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Santé. Chirurgie du genou : cette opération très pratiquée pourrait en réalité aggraver la situation

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La méniscectomie est une intervention chirurgicale réalisée par arthroscopie qui consiste à retirer la partie abîmée d’un ménisque dans le genou. Elle est indiquée lorsque la lésion méniscale ne peut pas être réparée (suturée). Mais la résection d’un ménisque dégénéré, qui figure pourtant parmi les interventions orthopédiques les plus pratiquées au monde, n’apporte aucun bénéfice et peut même être nocive, affirment les chercheurs finlandais de l’essai FIDELITY publié dans le NE.

Les patients présentant des lésions méniscales dégénératives ont été répartis de manière aléatoire entre une méniscectomie partielle et une chirurgie simulée (la chirurgie est réalisée – anesthésie, incisions…- mais sans effectuer le geste thérapeutique spécifique) ; 133 patients suivis jusqu’à 10 ans ayant très peu ou pas d’arthrose.

Résultat : « une méniscectomie partielle n’améliore ni les symptômes ni la fonction des patients ». Plus inquiétant, les patients opérés présentent davantage de symptômes (douleur, notamment), une mobilité plus altérée, une progression accrue de l’arthrose et une probabilité plus élevée de recourir ultérieurement à une nouvelle intervention du genou !

Dans les chiffres, chez les patients opérés, les résultats sont globalement moins bons que chez ceux qui n’ont pas été réellement opérés (procédure “placebo”) : leur qualité de vie liée au genou est plus faible. Même constat pour la fonction du genou : résultats plus faibles après l’opération. La douleur après un effort est aussi plus importante chez les patients opérés. Sur le plan de l’évolution de l’articulation, l’arthrose progresse davantage : elle est visible à la radiographie chez 81 % des patients opérés, contre 70 % chez les autres.

Enfin, sur 10 ans, les patients opérés ont beaucoup plus souvent besoin d’une intervention lourde par la suite (prothèse de genou ou chirurgie pour réaligner le tibia) : 12 % contre 4 %, soit environ trois fois plus.

L’essai FIDELITY se distingue d’autres portant sur le même sujet par sa méthodologie solide ainsi que par la durée de suivi, d’une décennie. Le Pr Teppo Järvinen (université d’Helsinki) et investigateur principal de l’étude, souligne la portée générale des résultats : « nos observations suggèrent qu’il s’agit d’un exemple de “renversement médical” (une pratique largement utilisée qui se révèle inefficace, voire délétère) ».

Raine Sihvonen, spécialiste en orthopédie et traumatologie et co-investigateur, explique : « cette intervention repose sur l’hypothèse selon laquelle la douleur à la face interne du genou est due à une déchirure du ménisque médial, pouvant être traitée chirurgicalement. Ce type de raisonnement (fondé sur une plausibilité biologique) reste fréquent en médecine. Dans ce cas précis, il ne résiste pas à une analyse rigoureuse. Selon les connaissances actuelles, les douleurs articulaires (dont celles du genou) sont liées à des phénomènes dégénératifs associés au vieillissement ».

De la difficulté de changer les pratiques…

Les registres et d’autres données observationnelles publiés ces dernières années avaient déjà introduit un sérieux doute quant aux effets délétères potentiels de la méniscectomie partielle. Toutes soulèvent le même problème : cette intervention est associée à un risque accru d’arthroplastie (pose de prothèse articulaire), ainsi qu’à une probabilité plus élevée de complications postopératoires.

Si ces nouveaux résultats restent indirects, et ne permettent pas d’établir un lien de causalité, néanmoins, ils sont consistants et concordent avec le Graal des études scientifiques : les essais randomisés contrôlés*. Or plusieurs essais de ce type ont déjà montré que la méniscectomie partielle n’améliore ni les symptômes ni la fonction des patients à court terme (1 à 2 ans) ni à moyen terme (5 ans). « Malgré cela, cette intervention reste largement pratiquée dans de nombreux pays », indique le Dr Roope Kalske, spécialiste en orthopédie et traumatologie.

Le Pr Järvinen enfonce le clou : « depuis près de dix ans, de nombreuses organisations indépendantes (hors orthopédie) élaborant des recommandations cliniques préconisent l’abandon de cette procédure. Pourtant, des institutions telles que l’American Academy of Orthopaedic Surgeons (AAOS) et la British Association for Surgery of the Knee (BASK) continuent de la soutenir. Cette situation illustre la difficulté à renoncer à des traitements inefficaces ».

* les participants sont répartis aléatoirement entre plusieurs groupes, dont au moins un reçoit l’intervention testée et un autre sert de contrôle (sous placebo ou traitement standard).

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