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Rennes a-t-elle perdu la bataille des tags?
Le grand nettoyage attendra la pluie, en attendant ce sont les administrés qui sont rincés
Image d'illustration.
La maire socialiste Nathalie Appéré concède avoir « perdu du terrain » face à la déferlante de tags qui tapissent la ville. Pour justifier cet abandon de terrain, l’édile dégaine une excuse savoureuse : la faute à la sécheresse, qui aurait privé la mairie d’eau… pour nettoyer les murs !
Le sujet pouvait paraître léger. Lundi 12 octobre dernier, BFMTV proposait un reportage tourné dans la ville de Rennes. Le sujet : la prolifération des tags, qui ont envahi la capitale bretonne. Place Sainte-Anne, République, place Hoche, quartier de la gare : aucun lieu emblématique n’est épargné, et depuis la rentrée universitaire, le phénomène connaît même un net regain.
Bataille perdue
Pour expliquer cette invasion, la maire (PS) Nathalie Appéré a mis en avant un argument étonnant. L’arrêté sécheresse mis en place par la préfecture a tout simplement empêché le nettoyage des murs et des façades. Fin septembre, l’édile devait admettre sa défaite : « Je reconnais des batailles perdues, cet été, dans ce que l’on peut appeler la guerre des tags ».
Un défaitisme contrarié par les arguments du principal opposant à la maire. Charles Compagnon, candidat du centre-droit défait en mars 2026 (36,38 % au second tour contre 43,78 % pour la liste de gauche), rappelle quelques évidences techniques : « La plupart du temps, les tags sur le bois doivent se repeindre, donc on n’utilise pas d’eau. Les murs historiques, eux, se nettoient avec de la chaux, ou à la limite avec des lingettes chimiques. La plupart du temps, ce n’est donc pas l’eau qui nettoie les tags ».
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Et puis, à Rennes, hormis durant cet été caniculaire 2026, de l’eau, ce n’est pas ça qui manque la plupart du temps. Or, le négligé rennais, selon plusieurs commerçants et observateurs, s’est renforcé depuis le début de l’année civile. Pour Charles Compagnon, les tags ne sont pas une étrange défaite mais le symbole d’un certain état d’esprit à l’œuvre à Rennes. « Le cœur de ville rennais est peut-être le plus tagué de France. Les journalistes de BFM qui m’ont suivi lors du reportage ont eux-mêmes été surpris. La maire prétend avoir perdu la bataille mais elle est en fait tenue, à la fois, sur son aile gauche par la liste LFI [menée par la députée Marie Messmeur], mais au sein de sa majorité, par une ligne écologiste, plus proche de LFI que de Yannick Jadot. La mairie subventionne des ateliers peinture dans les prisons ou auprès de marginaux. Ici, je passe pour un hygiéniste. Préférer une pelouse droite ou un mur blanc, pour l’extrême gauche rennaise, c’est être hygiéniste ». Ce goût pour le débraillé, la section insoumise rennaise l’assume assez. Dans une vidéo publiée sur Instagram au lendemain du 17 octobre (particulièrement animé sur les bords de la Vilaine), un certain Victor Bayard, chercheur en urbanisme et élu LFI, non sans renfort de jargon sociologique, se réjouissait plutôt de voir les murs investis par « ceux qui d’ordinaire ne peuvent pas s’exprimer », invoquant aussi Pompéi. Lointain héritier d’Héraclite d’Éphèse, donc, qui prétendait au $V^e$ siècle avant Jésus-Christ que « le plus bel ordre du monde est comme un tas d’ordures rassemblées au hasard ». Cette coquetterie intellectuelle prêterait à sourire si elle ne coûtait pas au contribuable rennais la bagatelle de 850 000 euros de nettoyage par an. Chaque année, les agents municipaux doivent effacer 49 000 $\text{m}^2$ de tags, au cours de quelque 12 500 interventions. Parmi l’extrême gauche rennaise, le tag serait un excellent moyen de lutter contre la gentrification du centre-ville. « Pour ces militants d’extrême gauche, le cœur de ville, et en premier lieu la place Sainte-Anne, n’est ni plus ni moins qu’une ZAD », précise Charles Compagnon.
Tu salis, tu paies !
Charles Compagnon n’a pas envie de croire à une fatalité rennaise. Il regarde alors vers la voisine Angers, où le maire Christophe Béchu a voulu lutter contre le phénomène. En 2025, un tagueur, auteur de sa 339e dégradation, s’est vu présenter une facture de 150 000 euros. Loin des sanctions légales prévues par le code pénal, rarement appliquées. Un plan anti-tags a été déployé en 2024, avec possibilité pour les citoyens de signaler facilement des tags via une application et mise en place d’une brigade de proximité. « Aujourd’hui, Angers revit. Des murs propres sont pour les citoyens un premier indice de leur sécurité. Il y a un défaitisme rennais face à la domination culturelle de la gauche. Beaucoup de gens ne se sont pas déplacés en mars dernier, pensant l’élection déjà perdue. Nous sommes six mois après la dernière municipale et on me parle déjà de la prochaine ». Qui n’aura lieu que dans sept ans.
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