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Sait-on réellement quels peptides l’on s’injecte?

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Le Devoir a fait analyser par le Département de chimie de l’Université de Montréal les substances obtenues afin d’en déterminer la nature et la pureté. Dans trois des quatre cas, les peptides respectaient les propriétés attendues. Mais leur vente au grand public reste préoccupante, estiment les chimistes Alexandra Furtos-Matei et Karine Gilbert.

« [Les fabricants] sont très, très, très bons en synthèse », fait observer Mme Furtos-Matei, la directrice du laboratoire de spectrométrie de masse. Sur l’un des sites Internet proposant plusieurs substances, on voit même des images du laboratoire et de la machinerie s’affairant à embouteiller les différents produits.

Par contre, la tésamoréline achetée dans un commerce n’avait pas les propriétés attendues du peptide que l’on trouve dans un étalon — un standard pharmaceutique —, ce qui indique qu’il s’agit d’« une autre molécule que celle qu’ils prétendent vendre », indiquent les deux chercheuses.

« Est-ce qu’elle change ? Est-ce qu’elle change beaucoup ? Est-ce que ça rend la molécule plus puissante ? Est-ce que ça la rend toxique ? Aussi longtemps qu’il n’y a pas une compagnie qui fait une recherche de toxicité, on ne peut pas le savoir », dit en guise de résumé Mme Furtos-Matei.

Comme un acte médical « maison »

Le site Internet où Le Devoir s’est procuré le rétatrutide et le GHK-Cu indique que les peptides qui y sont vendus pourraient ne pas avoir été approuvés par Santé Canada et ne doivent être utilisés qu’à des fins de recherche. On y souligne même que la consommation humaine ou animale de ces substances est strictement interdite.

Or, les fioles reçues permettent aisément de rendre ces peptides injectables. À la maison, on peut facilement suivre un protocole de « reconstitution » trouvé en ligne, qui consiste généralement à ajouter de l’eau stérile (aussi vendue en kiosque ou sur le Web) au peptide reçu sous forme de poudre, ce qui le rend ainsi administrable à l’aide d’une seringue.

« C’est très malhonnête d’écrire d’un côté que c’est juste pour la recherche et, de l’autre, de les fabriquer pour être injectables », fait valoir Alexandra Furtos-Matei. « Qui fait une recherche avec des injectables dans son garage !? »

Tant Mme Furtos-Matei que Karine Gilbert considèrent qu’il est « inacceptable » que ces produits soient aussi facilement accessibles. « Un seul mot : hallucinant. Je n’arrive pas à croire qu’on met à la disposition du grand public des molécules si potentiellement biologiquement actives et que les gens peuvent s’administrer un peu comme bon leur semble. C’est un acte médical que tu fais sur toi-même », souligne Mme Furtos-Matei.

Santé Canada indique d’ailleurs être « intervenu dans 166 cas de non-conformité liés à des peptides non autorisés ». Le ministère fédéral dit prendre « des mesures coercitives à l’encontre de plusieurs détaillants et sites Web ». Des produits ont été saisis auprès de huit entreprises canadiennes depuis 2025.

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