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  • 9 500 vérifications par an, “Robert”...dans les coulisses du contrôle des radars et ...

Sur la route, les automobilistes ne sont pas les seuls à faire l’objet de contrôles. C’est aussi le cas des radars et éthylomètres utilisés par les forces de l’ordre, régulièrement soumis à des tests en laboratoire afin de vérifier l’exactitude des vitesses et des taux d’alcool qu’ils sont censés mesurer.

À Paris, Jean-Michel Lahire - Aujourd'hui à 07:20 - Temps de lecture :

Aussi compact qu’ultraprécis, le nouveau banc d’essai du LNE permet de vérifier chaque année environ 3 000 radars jumelles. Photo Jean-Michel Lahire Aussi compact qu’ultraprécis, le nouveau banc d’essai du LNE permet de vérifier chaque année environ 3 000 radars jumelles. Photo Jean-Michel Lahire

Inutile de se voiler la face, c’est un petit calcul que font chaque jour plusieurs milliers d’automobilistes pressés, même s’ils ont détesté les maths à l’école. De combien est-il possible de dépasser la vitesse autorisée, tout en restant sous le seuil de déclenchement du radar ? La réponse figure dans un arrêté du 4 juin 2009. Pour les radars fixes, une tolérance technique de 5 km/h est appliquée pour les vitesses inférieures à 100 km/h, et de 5 % à partir de 100 km/h. Pour les radars mobiles, cette tolérance est doublée.

Ces valeurs correspondent à la marge d’erreur maximale de l’appareil. Mais encore faut-il être certain que ce dernier soit correctement étalonné. C’est là qu’entre en scène le Laboratoire national de métrologie et d’essais (LNE), gardien méconnu des unités de mesure internationales depuis 1900. Rattaché au ministère de l’Industrie, le LNE est la référence absolue dès qu’il s’agit de mesurer quelque chose avec la plus haute précision possible : une masse, une température, une durée, une distance… ou une vitesse.

Signaux retardés de quelques picosecondes

Parmi ses missions figure ainsi l’homologation, et la vérification périodique, des cinémomètres - le terme scientifique pour les radars - utilisés par les forces de l’ordre. Tout se passe au sous-sol du siège historique du LNE, porte de Plaisance dans le XVe arrondissement de Paris. Environ 3 000 radars jumelles y défilent chaque année, afin de vérifier que leurs mesures sont toujours correctes.

Contrairement aux radars fixes, qui exploitent l’effet doppler, les radars jumelles utilisent un laser pour mesurer la distance du véhicule - l’appareil effectuant plusieurs mesures très rapprochées afin de déterminer sa vitesse. Pour simuler ce comportement, les techniciens du LNE dirigent le laser vers un “générateur de retard”, qui renvoie le signal avec un décalage de quelques picosecondes (un millième de milliardième de seconde). « Cela permet de faire croire à l’appareil que l’objet se rapproche ou s’éloigne », explique Yann Communier, technicien du LNE chargé du contrôle des cinémomètres.

En quelques minutes, plusieurs séries de mesures peuvent être effectuées, pour des vitesses simulées allant de 30 à 230 km/h. La marge d’erreur tolérée est bien plus faible que pour les automobilistes. Qu’un seul écart de plus de 3 km/h soit constaté pour les vitesses inférieures à 100 km/h, ou de 3 % pour les vitesses supérieures, et l’appareil est recalé. Ce genre de situation reste toutefois exceptionnel. « En treize ans, j’ai dû voir deux radars refusés », conclut Yann Communier.

Haleine alcoolisée sur demande

Jusqu’à l’année dernière, cette vérification se faisait au bord des routes, qu’il pleuve ou qu’il vente, les automobilistes lambda servant de cibles d’étalonnage. Le contrôle en laboratoire n’offre que des avantages. « Parfois les gens s’arrêtaient pour voir ce qui se passe. On ne vérifiait pas non plus les appareils sur une grande gamme de vitesses. Forcément, sur une route à 80 km/h, quasiment toutes les voitures roulaient à 80 km/h. Sur les voies à 130, elles étaient plutôt à 130 », se souvient Axel Focké, responsable du département d’éthylométrie.

Le LNE ne contrôle pas que les radars. Ses deux bancs d’essai - auxquels devrait bientôt s’ajouter un troisième en cours de qualification - tournent 16 heures sur 24 pour vérifier les éthylomètres utilisés par les forces de l’ordre. Environ 6 500 passent chaque année sous les fourches caudines du laboratoire parisien. Avec dans le rôle de Robert, trois pastis et l’haleine chargée, une machine de la taille d’un buffet affublé en guise de bouche d’un gros tube noir. C’est elle qui se charge de “souffler dans le ballon” pendant cinq secondes afin de vérifier si l’éthylomètre indique la bonne valeur.

Conçue par le LNE sur son site de Trappes (Yvelines), cette machine est unique au monde. Elle est non seulement capable de simuler une concentration précise d’alcool dans l’air, mais aussi de reproduire toutes les caractéristiques du souffle humain : composition, température, degré d’humidité, jusqu’à la présence de certaines substances pouvant interférer avec l’analyse. À méditer avant de lancer aux gendarmes, lors de votre prochain contrôle d’alcoolémie : « mais il ne marche pas, votre truc ! »

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