Tout le monde s’est déjà retenu d’uriner, pour diverses raisons. Pour certaines personnes, ceci est même une habitude. En revanche, il s’agit là d’une mauvaise habitude car le système urinaire présente des limites physiologiques qu’il est important de respecter. Il faut dire que les complications possibles sur le plan de la santé ne sont pas à prendre à la légère.
Une habitude mettant en danger la vessie
Certaines personnes ont l’habitude de se retenir d’uriner, principalement au travail, étant donné que certains emplois laissent très peu de place aux pauses. Il peut également s’agir de facteurs psychologiques et sociaux, par exemple l’hygiène des lieux ou le syndrome de la vessie timide, à savoir l’incapacité d’uriner en présence d’autrui ou dans des toilettes publiques par peur d’être surpris ou entendu. En réalité peu importe les raisons, les retenues prolongées et fréquentes peuvent avoir des conséquences sur la santé de la vessie, exposant potentiellement l’organisme à des complication parfois très graves.
Il faut savoir que le muscle se trouvant sur les parois de la vessie – le détrusor – peut s’étirer afin de stocker entre 300 et 500 ml d’urine, avant d’alerter le système nerveux. Or, se retenir de manière excessive cause un élargissement non naturel du muscle et si cela devient une habitude, il est possible que ce même muscle perde tout simplement son élasticité naturelle, ainsi que sa force de contraction.
Malheureusement, si le détrusor perd son élasticité, il devient systématiquement question d’une vidange incomplète de la vessie. En résulte l’apparition et la stagnation d’un résidu post-mictionnel (RPM) dont la nocivité pour la santé urinaire n’est plus à prouver. En effet, la vessie se transforme alors en un environnement propice à deux types de proliférations majeures : bactérienne et minérale.
Crédit : RyanKing999 / iStock
Un cocktail dangereux
Selon certains travaux, des bactéries comme Escherichia coli utilisent le temps de stagnation pour adhérer aux parois de la vessie et s’adapter à leur nouvel environnement. Ces bactéries peuvent alors s’organiser en biofilms, des structures protectrices les rendant très résistantes au système immunitaire et aux antibiotiques. D’autres recherches mettent en lumière une pénétration des bactéries dans les couches profondes de la paroi vésicale, à l’origine de réservoirs responsables d’infections urinaires à répétition.
La stagnation de l’urine favorise aussi la prolifération de minéraux tels que le calcium, l’oxalate, le magnésium et le phosphate. Ceux-ci cristallisent et forment des calculs douloureux dans la vessie mais également dans les uretères, c’est à dire les deux conduits musculaires transportant l’urine depuis les reins jusqu’à la vessie.
Il est même parfois question d’interactions entre les minéraux et les bactéries, ces dernières devenant des sites de nucléation fournissant une surface physique sur laquelle les cristaux de calcium se déposent et grossissent. Aussi, certaines bactéries comme Proteus mirabilis sont capables de rendre le pH de l’urine plus alcalin, favorisant la formation massive de cristaux.
Des possibles atteintes aux reins
Se retenir d’uriner trop longtemps et trop souvent n’impacte pas seulement la vessie mais également les reins. En effet, la pression interne devenue beaucoup trop forte génère un reflux vésico-urétéral, principale cause de distension mécanique (hydronéphrose). Il s’agit d’une dilatation anormale des cavités rénales. Non seulement l’urine ne s’évacue pas mais celle-ci remonte directement vers les reins en y transportant des bactéries pathogènes. Dans les cas les plus préoccupants, il est question d’une insuffisance rénale chronique et/ou d’une pyélonéphrite aiguë, une infection relevant de l’urgence médicale.
Selon les spécialistes en urologie, maintenir un système urinaire en bonne santé implique d’uriner à une fréquence entre 4 et 7 fois par jour. Les experts conseillent également de réagir assez rapidement aux premières véritables envies d’uriner. L’objectif est d’éviter un affaiblissement des signaux neurologiques envoyés au cerveau, qui peut apparaitre à force d’ignorer systématiquement l’envie.


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