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L’Abitibien Rodrigue Turgeon, co-responsable du programme de MiningWatch Canada, a présenté un mémoire dans le cadre de l’étude du Comité de la Défense nationale de la Chambre des communes sur les liens entre la Défense nationale, la sécurité nationale et le secteur des minéraux essentiels au Canada.
Dans son témoignage, qui se déroulait lundi à Ottawa, M. Turgeon a voulu exprimer de sérieuses préoccupations de l’organisme concernant l'accès des puissances étrangères aux ressources minérales canadiennes, les risques environnementaux et sécuritaires associés à l'expansion de l'exploitation minière ainsi que la nécessité de respecter les droits des peuples autochtones.
Rodrigue Turgeon et MiningWatch Canada affirment notamment que la législation en matière d'exploitation minière prévoit trop peu de mécanismes permettant de contrôler l'accès des pays étrangers aux ressources minérales du Canada, donc celles du Québec et de l’Abitibi.
Si on regarde les investissements étrangers pour développer des projets miniers au pays, ça vient de tous les horizons, de pratiquement tous les pays, et on observe même que le gouvernement du Canada participe conjointement, avec des gouvernements d’autres pays, notamment le Département de Guerre des États-Unis, à des projets miniers dits critiques, ici au pays.
Alors, puisque cette stratégie repose sur l’idée de sécuriser les chaînes d’approvisionnement du Canada, le gouvernement fédéral doit, quatre ans après la publication de sa stratégie, être beaucoup plus clair avec la population sur l’identité des États face auxquels nous devons sécuriser ces chaînes d'approvisionnement, ajoute M. Turgeon.

De sérieuses préoccupations concernant l'accès des puissances étrangères aux ressources minérales canadiennes ont été soulevées devant le Comité de la Défense nationale de la Chambre des communes. (Photo d'archives)
Photo : Radio-Canada / Frank Desoer
Selon lui, le gouvernement fédéral doit également être beaucoup plus clair concernant la provenance des menaces potentielles pour le pays.
Le mandat du comité nous invitait à nous prononcer plus spécifiquement sur trois puissances géopolitiques, soit la Chine, les États-Unis et la Russie, mais le gouvernement du Canada ne l’a pas affirmé clairement dans ses documents. Et si on considère les États-Unis comme étant une menace, ce serait important de revoir la stratégie, puisque ce pays figure parmi les principaux investisseurs de l’étranger dans les projets miniers au Canada, fait observer l'avocat de formation.
« Un véritable détournement »
Côté environnement, M. Turgeon et MiningWatch veulent mettre de l’avant ce qu’ils qualifient comme un véritable détournement de l’attention, des fonds, des efforts et des ressources dans le secteur minier qui portaient jusqu’à tout récemment sur la transition énergétique.
Maintenant, on ne parle presque plus de cet enjeu, de cette réalité, de cette menace à la sécurité nationale qu’est la crise climatique. On parle désormais beaucoup plus de la défense nationale, mais la question qui se pose, c’est d’où viendraient tous ces minéraux si on était déjà dans une situation où l’industrie nous indiquait qu’il faudrait multiplier, décupler, le nombre de projets miniers en extraction au Québec et au Canada pour répondre aux besoins de la transition énergétique, s’interroge-t-il.
Rodrigue Turgeon estime qu’il pourrait y avoir de sérieuses répercussions sur l’environnement s’il fallait accélérer l’exploitation des ressources minières pour servir l’industrie militaire, pour répondre à une demande de la Défense nationale.
Dans notre mémoire, on rappelle les résultats d’une étude scientifique comme quoi simplement pour la transition énergétique, c’est un enjeu à savoir si les gisements pourraient être exploités dans les temps pour nous éviter les pires conséquences climatiques. Qu’en serait-il si on venait détourner ces ressources-là à des fins militaires?, demande-t-il.
Inquiet des gouvernements
M. Turgeon dit avoir l’impression que le gouvernement du Canada et les gouvernements provinciaux souhaitent simplement ouvrir autant de mines qu’ils le peuvent sans avoir de stratégie concertée sur la réelle capacité du territoire à fournir la Défense nationale en minéraux.
Ce qu’on a surtout entendu dans la commission, ce sont des parlementaires qui cherchent à trouver des deals, comment on peut ouvrir plus de mines. Et c’est ce qui nous inquiète le plus. Il y a eu trop peu d’interventions qui ont porté sur l’environnement. J’ai même été sidéré d’entendre que le président du conseil d’administration d’Agnico Eagle, l’une des plus grosses compagnies minières au pays, a désigné la crise climatique comme une opportunité pour accéder à davantage de gisements. Des propos comme ceux-là sont très préoccupants, puisqu’ils peuvent constituer des menaces directes à notre sécurité nationale, raconte-t-il.
Voir la crise climatique comme une opportunité plutôt qu’une menace, ça vient poser un fardeau additionnel sur les épaules des populations qui subissent de plein fouet les impacts de cette crise climatique, poursuit Rodrigue Turgeon. Ce n’est pas une vague possibilité ou une simple menace géopolitique, c’est très concret, les impacts sur les populations du Canada et les peuples autochtones. Il faut donc espérer que le comité se penchera plus sérieusement sur la question des impacts d’une augmentation potentielle de la présence minière à des fins militaires.
La sobriété minérale comme solution proposée
Rodrigue Turgeon et MiningWatch Canada proposent la sobriété minérale comme solution. Au lieu de chercher à exploiter davantage, d’ouvrir toujours plus de mines pour répondre à cette demande pour la Défense nationale, la solution repose plutôt dans la sobriété dans tous les domaines, pour tous les minéraux, pas seulement la défense nationale et la transition énergétique, soutient M. Turgeon.
C’est pas qu’on doit s’appauvrir, c’est plutôt qu’on doit orienter notre économie vers la transformation des ressources naturelles qu’on exploite plutôt que de toujours les exporter à l’état brut. Il faut certainement se tourner vers la réduction globale de notre dépendance aux minéraux dans tous les secteurs, avance-t-il. Ces nouveaux projets doivent répondre à toutes les normes environnementales, on ne doit pas accélérer la délivrance d’autorisations pour des mauvais projets miniers. Ou pire, pour des projets liés à des entités qui menacent le Canada.


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