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Suicide assisté : pensez à ceux qui restent…
Une tribune libre de Marie-Lys Pellissier, porte-parole de la Marche pour la vie
Une scène du film documentaire "Anesthésia", traitant du débat sur l'euthanasie à travers six pays (France, Belgique, Pays-Bas, Suisse, Canada, Écosse). © Orawa Films
Alors que le Premier ministre Sébastien Lecornu a annoncé qu’il saisirait le Conseil constitutionnel après le vote de la loi sur « l’aide à mourir », le débat continue de se focaliser sur l’autonomie du patient et les garanties juridiques du texte. Marie-Lys Pellissier souligne qu’une question demeure largement absente des discussions : que devient la vie de ceux qui restent après un suicide assisté ?
« Le choc, après, c’est une autre histoire, et on est seul avec ça. » Maïa Simon, actrice et comédienne française, est morte par suicide assisté en Suisse le 19 septembre 2007. Dans le film Anesthesia, sorti en juin 2026, ses amis qui l’ont accompagnée pour ce geste ultime témoignent. Si, dans les débats autour de la légalisation de l’euthanasie et du suicide assisté, on a beaucoup disserté sur l’autonomie et l’autodétermination du patient, nous avons peu parlé de ceux qui restent…
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Ceux qui ont vécu personnellement la réalité du suicide connaissent le choc et les sentiments que cela engendre. « Chaque suicide est une catastrophe, à l’origine de beaucoup de douleurs ou de traumatismes chez les proches, et il peut être l’un des évènements les plus difficiles auxquels sont confrontés les professionnels de santé », affirme Pierre Thomas, professeur de psychiatrie à l’université de Lille, également cité par le ministère. Selon l’étude IMTAP, un suicide affecte plus de vingt personnes. Outre le stress post-traumatique, les sentiments de honte et de culpabilité qui peuvent survenir après un suicide, il existe aussi un risque accru, pour les proches, de recourir eux-mêmes au suicide. Le ministère de la Santé intègre ce phénomène de contagion suicidaire, démontré par le sociologue américain David Phillips en 1974, dans la stratégie nationale de prévention du suicide.
« Personne n’est prêt à voir quelqu’un se suicider devant nous, personne, c’est faux »
On nous répondra sans doute que l’euthanasie et le suicide assisté n’ont rien à voir avec cette réalité. C’est au nom de cette conviction que certains législateurs ont tenu à supprimer le terme de « suicide assisté » dans la loi Falorni. Rebaptisé « aide à mourir », cet acte est, selon eux, bien loin de la réalité violente du suicide, puisqu’il est encadré dans un « accompagnement de fin de vie ». Si la mort est peut-être plus « douce » pour le patient, peut-on en dire autant pour les proches ?
Certes, ceux-ci ne seront pas pris au dépourvu : ils ne subiront ni l’inattendu, ni le choc de l’annonce, ni la découverte du drame. La date de la mort étant fixée à l’avance, le processus de deuil serait déjà enclenché. Et puis, le pronostic vital est engagé (en réalité, la personne peut encore avoir des années à vivre). Mais est-on vraiment prêt à accompagner le suicide d’un proche ?
Une mort choisie, un fardeau imposé
L’épithète « assisté » ne change pas la nature de l’acte pour le patient, mais elle prend bien une tout autre dimension pour celui qui est justement appelé à assister. Maïa a demandé à trois de ses amis de l’accompagner en Suisse. L’un d’eux devait conduire : « Je deviens le chauffeur, le gars qui va l’accompagner vers la mort. C’est quand même pas rien ! » Par amitié, ils ont accepté d’assister à ce moment tragique. Mais à quel prix ? Dans la loi Falorni, seul le médecin prend la décision d’accéder à la demande du patient. Les proches n’ont aucun rôle dans la procédure. Ils ne sont informés de la demande de suicide que si le patient le souhaite. Cette mort volontaire leur est donc, dans tous les cas, imposée. De plus, ils devront la cautionner, a minima l’accepter, et parfois y concourir.
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Alors qu’est profondément inscrit en nous l’instinct de survie, le secours à la personne en danger et l’interdit de tuer, le suicide assisté ne pourra que laisser des traces incomparables à celles d’une mort naturelle. « Ce droit n’enlèvera rien à personne »… sauf la vie d’un proche et la paix de ceux qui restent.
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