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« Parkdale, c’était son quartier » : Helen Lee se souvient du lien profond qui unissait sa grand-mère, Foon Hay Lum, une militante sino-canadienne décédée en 2020, à ce coin de Toronto. La Ville immortalisera ce lien mardi, en baptisant de son nom une ruelle du secteur, à deux pas du restaurant familial et de la maison où elle a vécu.
C'est là qu’elle a passé l’essentiel du peu de temps qu’elle a eu avec mon grand-père, raconte Helen Lee.
Mariée en Chine en 1926, ce n'est que 32 ans plus tard, à l'âge de 50 ans, que Foon Hay Lum a pu rejoindre son époux Jack Lum au Canada, en raison de la Loi de l'immigration chinoise, qui a interdit presque toute immigration chinoise au pays pendant deux décennies.
La centenaire a demandé réparation pour cette injustice toute sa vie.

Mariée en 1926, Foon Hay Lum n'a pu rejoindre son mari Jack Lum à Toronto que 32 ans plus tard. (Photo d'archives)
Photo : Photo soumise par Helen Lee
Son combat pour la justice
Quand son mari meurt après douze ans de vie commune à Toronto, Foon Hay Lum retrouve le certificat de taxe d'entrée de son époux; une taxe imposée aux immigrants chinois avant la loi d'exclusion.
Elle s'est souvenue des histoires qu'il lui racontait, et elle s'est dit que ce n'était pas juste, raconte Helen Lee.
Quand le Conseil national des Canadiens chinois a lancé sa campagne pour la reconnaissance de la taxe d'entrée, elle a su que c'était l'occasion de contribuer à la communauté, mais aussi de faire quelque chose pour son mari.

Foon Hay Lum et son mari Jack Lum. (Photo d'archives)
Photo : Photo fournie par Helen Lee
Mon grand-père aimait le Canada, il admirait la ville [de Toronto] qu'il voyait se construire, se souvient Mme Lee. Il savait que les politiques discriminatoires n'étaient pas justes, mais il était persuadé que le pays finirait par réparer ses torts, et il souhaitait que [ma grand-mère] soit là pour le voir.
Non seulement elle l'a vu, mais elle y a participé, souligne-t-elle.
En 2006, Foon Hay Lum se rend à Ottawa, accompagnée de sa petite-fille et d'autres membres de sa famille pour assister aux excuses officielles du premier ministre de l'époque, Stephen Harper, à la communauté sino-canadienne. Il avait alors prononcé quelques mots en chinois dans son discours.

Foon Hay Lum s'est rendue à Ottawa en 2006 à l'âge de 98 ans, pour y recevoir les excuses officielles du premier ministre de l'époque, Stephen Harper. (Photo d'archives)
Photo : Photo soumise par Helen Lee
C'était important pour elle de les entendre dans sa langue, se souvient Helen Lee.
Une femme pleine de grâce
En parallèle de ce combat pour la justice, sa famille et ses proches se souviennent de Foon Hay Lum comme d'une femme pleine de grâce, jamais amère malgré les épreuves. Elle disait toujours quelque chose de gentil, elle n'évacuait jamais sa frustration sur les autres, peu importe les difficultés de sa journée, raconte sa petite-fille.
Elle a vécu indépendamment dans sa maison de Parkdale jusqu'à ses 107 ans, dit Helen, où elle prenait soin de tout et ne gaspillait rien. Elle réutilisait chaque boîte de conserve, chaque pot, se remémore-t-elle.

Foon Hay Lum a vécu dans sa maison à Parkdale jusqu'à ses 107 ans. (Photo d'archives)
Photo : Photo soumise par Helen Lee
Faire vivre son histoire
Helen Lee espère que les passants qui emprunteront à l'avenir la ruelle baptisée en l'honneur de sa grand-mère porteront un regard curieux sur le nom qu'elle affiche. J'aimerais qu'ils se disent : "Wow, c'est qui cette Foon Hay Lum? C'est un nom étrange, non? Qui est-elle?", confie-t-elle. J'espère que les jeunes vont faire une recherche sur Google et en apprendre un peu plus.
Elle espère que davantage de petites histoires seront enseignées à l'école pour mieux comprendre ce qui s'est passé.
On peut parler des événements historiques, mais sans les histoires humaines, ces événements sonnent creux.
Ce sont les histoires qui donnent vie aux gens, qui montrent comment ils ont vécu, renchérit-elle.
Helen Lee espère que cette reconnaissance inspirera d'autres familles à documenter leur propre mémoire.
Foon Hay Lum est décédée en avril 2020, à 111 ans, à la résidence de soins de longue durée Mon Sheong Home for the Aged, dans le quartier chinois de Toronto, frappée par la première vague de COVID-19.
Six ans plus tard, le conseil communautaire de Toronto et East York a approuvé le nommage de la ruelle, le 30 avril dernier.
J'espère que le nommage de cette ruelle aidera les Canadiens à porter un regard plus honnête sur leur histoire, a déclaré le conseiller municipal du quartier, Gord Perks, devant le conseil.
Helen Lee ne vit plus à Toronto, mais revient souvent à Parkdale, où se trouve toujours la maison familiale. Grand-mère a laissé sa marque dans le quartier, et ce sera pour toujours, dit-elle. Et cela m'apporte beaucoup de paix. Elle y sera d'ailleurs mardi, lorsque le nom de la ruelle sera officiellement dévoilé.


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