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Rio Tinto IOC licencie des dizaines de cadres

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Des dizaines de cadres de Rio Tinto IOC ont perdu leur emploi à Sept-Îles et à Labrador City, sans préavis, depuis le mois de septembre. Les défis opérationnels de la minière entraînent une restructuration qui met sur la corde raide le personnel non syndiqué de l’entreprise.

C’était assez violent, raconte sous le couvert de la confidentialité un ancien cadre qui travaillait dans l’organisation depuis plus de dix ans. Ils t’appellent à 6 h 30 le matin. Ils te convoquent dans un bâtiment à l’extérieur du site d’IOC. Et on te dit que c’est fini. [...] Tu ne rentres plus jamais.

Le même scénario s’est répété avec d’autres cadres que Radio-Canada a contactés.

Radio-Canada a décidé d’accorder la confidentialité aux trois ex-cadres témoignant dans cet article afin de limiter les risques professionnels qu’ils pourraient encourir.

C’est un choc, continue l’ex-gestionnaire. Bien qu’informé de la réorganisation de la compagnie, il ignorait, comme ses collègues mis à pied, que ses fonctions étaient directement menacées.

Même les gens compétents, les gens qui font un bon travail, qui ont de bonnes évaluations, peuvent être affectés.

Les trois cadres ont reçu une indemnité de départ, mais regrettent qu’on ne leur ait pas proposé d’autres postes dans l’entreprise.

Selon eux, ces coupes servent un objectif : la rentabilité. Un enjeu que les ex-cadres comprennent. Ils reconnaissent que des changements étaient nécessaires pour restaurer la santé financière de l’entreprise mise à mal par des difficultés persistantes à la mine de Carol Lake, au Labrador.

C’est l’avis aussi de Bastien Poirier, conseiller en gestion de patrimoine à la Financière Banque Nationale, à Sept-Îles. Celui qui suit la minière depuis des dizaines d’années soutient que la restructuration était inévitable pour obtenir un retour sur investissement après des millions de dollars injectés au fil des ans dans la minière.

Malgré qu'elles soient difficiles, ces mises à pied abruptes sont une pratique courante au sein des grandes entreprises, selon lui. Les multinationales invoquent la sécurité pour éviter d’éventuels vols de données et interdire ainsi l’accès aux bureaux, explique-t-il.

La santé de la fosse parmi les causes

Face à ses défis de production, Rio Tinto IOC a annoncé le 4 mai un resserrement draconien de ses dépenses. Dans une note interne dont Radio-Canada a obtenu copie, la direction invoque la santé de la mine, l’état des actifs et les pressions financières pour imposer une correction immédiate .

Mike Furlong, représentant des Métallos à Labrador, et un ex-cadre attribuent cette mauvaise posture à une planification déficiente de l'ancienne administration. Ils lui reprochent d'avoir exploité intensivement les meilleures veines des fosses sans se soucier du ratio stérile-minerai.

Selon eux, trop de roches sans valeur – le stérile – doivent maintenant être extraites et déplacées, ce qui nuit à la rentabilité.

Une mine en été

La gestion de la mine de Carol Lake a été déficiente au cours des dernières années, selon le syndicat des Métallos, ce qui nuit à la rentabilité de Rio Tinto IOC. (Photo d'archives)

Photo : Rio-Tinto-IOC

Résultat, selon M.Furlong : la minière est sous pression parce qu’elle n’atteint pas ses objectifs de production. À l’origine, la minière prévoyait extraire 21 millions de tonnes de concentré (Mt) en 2026, explique-t-il. Elle a ensuite rétrogradé ses attentes à 18 Mt, pour maintenant miser sur 15,5 à 16,5 Mt. Un tonnage bien en deçà de la capacité théorique de la minière de 23 Mt.

Interpellée par Radio-Canada, Rio Tinto IOC estime aujourd’hui sa production pour 2026 entre 15 et 18 Mt.

Les syndiqués jusqu’à maintenant épargnés

La minière, qui a refusé toutes nos demandes d’entrevue, indique par écrit que la transformation suit son cours et repose sur une feuille de route claire visant à améliorer la productivité, la gestion des coûts et l’efficacité opérationnelle. 

Questionnée sur le nombre de postes abolis, Rio Tinto IOC refuse d’élaborer. Nous ne partageons pas de chiffres précis à ce stade, indique la minière.

Si la réorganisation touche de plein fouet les cadres, elle semble toutefois épargner pour le moment les travailleurs syndiqués. Le représentant syndical Mike Furlong, qui représente 1700 travailleurs, affirme d’ailleurs être prêt à aider et à soutenir la direction pour assurer l'avenir de la mine.

Mike Furlong.

Mike Furlong, président de la section 5795 du Syndicat des Métallos, tend la main à la direction pour traverser les difficultés de Rio Tinto IOC. (Photo d'archives)

Photo : Radio-Canada / Patrick Butler

Selon M. Furlong, les effectifs syndiqués se maintiennent, des embauches sont même faites à Labrador City. Un paradoxe dans un contexte de baisse de production? Non, répond le représentant syndical. Même si nous allons produire moins de minerai et faire moins d'argent, nous devons déplacer beaucoup plus de matériaux pour y arriver. Ça demande donc du personnel, et avec plus de machinerie, il faut plus de gens et d'entretien.

Pour l’analyste Bastien Poirier, il n’y a rien de surprenant à ce que Rio Tinto IOC cible d’abord le personnel non syndiqué.

Les premières coupures se font plus au niveau de la gestion, ils ne veulent naturellement pas diminuer la production en supprimant des syndiqués.

Selon lui, tout ce qui porte sur des projets de développement futurs est également à risque.

Le représentant des Métallos à Sept-Îles, Sébastien Deschênes, a décliné notre demande d’entrevue.

Les Australiens serrent la vis

Ces dernières années, la présence des Australiens s'est accrue au sein de Rio Tinto IOC. Selon les Métallos et les ex-gestionnaires, la multinationale anglo-australienne importe une culture de travail qui change les façons de faire à Sept-Îles et à Labrador City.

L’un des ex-cadres interviewés tente une explication : L’excellence d’une organisation au Québec est plus basée sur la capacité des humains, tandis qu’en Australie, elle est plus basée sur la qualité des procédures et des processus.

Le drapeau de Rio Tinto IOC, flottant à côté de ceux du Québec, du Canada et de Uashat mak Mani-utenam.

Rio Tinto est une multinationale anglo-australienne. Elle a acheté la compagnie IOC en 2000. (Photo d'archives)

Photo : Radio-Canada / Marc-Antoine Mageau

Cette approche se manifeste dans la restructuration en cours, selon lui. Ils font l'analyse département par département, puis regardent s'il y a des postes qui sont redondants ou qui n'ont pas de description de tâche, poursuit-il.

Quand ils trouvent que c’est redondant, ils font sauter le poste.

D’après les témoignages recueillis, l’accent mis sur les résultats se fait au détriment de l’esprit communautaire qui régnait auparavant chez Rio Tinto IOC. Selon les dires des ex-gestionnaires, le climat de travail est dur, ce qui créerait de l’instabilité, et entraînerait des arrêts de travail et le départ volontaire de plusieurs employés.

L’influence australienne au Canada a d’ailleurs été confirmée en août par Rio Tinto. Dans un communiqué, le groupe a annoncé un nouveau modèle opérationnel mis en place pour générer plus de valeur pour les actionnaires.

Cette nouvelle façon de faire simplifie la structure de direction d’IOC et l’intègre dans le groupe Minerai de fer, qui combine dorénavant les activités de Rio Tinto en Australie, en Guinée et au Canada. L’objectif affiché est de partager les meilleures pratiques pour créer une entreprise mondiale plus forte.

Par écrit, une porte-parole de Rio Tinto IOC se veut rassurante : L’expertise et le leadership de Rio Tinto IOC demeurent toutefois bien ancrés à Sept-Îles et à Labrador City, où se prennent les décisions liées aux opérations, et où nos équipes continuent de jouer un rôle central dans nos activités.

D’ailleurs, selon Bastien Poirier, la transformation de Rio Tinto IOC n’est pas unique au Canada. Partout où la minière a des activités, même en Australie, où ses mines sont très rentables, des efforts d’optimisation sont actuellement en cours, relate-t-il.

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