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Franz-Olivier Giesbert salue le travail d’enquête mené par Sarah Knafo dans Le Casse du siècle, qui a le mérite de dénoncer notre modèle social avec un humour devenu rare. FOG brosse le portrait d’une talentueuse figure du libéralisme capable d’œuvrer à l’union des droites, tout en lui déconseillant, pour le moment, la course à l’Élysée.
Causeur. À quel personnage de la littérature ou de l’Histoire compareriez-vous Sarah Knafo ?
Franz-Olivier Giesbert. La plupart des grands personnages de l’histoire de France ont le sens du tragique : voyez de Gaulle, Jeanne d’Arc ou Charles V. À l’exception d’Henry IV, ce ne sont pas des joyeux drilles, même si le Général pouvait manier l’humour en certaines occasions. Or, ce qui caractérise Sarah Knafo, c’est précisément son rire, sa bonne humeur perpétuelle. Elle n’a rien à voir avec eux.
Au siècle de la plainte, ça tranche. De ce point de vue, elle se rattacherait plutôt, toutes proportions gardées, à une tradition anglo-saxonne incarnée tour à tour par Lincoln, Churchill ou Reagan, trois machines à fabriquer des bons mots ou des bonnes blagues dans toutes les situations. Mais si vous voulez que je la raccroche à tout prix à la France, on peut dire de Sarah Knafo qu’elle est une élève de Molière, notre monument national, praticien du rire thérapeutique.
Allons, son livre, Le Casse du siècle, n’est pas très drôle !
Certes, le sujet – la déglingue de notre soi-disant « modèle » – n’est pas drôle. Mais à y regarder de plus près, si elle flingue à longueur de pages, c’est en rigolant. Déjà, la couverture n’est pas celle d’un pensum économique, mais d’un livre où on va s’amuser : elle est présentée en fliquette devant son mur d’enquête avec des photos et des Post-it sur lesquels on lit : « À qui profite le crime ? » ou « Scènes de crime ». Sarah Knafo ne se prend pas au sérieux. C’est une Calamity Jane qui rigole. Là est, je crois, l’une des principales raisons de son succès. Elle imprime, comme on dit. Elle n’est pas la seule, notamment à droite. Marion Maréchal aussi imprime : elle reste populaire quand elle fait peu d’apparitions médiatiques, mais elle utilise d’autres méthodes, notamment des formules qui tuent.
À quelle star de cinéma confieriez-vous le soin de jouer son rôle ?
Comme vous y allez ! Si j’étais chargé de mettre en scène son « biopic », je rechercherais plutôt une comédienne qui a de l’humour. En France, on a l’embarras du choix. Mon premier choix serait une nouvelle Jacqueline Maillan à cause du rire gloussant, de l’énergie communicative et de l’art de balancer des vacheries, qu’elles ont toutes deux en commun.
Quel est le secret de son succès ? Son intelligence, son charisme, sa vie romanesque, son positionnement idéologique, ses sujets de prédilection ?
Tout cela, bien sûr, mais pas que. Dans une société où quasi tout le monde est assigné à un rôle de victime, Sarah Knafo ne victimise pas et n’infantilise pas non plus les électeurs potentiels auxquels elle s’adresse. Au contraire, elle les responsabilise et les traite en adultes : elle les emmène par la main pour leur montrer concrètement comment ils se font gruger par notre Léviathan national : l’État dit « providence », bien plus glouton que redistributeur.
Il est assez rare qu’une femme politique assume aussi bien sa féminité. On ne l’imagine pas brailler parce qu’un homme l’a complimentée. N’est-elle pas la meilleure représentante d’un féminisme victorieux ?
Sans doute, mais il y a d’autres femmes de ce genre dans la plupart des partis. Je pense encore à Marion Maréchal. Si l’on se penche sur le passé, il me semble que des femmes politiques comme Simone Veil, Françoise Giroud, Anne Hidalgo, Ségolène Royal ou Michèle Barzach ont toutes incarné, à un moment donné, avec plus ou moins de bonheur, ce féminisme victorieux que vous évoquez.
Une star est née, disiez-vous à propos de Sarah Knafo pendant les municipales.
Aux élections municipales de Paris, en mars dernier, elle est parvenue, sans implantation particulière, quasiment toute seule, à obtenir un score de plus de 10 %. Une sacrée performance. Ensuite, elle a eu la bonne idée de se retirer et de se désister en faveur de Rachida Dati, sans rien demander en échange. En somme, la classe.
Pensez-vous qu’elle sera un jour présidente ?
N’allons pas trop vite, elle vient à peine d’entrer en scène. Il me semble que vous devriez être instruite par l’expérience du frivolet inexpérimenté, même pas élu municipal, qui a gravement abîmé la France après être devenu président de la République à 37 ans en profitant d’un étrange concours de circonstances – la mise en examen du candidat favori François Fillon à quelques jours du premier tour. « Malheur à toi, pays dont le roi est un enfant », dit l’Ecclésiaste. La politique est un métier difficile et il s’apprend. Sarak Knafo a encore beaucoup à apprendre. Mieux vaut ne pas sauter les étapes.
Donc, elle a raison de ne pas se présenter. Il semble désormais acté qu’elle ne sera pas candidate.
D’un point de vue personnel, cela vaut mieux pour elle. Elle n’aurait rien à y gagner, ç’aurait été perdu d’avance. J’espère par ailleurs que la France ne s’entichera plus de candidats prétendument jeunes et intelligents. Après l’épisode Macron, elle devrait être vaccinée à tout jamais contre des erreurs de ce genre. Ce qu’on attend de nos gouvernants, c’est avant tout du courage, de la volonté, de l’obstination. De l’expérience aussi.
Finalement, il semble que le candidat de Reconquête ! sera Éric Zemmour. Que vous inspire leur couple politique ? Y a-t-il des précédents dans notre histoire ?
Il y a un précédent qui saute aux yeux, celui de François Hollande et de Ségolène Royal. Un couple politique qui, à la fin, a mal tourné. C’était écrit. Disons, pour simplifier, qu’il n’y avait qu’un seul fauteuil présidentiel pour les deux et, en plus, ils avaient le même âge. D’où d’insurmontables tensions. Dans le couple Zemmour, il y a, en revanche, une différence d’âge qui permet de se répartir les rôles. C’est plus pratique.
Contrairement à Zemmour, Knafo est digérable par une grande partie de la droite classique. Peut-elle initier ou favoriser la grande réconciliation des droites ?
Elle recrute ses partisans dans tous les milieux, y compris, comme j’ai pu le constater, dans les classes populaires à Marseille, où ses vidéos didactiques ont fait des ravages. Elle est une pièce importante d’une éventuelle grande réconciliation des droites, mais elle n’est pas la seule.
Comment expliquez-vous qu’elle cartonne avec un livre sur les impôts ? Son succès signifie-t-il que le mot libéral n’est plus honni en France ?
Comment ne pas se féliciter de cette résurgence du libéralisme, pardonnez le gros mot, après tant d’années de mensonges et de désinformation ? En France, la parole économique a été trop longtemps confisquée par l’extrême gauche crypto-marxiste ou par des farceurs comme Thomas Piketty et Gabriel Zucman, Laurel et Hardy d’un antilibéralisme primaire, soutenus par les médias, dont les « travaux » sont mis à mal par leurs collègues. Aujourd’hui, avec les incontestables succès de Javier Milei en Argentine, le libéralisme économique est en train de renaître un peu partout dans le monde. Chez nous, il est porté par trois personnalités de premier plan : Sarah Knafo chez Reconquête !, David Lisnard chez LR jusqu’à sa démission récente, Guillaume Kasbarian, proche d’Attal, chez Renaissance. Ces gens-là sont totalement en phase. S’il y a une grande réconciliation des droites, il serait logique qu’elle commence par un front commun des libéraux partisans de l’économie de marché qui ont, eux, des solutions pour faire repartir notre pays qui étouffe sous les taxes, les normes, les réglementations.
Une grande partie du discours de Sarah Knafo revient à expliquer aux gens que l’État les vole et qu’eux ne sont responsables de rien. La situation du pays n’est-elle pas une coproduction entre gouvernés et gouvernants ?
Oui, bien sûr, c’est une coproduction et je ne suis pas d’accord avec tout ce que Sarah Knafo écrit là-dessus. Mais bon, la responsabilité de nos gouvernants reste écrasante. Avec la complicité d’une grande partie des médias, ils ont par exemple longtemps menti en maquillant les comptes publics pour cacher aux Français que l’une des raisons de notre endettement démentiel est que l’État abonde aux déficits des régimes de retraite, notamment ceux des fonctionnaires. Cela, les Français n’avaient pas le droit de le savoir. Faut-il accepter ces tricheries de république bananière ? Comme tous les libéraux, je crois à la transparence et il est toujours sain qu’elle s’impose sur ce sujet comme sur d’autres. Ce n’est qu’un début, le combat continue !


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