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La juge au procès de Richard Edwin rejette la thèse de non-responsabilité criminelle de l’accusé et le reconnaît coupable de meurtre prémédité pour la mort de deux hommes à Toronto en 2022. L’accusé de 43 ans avait plaidé non coupable à l’ouverture de son procès en octobre, en invoquant la schizophrénie dont il est atteint.
ATTENTION : cet article pourrait choquer la sensibilité de certains lecteurs.
Richard Edwin avait admis à l’ouverture de son procès sans jury qu’il avait tué au hasard, par balles et dans le dos, Kartik Vasudev et Elijah Eleazar Mahepath à deux jours d’intervalle dans l’est du centre-ville.
Le premier a été tué à la station de métro Sherbourne le 7 avril 2022 et l’autre, à l’intersection des rues Dundas Est et Jarvis, le 9 avril 2022.
M. Vasudev était un étudiant étranger âgé de 21 ans et M. Mahepath, un citoyen de 35 ans. Richard Edwin, qui avait été appréhendé le 10 avril 2022, ne les connaissait pas.

Kartik Vasudev (à gauche) et Elijah Eleazar Mahepath (à droite) ont été tués par balles à deux jours d’intervalle en 2022 à Toronto. (Photo d’archives)
Photo : Avec l’autorisation du service de la police de Toronto
La police avait découvert au domicile de l’accusé cinq armes de poing légales. Les policiers avaient aussi trouvé dans une poubelle à l’extérieur de son appartement les vêtements qu’il portait lorsque M. Mahepath a été tué.
Richard Edwin avait raconté aux policiers qu’il avait vu un homme sur une souche qui lui avait ordonné de tuer M. Vasudev et qu’il avait entendu, deux jours plus tard, la voix d’un homme qui lui intimait d’abattre M. Mahepath.
Une déclaration commune des faits avait confirmé qu’il est bien schizophrène, sur la foi de son dossier médical et des déclarations de ses parents, et qu’il n’a pas été traité pour ses troubles mentaux de 2010 à 2022.
La Couronne et la défense s’entendaient pour dire que l’individu était dans un état de psychose au moment des faits reprochés.
Les deux parties étaient en outre d’accord pour dire qu’il était capable de comprendre la nature et le caractère de ses actions, mais seule la défense soutenait qu’il était en revanche incapable de comprendre que ce qu’il faisait était moralement condamnable.
Un verdict détaillé et minutieux
Dans son jugement, la juge Jane Kelly, de la Cour supérieure de l’Ontario, affirme que l’accusé, bien qu’atteint de schizophrénie, est criminellement responsable du double meurtre selon la prépondérance des probabilités.
Elle donne raison à la Couronne et à son psychiatre légiste, la Dre Alina Iosif, qui affirmaient que l’accusé savait que ce qu’il avait fait était moralement et légalement répréhensible.
La psychiatre légiste de la défense, la Dre Lisa Ramshaw, avait dit qu’il était au contraire incapable de comprendre que ses deux crimes étaient condamnables.
L’accusé lui avait affirmé en détention que les voix qu’il entendait lui avaient dit que la bonne chose à faire était de tuer les deux hommes.

Richard Edwin (en blanc) arrive au poste de police le soir du 10 avril 2022. (Photo d’archives)
Photo : AVEC L'AUTORISATION DE LA COUR SUPÉRIEURE DE L'ONTARIO
S'il décidait de ne pas suivre ces indications, les voix l'avaient menacé en lui disant que des suprémacistes blancs venus d’Ukraine le tueraient et que des bombes seraient larguées sur Sainte-Lucie et la Jamaïque.
Or, l’accusé n’a jamais parlé à la Dre Iosif du danger ou des menaces auxquelles il s'exposait s’il désobéissait aux voix qu’il entendait.
Richard Edwin lui avait plutôt dit qu’il n’avait ressenti aucun danger au moment où il a tiré sur ses victimes et qu'il ne s'était pas senti menacé.
La juge Kelly relève que la contradiction est d’autant plus contrastante que l’accusé a dit à la Dre Ramshaw que la personne qu’il avait vue sur une souche avant de tuer l’étudiant était un véritable homme, alors qu’il a déclaré à la Dre Iosif qu’elle était une divinité africaine.

Des agents sont en train de fouiller l’accusé, Richard Edwin, le soir du 10 avril 2022 à son arrivée au poste de police. (Photo d’archives)
Photo : AVEC L'AUTORISATION DE LA COUR SUPÉRIEURE DE L'ONTARIO
La magistrate conclut que Richard Edwin était capable d’accéder à une pensée rationnelle au moment des faits et que, par conséquent, la défense sur la non-responsabilité criminelle n’est pas fondée.
Elle rejette en outre les allégations de la défense selon lesquelles la Dre Iosif était partiale lorsqu’elle a examiné l’accusé en détention trois mois après la Dre Ramshaw.
Elle souligne que la conduite de l’individu, le 7 avril 2022, démontre que ses actions semblaient rationnelles, méthodiques et organisées d’après les preuves vidéo et la déclaration commune des faits.
À l’exception du meurtre insensé de Kartik Vasudev, M. Edwin n’a manifesté aucun comportement étrange immédiatement avant, pendant ou après le meurtre et rien n’indique qu’il était en proie à des hallucinations ou à des délires, écrit-elle.

Richard Edwin est resté les bras croisés pendant presque toute la durée de l’interrogatoire de police de 50 minutes, le 11 avril 2022. Le sergent-détective Jack Allison est assis à droite. (Photo d’archives)
Photo : AVEC L'AUTORISATION DE LA COUR SUPÉRIEURE DE L'ONTARIO
La juge précise que l’accusé semblait bien avoir eu un plan et qu’il s’était muni des éléments nécessaires à son exécution.
Elle rappelle qu’il avait quitté son domicile avec une arme à feu chargée et qui lui était facilement accessible, et qu’il avait envisagé de modifier son apparence.
Richard Edwin avait en outre effectué des recherches sur son ordinateur sur divers sujets, comme : Comment gagner un duel armé? et Qu’advient-il de vos biens lorsque vous allez en prison?
La juge répète que la conduite de l’accusé juste avant le second meurtre présentait les mêmes caractéristiques.
Bien que j’accepte l’opinion des deux psychiatres selon laquelle une personne psychotique peut apparaître tout à fait normale aux yeux d’autrui, il n’existe aucune preuve admissible que Richard Edwin était atteint d’hallucinations ou de délire au moment des deux meurtres, mentionne-t-elle.
Des crimes délibérés et planifiés
Ayant conclu que l’accusé était criminellement responsable de ses actions, il restait à la magistrate de déterminer s’il avait commis un double meurtre prémédité comme le soutenait la Couronne ou non préméditée, comme le prétendait la défense.
La juge conclut que la Couronne a prouvé au-delà de tout doute raisonnable la préméditation des deux meurtres à la lumière des preuves qui lui ont été présentées lors du procès.
Les deux meurtres étaient planifiés et ont été commis de façon délibérée, conclut-elle en ajoutant que l’accusé est apparu, sur les vidéos de surveillance, calme, serein et maître de lui-même, après chacun des crimes.
Avec un verdict de culpabilité pour meurtre prémédité, Richard Edwin est automatiquement condamné à deux peines de prison à perpétuité sans droit de libération conditionnelle avant 25 ans qu’il devra purger de façon simultanée.
Une audience de détermination de la peine aura tout de même lieu mardi pour donner aux familles des deux victimes la possibilité de se faire entendre au sujet des répercussions que chaque meurtre a eues sur leur vie.


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