, le Séminaire de Québec y tire profit de l'exploitation forestière et permet à l'industrie éolienne de s'y développer, alors que le mégaprojet Des Neiges y a été officiellement lancé au cours des derniers mois.

Les recettes, dit-on, servent de revenu de subsistance pour les œuvres et les services que le Séminaire maintient pour le diocèse de Québec, comme la formation des prêtres et la protection du patrimoine bâti.

La Seigneurie de Beaupré a été créée par la Compagnie de la Nouvelle-France à Paris en 1636. Le fondateur du Séminaire de Québec, Monseigneur François de Laval, en a fait l'acquisition trente ans plus tard. Il en fera don au séminaire en 1680. Une loi d'intérêt privé reconnaît les droits du Séminaire de Québec sur la propriété encore aujourd'hui.

« Il faut faire quelque chose »

Voisine des terres après avoir acquis une propriété à Saint-Tite-des-Caps, Anika Bédard a voulu comprendre ce qui se cachait derrière les barrières érigées par le Séminaire de Québec, auxquelles se butent les amateurs de plein air depuis des décennies.

C'est à côté de chez moi, je suis allée voir, jusqu'à ce que je découvre que je n'ai pas le droit, raconte-t-elle en entrevue à Radio-Canada. Prévenue par d'autres résidents, on lui a rapidement fait comprendre qu'elle n'était pas la bienvenue et qu'elle risquait des ennuis si elle outrepassait les limites de la propriété.

Une femme marche devant une barrière et une infrastructure sécurisée

Comme d'autres avant elle, Anika Bédard s'est butée aux barrières des terres du Séminaire.

Photo : Radio-Canada / David Rémillard

Après quelques recherches sur cette curiosité territoriale, Mme Bédard a décidé d'agir. Je me suis dit : "Il faut faire quelque chose".

Elle a donc fondé le groupe Une forêt pour tous, en avril dernier. Principalement actif sur les réseaux sociaux pour l'instant, le mouvement a déjà dépassé le millier d'abonnés. Étonnée par l'engouement, Mme Bédard n'est plus seule et compte sur un noyau d'une quinzaine de personnes au sein d'un comité de mobilisation.

J'ai trouvé ça tellement beau, j'ai ressenti une paix. Je me suis demandé pourquoi on n'y avait pas accès.

Le groupe réclame essentiellement un accès public à la Seigneurie de Beaupré. Il propose d'aménager des sentiers balisés, en collaboration avec les autorités séminaristes et les villégiateurs déjà établis sur le territoire.

Une forêt pour tous milite également pour le maintien des paysages qui peuvent encore être protégés des perturbations provoquées par l'industrie forestière et les éoliennes.

Une carte montrant la Seigneurie de Beaupré

La Seigneurie de Beaupré fait 1600km2 et s'étend de Stoneham-et-Tewkesbury à Saint-Urbain

Photo : Séminaire de Québec

Pour Anika Bédard, l'aspect conservation doit prendre une place importante dans la démarche du mouvement citoyen. Quand on regarde le territoire, c'est vraiment entre plusieurs parcs nationaux. C'est comme le prolongement. Moi mon rêve, c'est que ça fasse le pont entre ces grands parcs-là.

Les terres du Séminaire on en effet des frontières communes ou à proximité du parc national de la Jacques-Cartier, du parc national des Grands-Jardins et du parc national des Hautes-Gorges-de-la-rivière-Malbaie. Le mouvement propose de favoriser la connectivité entre ces grands espaces publics avec la collaboration du Séminaire.

Vue panoramique des montagnes longeants la rivière Malbaie dans Charlevoix.

Trois grands parcs nationaux bordent la Seigneurie de Beaupré, dont le parc des Hautes-Gorges-de-la-rivière-Malbaie. (Photo d'archives)

Photo : iStock

Momentum et industrialisation

Anne Savary, ingénieure forestier de formation et résidente de Saint-Ferréol-les-Neiges, a joint les rangs du groupe citoyen au cours des dernières semaines. On pense qu'en ce moment, il y a un momentum. On est témoins de ce qui se passe avec l'industrialisation depuis quelques années, explique-t-elle à son tour.

Cette dernière déplore une fermeture complète de la part du Séminaire, même pour les résidents qui habitent autour. Le Séminaire est fermé complètement, c'est une fin de non recevoir.

Deux femmes accotées sur une barrière

Dénonçant ce qu'elles considèrent comme un anachronisme, Anne Savary et Anika Bédard réclament un accès aux terres du Séminaire de Québec, ne serait-ce qu'avec l'aménagement de sentiers balisés.

Photo : Radio-Canada / David Rémillard

Qualifiant la Seigneurie de Beaupré d'anachronisme, Mme Savary estime qu'il est temps d'amener le débat sur la place publique. Elle dénonce une chasse gardée du Séminaire au détriment d'un accès à la nature pour le grand public.

Avec les élections [provinciales] qui s'en viennent, elle veut mettre fin à la loi du silence entourant la Seigneurie de Beaupré et les privilèges octroyés au Séminaire de Québec depuis plusieurs siècles. Elle rappelle que les terres constituent la plus grande propriété privée au Canada.

Il faut se questionner là-dessus. La possibilité de détenir un territoire comme celui-là, de fermer les barrières et [d'en tirer profits] tout en profitant d'avantages fiscaux.

Mme Savary admet être habitée d'un sentiment d'urgence depuis qu'elle observe une accélération du développement de l'industrie éolienne. Les parcs éoliens, c'est une grosse couche de plus. Le Séminaire va recevoir beaucoup d'argent.

Elle craint des perturbations importantes sur les paysages et des impacts irréversibles sur le territoire. On n'est pas contre les éoliennes, on demande seulement un respect par rapport aux paysages.

Une route forestière en été

L'industrie forestière et les parcs éoliens obligent le Séminaire de Québec à aménager d'imposants chemins forestiers sur le territoire.

Photo : Radio-Canada / David Rémillard

Lettre et pétition

Le groupe citoyen prépare actuellement une pétition pour mesurer ses appuis. Il a également contacté différents élus de tous les ordres de gouvernement afin de les sensibiliser à leur cause, y compris la ministre québécoise de l'Environnement, Pascale Déry.

Dans une lettre rédigée la semaine dernière, Une forêt pour tous invite le Séminaire de Québec à les rencontrer pour lancer une discussion sur l'accès public à la seigneurie.

Les villes et villages se développent tout autour de votre territoire, souvent confinés à une mince bande de terre le long de la route 138, avec peu d’accès aux forêts, aux montagnes et aux grands espaces qui font pourtant partie intégrante de leur milieu de vie, puisque situé dans leur propre arrière-cour, plaident les signataires.

Pourquoi ne pas entamer une véritable discussion avec les citoyens, et éventuellement avec les municipalités et le gouvernement?

Ces derniers dénoncent le climat actuel des relations avec la direction du Séminaire et des gestionnaires du territoire.

Les mesures dissuasives et d’intimidation ainsi que les contraventions coûteuses ne régleront pas le problème de fond; au contraire, elles risquent d’alimenter davantage l’incompréhension et la frustration au sein de la population, écrit le groupe. Vous ne pourrez pas ignorer longtemps cette grogne et pression grandissantes.

La lettre est pour l'instant demeurée sans réponse.

Le Séminaire de Québec n'a pas répondu à une demande de réaction de la part de Radio-Canada.

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