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Discrètement, à l’abri des coups d’éclat de la guerre contre le trafic de stupéfiants sur la Côte-Nord, des victimes tentent de guérir. Au sein de la communauté innue de Uashat mak Mani-utenam, de plus en plus de résidents aux prises avec des dépendances sont prêts à parcourir des centaines de kilomètres pour trouver de l’aide.
En effet, une relation semble s’être nouée entre la Maison Jean Lapointe à Montréal et un nombre grandissant d’Innus. Ça a vraiment commencé d’une façon banale quand notre agent de liaison a développé un lien avec un Innu de Uashat, remarque Anne-Élizabeth Lapointe, la directrice générale.
Cet agent, c’est Patrick Allaire, qui œuvre depuis des décennies dans la lutte contre les dépendances.

Un poste a été créé spécifiquement pour Patrick Allaire, qui est agent de liaison auprès des communautés innues pour la Maison Jean Lapointe.
Photo : Radio-Canada / Frederic Tremblay
Et cette rencontre est pour lui une sorte d'épiphanie. Traumatismes intergénérationnels, pensionnats... Je vis au Québec depuis 52 ans. Comment ça se fait que je ne sois pas au courant de tout ça?, se demande M. Allaire.
D’une poignée de résidents des communautés innues de la Côte-Nord à l'époque, ce chiffre est passé à 175 en 2025. Patrick Allaire s’attend à un achalandage plus ou moins équivalent cette année.
Ça a poussé la Maison Jean Lapointe à s’adapter et à beaucoup voyager. On ne se le cachera pas, nos intervenants étaient frileux, avoue Mme Lapointe. Mais le centre leur organise des formations, des aînés leur rendent visite et, finalement, un poste est créé pour que Patrick Allaire se concentre strictement sur les ponts à construire avec les Innus de la région.
À l’intérieur des murs, une salle est désormais réservée aux membres de la communauté, des éléments culturels sont installés et certains rituels ont commencé à prendre leur place. Des rituels auxquels des allochtones en viennent aussi à participer. Ça a un impact excessivement positif, estime la directrice générale de la Maison Jean Lapointe.

Anne-Élizabeth Lapointe a repris les rênes de la Maison Jean Lapointe en 2019.
Photo : Radio-Canada / Frederic Tremblay
Le crack, un nouveau venu dévastateur
Patrick Allaire a su que les gangs de rue arrivaient sur la Côte-Nord quand il a commencé à recevoir à la Maison Jean Lapointe des consommateurs de crack. Quand j’ai vu ça, je me suis dit : "Oh là là, c’est pas vrai."
Le crack, dont l’usage a gagné du terrain depuis deux ou trois ans, a une empreinte plus large que d’autres. Ça n'entraîne pas juste la consommation, ça entraîne des problèmes de santé mentale, de criminalité, de prostitution, explique l’agent de liaison. On ne peut pas être dépendant au crack sans que ça ait des conséquences partout dans la communauté.

Une vague d'incendies suspects a touché la communauté innue de Uashat mak Mani-utenam au mois de décembre. (Photo d'archives)
Photo : Radio-Canada / Michèle Bouchard
Des conséquences, la région en a subi. L’infiltration des gangs de rue sur la Côte-Nord s’est traduite par des incendies criminels à répétition, par des coups de feu dans des quartiers résidentiels, par de nombreuses perquisitions et arrestations.
Le conseil de bande de Uashat mak Mani-utenam est au cœur de la lutte contre cette vague de crime, tant par la force que par la guérison.
Un chemin à part
La Maison Jean-Lapointe, bien qu’elle soit un organisme à but non lucratif, demeure un centre de thérapie privé. C’est une des raisons pour lesquelles la conseillère Joséphine Pinette insiste pour la distinguer des services offerts par le conseil de bande de Uashat mak Mani-utenam.
La priorité du gouvernement innu, selon elle, est de mettre de l’avant ses propres ressources.

Joséphine Pinette est la conseillère responsable des services communautaires au conseil de bande de Uashat mak Mani-utenam.
Photo : Radio-Canada / Daniel Fontaine
C'est qu'un programme de 21 jours à la Maison Jean Lapointe coûte 5700 $. De ce montant, Santé Canada couvre la moitié. Le reste est généralement assumé par la Fondation Jean Lapointe et le conseil de bande.
Si les patients autochtones ne paient eux-mêmes généralement rien pour leur séjour, il n’en reste pas moins que les charges peuvent s’avérer importantes pour le conseil. Elles incluent notamment le transport et l’hébergement avant et après le séjour.
En comparaison, les traitements offerts par la communauté sont entièrement couverts par Santé Canada.
Nos services communautaires ont plusieurs offres en ressourcement et en thérapie, souligne Mme Pinette. Cette diversité leur permet d’ailleurs de mieux orienter les personnes aux prises avec des dépendances, que ce soit vers des traitements, des retraites spirituelles ou des services psychologiques.
Il n’en reste pas moins que le conseil de bande de Uashat mak Mani-utenam est ouvert à la présence d’autres ressources dans la communauté, comme la Maison Jean Lapointe. Quant à cette dernière, elle entend bien s’y engager à long terme. Ce qu’on souhaite, c’est d’avoir un impact durable, affirme Anne-Élizabeth Lapointe. Le travail commence vraiment quand on revient dans la communauté.


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