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Mercredi et jeudi, les auteurs Jacques Poirier et Christian Quesnel étaient de passage à Hearst et à Kapuskasing pour présenter leur bande dessinée Du sang sur la neige, qui revisite la tragédie de Reesor Siding, l’un des conflits syndicaux les plus meurtriers de l’histoire du Canada.
Dans le Nord de l’Ontario, où plusieurs habitants ont grandi près du site de la fusillade de 1963, la parution de l’album suscite toutefois des réactions partagées.
Originaire de Moonbeam, Lionel Leonard avait 16 ans au moment de la tragédie. Pour lui, le retour sur cet épisode ravive des souvenirs difficiles.
Pour moi, c’est juste tourner le couteau dans la plaie… ressortir des vieilles affaires, dit-il.
Comme plusieurs dans la région, il se souvient d’une époque où les tensions étaient palpables dans les villages du Nord, alors que la grève divisait les communautés et même certaines familles.
Présent lors du lancement de la bande dessinée à Hearst, l’écrivain franco-ontarien Doric Germain voit plutôt d’un bon œil que l’on reparle de cet événement marquant. En 2003, il avait lui-même romancé la tragédie dans son livre Défenses légitimes.

Doric Germain (debout) avait déjà romancé cette histoire près de vingt ans avant que Jacques Poirier (à gauche) et Christian Quesnel (à droite) ne le fassent en bande dessinée.
Photo : Jimmy Chabot
La seule façon que ce soit polarisé, c’est justement d’en parler. Je pense que c’était le bon moment dans ce temps-là et il faut encore en parler aujourd’hui, affirme-t-il.
Selon lui, la bande dessinée constitue aussi une façon originale et accessible d’aborder un épisode complexe de l’histoire régionale.
C’est certainement une façon originale, peut-être plus à la portée de bien des gens qu’un texte historique ou même qu’un roman, poursuit-il.
L’auteur reconnaît toutefois avoir trouvé certains passages plus difficiles à suivre, notamment lorsque la forêt agit comme narratrice du récit.
J’ai trouvé que l’histoire était un petit peu difficile à suivre.
Il aurait aimé voir plus de détails explicites sur la fusillade qui a fait 3 morts.
On ne la voit pas ben, ben, ricane-t-il
Christian Quesnel a expliqué à la quarantaine de personnes présentes lors du lancement à Hearst qu’il avait réalisé ce travail par respect pour les victimes, tout comme il l’avait fait auparavant pour sa bande dessinée sur la catastrophe ferroviaire du Lac-Mégantic.
Découvrir des détails méconnus
Pour Roger Parent et Roger Lachance, des résidents de Val-Rita Harty, la lecture de l’album a aussi permis de mieux comprendre certains éléments entourant la longue grève qui a précédé la fusillade.
Au moment des événements, Roger Parent n’avait qu’une douzaine d’années.
Dans la famille, on n’en parlait pas vraiment. Moi, j’ai appris que le New York Times était en grève à ce moment-là. Rendu à 74 ou 75 ans, ça me donne une raison de pourquoi la grève traînait tant et pourquoi la compagnie ne signait pas le contrat, explique-t-il.
Une scène de la bande dessinée, montrant deux cousins adolescents de Val-Rita qui en viennent aux coups sur une patinoire parce que leurs parents se trouvent dans des camps opposés, l’a particulièrement marqué.
Les enfants interprètent ce qu’ils entendent, mais à leur manière. On est un peu naïfs à cet âge-là, souligne-t-il.
Dans le livre, le jeune garçon mentionne à l'autre que ta mère n'aurait jamais dû marier ce bon à rien de Ouellette-là.

La bagarre entre les deux hockeyeurs a fait sourciller Roger Lachance, originaire de Val-Rita Harty.
Photo : Radio-Canada / Jimmy Chabot
Pour Roger Lachance, ce détail du récit ravive toutefois de vieilles tensions entre les cousins Murray et Ouellette.
Dans un petit village, on identifie vite les noms. C’est ça qui fait encore des chicanes. Quand un livre comme ça sort, c’est sûr que les gens vont en parler, déclare-t-il.
M. Lachance, aurait suggéré aux auteurs de garder une gêne et de remplacer le nom de Ouellette par un autre.

Une quarantaine de personnes étaient présentes à l’événement organisé dans la bibliothèque de l'Université de Hearst.
Photo : Radio-Canada / Jimmy Chabot
D’autres ont plutôt accueilli l’ouvrage avec un certain soulagement.
Présentes au lancement à Hearst avec leur exemplaire à faire autographier, Jacynthe Dallaire et Suzanne Dallaire Côté ont été rassurées de constater que leur nom de famille n’apparaît pas dans le récit, même si leur père avait été emprisonné à la suite de la fusillade et que leur frère y avait aussi été impliqué.
Moi, j’ai trouvé ça moins dramatique que ce qu’on avait vécu , raconte Suzanne Dallaire Côté.


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