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Santé mentale : 9 nouveaux lits en ressources intermédiaires depuis la pandémie à Québec

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Seuls neuf lits ont été ajoutés depuis six ans dans les ressources intermédiaires (RI) en santé mentale de la Capitale-Nationale. Ces dernières dénoncent un manque criant de places qui paralyse leur capacité d'action en pleine crise de l’itinérance.

La résidence Clémenceau, située dans l’arrondissement de Beauport, à Québec, accueille 40 usagers vivant avec des problèmes de santé mentale, comme la schizophrénie ou le trouble de la personnalité limite. La ressource roule au maximum de sa capacité.

En 2025, les 40 usagers ont été relocalisés de leur milieu de vie, la résidence Chapleau, située en Basse-Ville de Québec, vers la résidence Clémenceau à la suite d'une situation exceptionnelle.

Ici, les résidents sont logés et nourris. Ils sont surveillés dans leur prise de médication et obtiennent des services psychologiques et thérapeutiques.

La copropriétaire Véronique Thomassin est sans équivoque : son organisation a la possibilité d’en faire plus. Elle a l’espace et le personnel nécessaire pour grandir, mais manque de financement.

Véronique Thomassin

Véronique Thomassin dénonce un manque criant de nouvelles places en ressources intermédiaires spécialisées en santé mentale, ce qui paralyse sa capacité d'agir.

Photo : Radio-Canada

Ce n’est pas de construire des choses dont on n’a pas besoin. Je lance un cri du cœur parce que je vois des gens qui ont des besoins dans la rue et nous, on peut aider. On peut faire partie de la solution.

Le dernier dénombrement provincial de l'itinérance visible au Québec a recensé 12 077 personnes sans-abri en 2025, dont 1084 dans la région de Québec. C’est 20 % de plus qu’en 2022. Du nombre, 57 % ont rapporté avoir un problème de santé mentale.

Il existe 548 lits répartis dans 29 résidences intermédiaires en santé mentale dans la Capitale-Nationale. Ce sont seulement neuf places de plus qu’en 2020, selon une compilation de l’Association des ressources intermédiaires d’hébergement du Québec (ARIHQ).

Le directeur général de Lauberivière, Éric Boulay, côtoie régulièrement dans son refuge des personnes en situation d’itinérance avec des troubles importants de santé mentale.

Avant, on était le dernier recours. Maintenant, souvent, on est la première ligne, lance-t-il. Selon lui, c’est le résultat d’un manque de ressources en amont.

Quand il y a un délai d’attente de six mois pour un psychologue, deux ans pour un psychiatre, ça fait en sorte que les crises augmentent et les gens, finalement, se déposent ici. C’est désolant!

Une étude de l'Union des municipalités du Québec (UMQ) publiée en septembre 2026 indiquait qu’une personne en situation d'itinérance coûte en moyenne 95 284 $ par année aux services publics québécois.

Une personne, chez nous, ça coûte environ 68 000 $, souligne Mme Tomassin. Il y a une économie. En plus, ça met les gens sous un toit avec bien de l’amour.

Des personnes en situation d'itinérance se prélassent sur un parvis d'église.

Le parvis de l'église Saint-Roch, à Québec (Photo d'archives)

Photo : Radio-Canada

Des ressources en demande

Pour obtenir une place dans une RI au Québec, la démarche passe obligatoirement par le réseau de la santé. Plus de 40 personnes seraient en attente d’un lit dans une de ces ressources spécialisées en santé mentale dans la Capitale-Nationale, selon une demande d’accès à l’information réalisée par l’ARIHQ.

Mais ce n’est que la pointe de l’iceberg. Par manque de place, le réseau ne les met pas sur la liste d’attente. Il les envoie au privé, explique Manon Charpentier, directrice de l’ARIHQ. C’est sans compter les personnes qui ne sont pas prises en charge faute de place dans le réseau de la santé, persiste-t-elle.

Le roulement est lent et il n’est pas rare que les usagers restent 10, 15, voire 20 ans dans la ressource, ce qui exacerbe les besoins. À partir du moment où la ressource est pleine, on n’arrive pas à répondre aux demandes, ajoute Manon Charpentier.

Photo extérieure de la Maison des aînés de Sainte-Foy avec dans le stationnement une voiture identifiée à l'effigie de l'Université Laval.

L'ancien gouvernement caquiste a développé un réseau de maisons des aînés. (Photo d'archives)

Photo : Radio-Canada

Priorités ailleurs

Selon la directrice de l’ARIHQ, l'ancien gouvernement de la CAQ a priorisé d’autres projets depuis la pandémie, comme les maisons des aînés et les soins à domicile.

Au prix qu’on a mis dans les maisons des aînés, on pourrait faire trois fois plus de ressources intermédiaires, croit-elle. Une maison des aînés coûte entre 800 000 $ et plus d’un million de dollars par chambre, selon les données de Santé Québec.

La résidence Clémenceau évalue que son projet d’agrandissement coûterait 150 000 $ par porte. Va falloir que la tarte soit mieux répartie, ajoute Manon Charpentier.

Des appels d’offres annulés

Depuis 2020, 50 appels d'offres pour des RI spécialisées en santé mentale ont été publiés à l'échelle de la province, selon une compilation de l’ARIHQ. L’objectif était de créer 628 nouvelles places. Six ans plus tard, moins de 25 % ont vu le jour.

L’ARIHQ n’a pas l’information concernant les contrats de gré à gré qui auraient pu être octroyés au cours de cette même période.

Depuis la pandémie, les coûts de construction et de main-d’œuvre ont explosé. D’après Manon Charpentier, le gouvernement n’en a pas tenu compte dans ses budgets. L’argent attribué pour construire n’était pas suffisant, moins de personnes ont soumissionné et moins de budget a été débloqué par la suite, précise-t-elle.

Santé Québec Capitale-Nationale affirme qu’à l’heure actuelle, le nombre de places disponibles en RI répond à la demande observée.

Les RI s’inscrivent dans un continuum d’hébergement. [...] Certaines personnes pourraient notamment bénéficier de logements subventionnés ou de logements sociaux offrant un niveau de supervision clinique adapté à leurs besoins, écrit la porte-parole Mélanie Otis.

Depuis 2024, par exemple, Lauberivière réserve 24 lits à long terme à des personnes itinérantes, hommes et femmes, qui ont un problème de santé mentale dans le cadre du programme PRISM. Pendant une période de 8 à 12 semaines, elles sont suivies individuellement par un psychiatre et une équipe multidisciplinaire.

Il existe aussi le projet Porte-clés qui aide les personnes en situation d'itinérance chronique ou épisodique, souvent aux prises avec des problèmes de santé mentale ou de dépendance, à accéder à un logement stable.

Le logement social ne répond pas à tous les services. Il ne faut pas s’imaginer que toutes les personnes dans la rue pourront intégrer un logement. Ce serait utopique. Certains ont besoin d’un suivi régulier et encadré, nuance la directrice de l’ARIHQ, Manon Charpentier.

En pleine transition, il n'a pas été possible de parler avec un représentant du gouvernement.

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