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Représentations sur la peine : une autre demande de report refusée à un ravisseur

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Les rebondissements se suivent, mais ne se ressemblent pas au procès du ravisseur d’enfant Samir Abdelgadir. La juge, qui doit toujours le condamner, a refusé mardi d’accorder un nouvel ajournement à la défense, qui voulait rouvrir le procès à la lumière de preuves inédites. L’audience visant à déterminer sa peine a donc pu aller de l’avant avec sept mois de retard.

Samir Abdelgadir a été reconnu coupable en mars 2025 de l’enlèvement d’un adolescent survenu en avril 2020 dans le cadre d’une opération de rançonnage contre le demi-frère du mineur, qui lui avait volé 90 kg de cocaïne neuf mois plus tôt.

Le mineur de 14 ans, dont l’identité est protégée, avait été retrouvé sain et sauf dans une grange de Brampton. L'identité des membres de sa famille fait elle aussi l'objet d'une ordonnance de non-publication des tribunaux.

L’homme de 44 ans est assigné à résidence chez sa défunte mère, à Mississauga, depuis son arrestation en mai 2020 grâce à une caution de 335 000 $.

Son premier avocat s'est retiré de la cause l'été dernier après avoir été blessé par balle ainsi que l'incendie de son bureau à Brampton.

Position succincte de la défense

Dans son plaidoyer, le second avocat du ravisseur, Glen Orr, a demandé une peine de cinq ans de prison, moins le crédit pour les mois que son client a passés en détention préventive avant d’être libéré sous caution.

Samir Abdelgadir avait été arrêté à nouveau pour bris de ses conditions de remise en liberté et détenu pendant 85 jours avant d’être à nouveau libéré en vertu de sa première caution, mais ses conditions d’assignation à résidence avaient été resserrées. L’accusation avait été abandonnée.

Me Orr a demandé un crédit équivalent à un ratio de 1 : 2 pour les conditions que son client dit avoir endurées depuis près de 6 ans.

Samir Abdelgadir.

Samir Abdelgadir quitte le tribunal durant l’heure du lunch en se cachant le visage à l’automne 2024. (Photo d’archives)

Photo : Radio-Canada / Jean-Philippe Nadeau

Cela signifie que l’avocat demande à la juge d’accorder à son client un sursis de 690 jours, soit 1 an et 8 mois. La peine que la défense souhaite n’est donc plus que 3 ans et 4 mois.

Mon client devrait également recevoir un crédit pour les années durant lesquelles il a été assigné à résidence, plaide-t-il.

La juge a demandé aux parties de lui envoyer par écrit avant trois semaines des recommandations à ce sujet.

Me Orr rappelle que son client n’avait aucun antécédent judiciaire, qu’il a vécu sous la surveillance étroite de la police et assigné à résidence dans des conditions difficiles et qu’il s’est bien conduit durant toutes ces années.

J’ignore par ailleurs ce que mon client a exactement commis dans ce complot, son rôle n’est toujours pas clair et il devrait recevoir le bénéfice du doute , poursuit-il en ajoutant que le châtiment de la Couronne est excessif.

Long réquisitoire de la Couronne

La position de la défense a piqué au vif la procureur Erin Pancer, qui a exigé une peine de 16 ans de prison.

Me Pancer rappelle que la jurisprudence porte à cinq ans le minimum requis pour une peine dans les cas de kidnapping et que le châtiment est encore plus sévère lorsque le mobile du rapt est une rançon et lorsque la victime est un mineur de moins de 16 ans.

L’enlèvement d’un enfant est abominable et M. Abdelgadir a été reconnu coupable au terme de son procès, déclare-t-elle.

Une Jeep Wrangler bleue sur la route.

La Jeep Wrangler qui a servi selon la Couronne à enlever et transporter l’adolescent de 14 ans le matin du 4 mars 2020 à North York. (Photo d’archives)

Photo : AVEC L'AUTORISATION DE LA COUR SUPÉRIEURE DE L'ONTARIO

Me Pancer souligne que Samir Abdelgadir a joué un rôle de premier plan dans ce complot, en autorisant et en facilitant le rapt de l’adolescent et en tentant ensuite de camoufler son implication.

Elle mentionne que l’adolescent a été enlevé devant son domicile, qu’il s’est débattu et qu’il a crié avant d’être embarqué dans une jeep, ce qui avait permis à des voisins de sonner l’alarme.

Il a été conduit dans une maison pour qu’il change de vêtements avant d’être embarqué de force dans un second véhicule qui l’a conduit dans une grange abandonnée de Brampton, poursuit-elle en ajoutant que sa terrible épreuve avait duré 38 heures.

Il a entendu les menaces de mort prononcées contre lui durant sa captivité. Aucun enfant ne devrait vivre une pareille situation, dit-elle.

Une jeep complètement calcinée.

La Jeep Wrangler utilisée pour l’enlevement a été retrouvée calciné dans un parc de Caledon la nuit du 4 mars 2020. (Photo d’archives)

Photo : Avec l'autorisation de la Cour supérieure de l'Ontario

La procureure précise que le ravisseur refuse toujours de reconnaître ses torts et qu’il n’a encore montré aucun remords à ce jour.

Elle souligne que la Couronne est guidée par des principes de dissuasion et de dénonciation pour réclamer une peine exemplaire.

Me Pancer a retenu comme facteur aggravant le fait que Samir Abdelgadir ne peut être réintégré dans la société et qu'il n'a aucun regard pour la vie d'un enfant.

Trois déclarations de la famille

La Couronne a lu par la suite à la cour les déclarations de la famille de la victime au sujet de l’impact que ce rapt a eu sur leur vie.

La victime, aujourd’hui adulte, explique que son épreuve a brisé à jamais l’image qu’il s’était faite de lui à l’époque. Je pensais que j’allais mourir et cette pensée ne m’a plus quittée, déclare-t-il.

Je n’en reviens toujours pas que quelqu’un ait voulu ma perte, cet événement a de plus brisé ma famille et a eu un impact sur la mort de ma mère, poursuit-il.

Il ajoute qu’il revit chaque instant de son enlèvement lorsqu’il ferme les yeux la nuit avant de s’endormir, mais que son sommeil est troublé par des cauchemars.

La grange d’une propriété rurale abandonnée.

La grange de la propriété rurale abandonnée de Brampton, où l’adolescent avait été retrouvé 38 heures après son enlèvement à Toronto. (Photo d’archives)

Photo : AVEC L'AUTORISATION DE LA COUR SUPÉRIEURE DE L'ONTARIO

Je ne sais plus décrire ma vie, j’ai l’impression qu’elle a été suspendue dans le temps et j’ignore si cela changera dans l’avenir, conclut-il.

Le frère aîné de la victime parle de l’anxiété, de la colère et de l’incrédulité qui l’habitent encore. Une part de sa vie a disparu depuis ce jour-là, son innocence lui a été retirée, déclare-t-il.

Il mentionne que la vie de sa famille a été bouleversée, que ses parents ont divorcé après l’enlèvement et que sa mère est morte par la suite d’un cancer.

Le père de la victime a pour sa part déclaré qu’il avait failli à sa tâche de protéger son fils.Il était autrefois si amusant, il est aujourd’hui devenu si silencieux, dit-il en ajoutant qu’il ne sait pas s’il se confiera à lui un jour.

Dernière allocution du ravisseur

La juge a demandé à Samir Abdelgadir s’il avait quelque chose à ajouter. L’individu a demandé une journée pour écrire sa réplique à la Couronne, mais la magistrate le lui a refusé en avançant les nombreux délais dans cette cause.

Le ravisseur s’est alors lancé dans une longue tirade en disant qu’il n’avait rien à voir avec cet enlèvement, mais que ses pensées vont droit à la victime. Nous sommes tous les deux des victimes et nous avons souffert tous les deux, mentionne-t-il.

Je regrette ce qui lui est arrivé, mais cela n’aurait jamais dû se produire, poursuit-il. Il a perdu sa mère comme j’ai perdu la mienne, ajoute-t-il.

Une bouteille d’eau en plastique sur la neige.

Une bouteille d’eau en plastique à moitié fondue avait été retrouvée près de la Jeep calcinée. L’ADN d’un complice y sera prélevé, ce qui avait permis à la Couronne de remonter la filière du complot. (Photos d’archives)

Photo : Avec l'autorisation de la Cour supérieure de l'Ontario

Il explique qu’il a beaucoup souffert en détention et durant les six ans où il a été assigné à résidence. Il ajoute qu’il a été atteint par balle à la jambe en 2023 dans le stationnement de sa résidence et qu’il a depuis de la difficulté à se mouvoir à cause d’une infection intraitable.

Il mentionne qu’il a perdu aux mains de la justice les deux restaurants prospères qu’il avait près de Toronto.

Il ajoute que son ami a été assassiné et que trois oncles et un cousin sont morts au Soudan, mais qu’il n’a pas pu assister à leurs obsèques.

La juge l’a interrompu en lui rappelant qu’elle avait lu le rapport présentenciel au sujet de sa vie et qu’il s’éloignait de l’objectif qu’elle lui avait donné au sujet de ses difficiles conditions de remise en liberté.

Je souffre mentalement et physiquement pour quelque chose que je n’ai pas commis, conclut-il en précisant que la Couronne a appelé à son procès des témoins qui ont menti à son sujet après avoir signé un accord

Vaine tentative de rouvrir le procès

Plus tôt dans l’après-midi, la défense avait déposé, en vain, une requête afin d’obtenir de nouvelles informations de la Couronne afin de rouvrir le procès de son client avant de présenter ses arguments sur la peine.

Me Orr soutenait qu’un individu avait témoigné devant un tribunal inférieur dans une affaire de drogue sans lien avec l’enlèvement et qu’il souhaitait obtenir l’interrogatoire de police présenté en preuve au moment de l’enquête préliminaire de l’individu qu’on ne peut nommer.

Samir Abdelgadir au volant d'une Mercedes blanche.

La Couronne avait déclaré lors du procès que le conducteur au volant de cette Mercedes était bien Samir Abdelgadir. La Mercedes est l’un des trois véhicules qui ont servi à enlever la victime le 4 avril 2020. (Photo d’archives)

Photo : AVEC L'AUTORISATION DE LA COUR SUPÉRIEURE DE L'ONTARIO

L’avocat assurait que cet individu était un informateur important qui pourrait bien prouver l’innocence de Samir Abdelgadir.

Le verdict de culpabilité peut être mis de côté pour entendre ce nouveau témoin, personne ne devrait attendre pour un appel pour faire valoir son innocence, même si ma requête survient un peu tard, avait-il admis.

Dans une décision rendue séance tenante, la juge avait néanmoins fait valoir — comme s’y était opposée la Couronne — que cette cause traînait depuis trop longtemps et qu’il existait d’autres avenues pour la défense d’obtenir de telles informations en interjetant appel du verdict de culpabilité.

Les parties devront se retrouver le 6 février pour fixer la date à laquelle la juge Sandra Nishikawa, de la Cour supérieure de l’Ontario, rendra sa sentence.

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