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À Toronto, Colin Hatcher a été reconnu coupable, vendredi, du meurtre non prémédité de sa mère de 69 ans dans un boisé d’Etobicoke en 2021. Le juge a rejeté la thèse de la défense sur la non-responsabilité criminelle, bien que l’individu de 42 ans soit schizophrène.
La responsabilité criminelle de Colin Hatcher était au centre du procès sans jury en janvier, puisque la Couronne et la défense s’entendaient pour dire qu’il avait tué sa mère dans le parc King’s Mill le matin du 26 février 2021.
Les audiences avaient permis d’apprendre que Kathleen Boyle Hatcher avait elle-même composé le 911 après avoir été attaquée par son fils, mais elle avait succombé à ses blessures avant l’arrivée des secours.
Le corps de la victime avait été lacéré de sept coups de couteau à la tête, au visage et au cou. Les lacérations sur ses avant-bras avaient prouvé qu’elle s’était défendue. L’arme n’a jamais été identifiée ni retrouvée.
Lourd passé de troubles mentaux
Colin Hatcher, qui avait de graves problèmes de santé mentale, avait été arrêté six jours plus tard. Le procès avait montré que le fils et la mère s’étaient éloignés l’un de l’autre avec les années, mais qu’ils s’étaient donné rendez-vous dans le parc ce matin-là.
Durant de nombreuses années, Colin Hatcher croyait que son téléphone avait été mis sous écoute, qu’on avait inséré une puce dans sa tête et qu’on voulait l’empoisonner.
Il avait été hospitalisé contre son gré en 2018 dans l’aile psychiatrique du Centre de santé St. Joseph de Toronto. Un internement qu’il avait reproché à ses parents.
Il avait aussi déclaré un jour à sa mère que son grand-père et lui avaient concocté depuis longue date un pacte visant à l’assassiner en la poussant du haut des chutes du Niagara.

La victime, Kathleen Boyle Hatcher, avait elle-même appelé le 911 après avoir été poignardée par son fils le matin du 26 février 2021 dans le parc King’s Mill. (Photo d’archives)
Photo : La Presse canadienne / Jeff McIntosh
À son arrestation, Colin Hatcher avait enfin prétendu qu’il était l’ami du premier ministre Justin Trudeau.
Le juge Shaun Nakatsuru, de la Cour supérieure de l’Ontario, devait décider si l’état mental de l’accusé le matin du meurtre ne lui permettait pas de comprendre ce qu’il faisait comme le suggérait la défense.
Deux psychiatres, de la Couronne et de la défense, ont rencontré l’accusé en détention en 2024 pour déterminer son état mental avant le début des audiences.
Les médecins se sont entendus sur le fait que l’accusé souffrait depuis quelques années de schizophrénie, qu’il n’était pas médicamenté, mais qu’il manifestait de nombreux symptômes ce jour-là et qu’il faisait preuve de peu de compréhension par rapport à sa maladie.

Colin Hatcher avait été interné en 2018 dans l’aile psychiatrique du Centre de santé St. Joseph à Toronto à la demande de ses parents.
Photo : Radio-Canada / Pierre-Mathieu Tremblay
Colin Hatcher avait aussi fait part aux psychiatres de ce qui s’était passé ce matin-là avec sa mère. Il leur avait confié qu’il avait entendu des voix qui lui ordonnaient de tuer sa mère, qu’il leur avait obéi et qu’il avait perdu le contrôle de lui-même, mais qu’[il] n’avait pas eu le choix d’agir.
Les deux médecins ont conclu que l’accusé était en mesure de comprendre ce jour-là la nature et le caractère de son geste.
En revanche, le psychiatre de la défense a expliqué que l’accusé n’était pas en mesure de comprendre que son acte était moralement répréhensible, tandis que son confrère croit qu’il comprenait probablement que son geste était condamnable.
Un jugement-fleuve de 84 pages
Dans son verdict, le magistrat conclut que Colin Hatcher savait que son geste était moralement répréhensible, selon la prépondérance des probabilités.
Le juge rappelle que le diagnostic des deux médecins n’est fondé que sur les déclarations que leur a faites l’accusé en prison et que — par conséquent — les preuves par ouï-dire ne peuvent, en vertu de la loi, appuyer la thèse de la non-responsabilité criminelle dans cette cause.
Il explique que la position du médecin de la défense sur la non-responsabilité criminelle est considérablement affaiblie par le fait qu’elle repose essentiellement sur cette preuve par ouï-dire, qui n’est étayée par aucune autre preuve.

Le juge Shaun Nakatsuru n’a lu qu’un sommaire de sa longue décision le 17 avril 2026 avant d’en remettre des copies à la presse. (Photo d’archives)
Photo : La Presse canadienne / Christopher Katsarov
Le magistrat souligne enfin que le comportement de l’accusé après les faits — quitter les lieux, jeter des objets incriminants aux poubelles et mentir à la police — prouve qu’il était conscient que le crime était à la fois illégal et immoral, comme l’a démontré la Couronne.
Colin Hatcher était toutefois accusé de meurtre prémédité, mais le juge Nakatsuru mentionne, cette fois, que la Couronne n’a pu prouver la préméditation au-delà de tout doute raisonnable.
Il explique que l’état mental de l’accusé s’était grandement détérioré dans les mois précédents le meurtre, qu’il était stressé et qu’il avait perdu son travail.
En clair, cela rend le travail de la Couronne plus difficile pour prouver la planification et la délibération du crime, déclare-t-il.

Bien avant le meurtre de sa mère, Kathleen Boyle Hatcher, Colin Hatcher avait affirmé avoir concocté un plan pour la pousser dans les chutes du Niagara.
Photo : Facebook
Le juge souligne qu’il n’est pas prouvé non plus que l’individu ait apporté avec lui l’arme blanche dans le parc et qu’il aurait très bien pu la trouver par terre, écartant ainsi l’argument de la Couronne sur la préméditation.
Il ajoute en outre que le plan de pousser la victime dans les chutes du Niagara datait depuis plusieurs années et qu’il était né des délires de l’accusé causés par sa schizophrénie.
Le magistrat conclut que l’individu est donc coupable de meurtre non prémédité sur la foi des preuves qui lui ont été présentées au procès.
Bien que l’état mental de M. Hatcher ait été affecté par des délires, voire peut-être des hallucinations auditives, je suis convaincu qu’il a commis le meurtre avec l’intention requise pour le faire, déclare-t-il.
L’audience sur la détermination de la peine a été fixée au 17 juin.


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