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Entre la hausse de la solitude, la place grandissante du numérique et la diminution des interactions quotidiennes, les conversations se raréfient. D’après une étude réalisée entre 2005 et 2019, cette baisse d’interactions sociales pourrait avoir des conséquences sur notre santé mentale.
A.A. - Aujourd'hui à 07:15 - Temps de lecture :
Nous parlons de moins en moins… Entre 2005 et 2019, le nombre de termes prononcés par jour a chuté de près de 30%. Selon une étude publiée en mars dans la revue Perspectives on Psychological Science, les gens disent de moins en moins de mots et cela peut avoir des conséquences sur notre santé mentale.
Pour mener cette étude, les psychologues Valeria Pfeifer, de l'université du Missouri-Kansas City, et Matthias Mehl, de l'université d'Arizona, ont analysé les données de milliers de participants résidant aux États-Unis, au Mexique, en Australie et en Europe. En 2005, au début de l’étude, chaque participant prononçait en moyenne 16 632 mots par jour. En 2019, le chiffre est tombé à 11 900 mots.
Un quotidien plus solitaire
Dans les années 1700 en Europe, les cafés étaient un lieu de rencontre et de conversation. Comme le souligne la psychologue Sherry Turkle dans son livre Reclaiming Conversation (2016), beaucoup s'y rendaient spécifiquement pour avoir des discussions. Aujourd’hui, entre les commandes à emporter, les ordinateurs portables et les clients avec leurs écouteurs, aller dans un café se limite souvent à acheter une boisson, détaille The Atlantic.
En effet, plusieurs facteurs peuvent expliquer cette diminution des conversations quotidiennes. Selon les auteurs de l’étude, la principale explication serait l’augmentation du temps passé seul. Un phénomène souvent inconscient, renforcé notamment par le Covid-19. Une étude a ainsi montré qu'entre 2003 et 2019, la part du temps libre passé seul par les Américains a augmenté d'environ 44% à 49% (hors temps de travail et sommeil). Dans les pays européens, la part de personnes déclarant voir des amis quotidiennement est passée de 21% en 2006 à 12% en 2022.
Les réseaux sociaux et le numérique sont également des facteurs importants. Aujourd’hui, entre les achats en ligne, les réservations sur internet et les conversations numériques, les interactions quotidiennes sont de moins en moins nombreuses.
Moins d’empathie, plus d’anxiété
Moins de mots, certes, mais pas sans conséquences. Selon les chercheurs, cette diminution des échanges pourrait aussi avoir des effets sur notre fonctionnement psychologique. Les conversations en face à face favorisent davantage l’empathie que les échanges exclusivement écrits. « Nous ressentons l'émotion d'une conversation au plus profond de notre corps », souligne Sherry Turkle.
Un manque de conversations orales peut également impacter plusieurs capacités cognitives. Contrairement aux messages, les conversations orales permettent de travailler la mémoire ou encore l’attention. D'après Valeria Pfeifer, une grande partie du fonctionnement de notre cerveau se retrouve aujourd'hui « externalisée dans un appareil mobile ».
Malheureusement, cette situation est un cercle vicieux : moins il y a de petites interactions sociales même superficielles, plus les gens ressentent de l’anxiété à l’idée d’en avoir et donc ne les provoquent plus. Dire quelques mots à un voisin, un commerçant ou un collègue pourrait ainsi être bien plus important qu'il n'y paraît.


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