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À Empalot, à Toulouse, des salariées de l'Ehpad Vitalité Sérénité dénoncent des manques de matériel, des faits de maltraitance et des alertes ignorées. La direction répond.
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Par Mariane RIAUTE Publié le 2 nov. 2026 à 4h46
Des soins qui auraient été réalisés sans le matériel nécessaire, des personnels insuffisamment formés et des alertes qui seraient restées sans réponse. C’est ce que dénoncent plusieurs salariées de l’Ehpad Vitalité Sérénité, situé à Empalot, à Toulouse. Certaines ont quitté l’établissement après plusieurs années de travail, parfois plus d’une décennie. La directrice de l’établissement répond aux accusations.
« Je ne peux pas fermer les yeux »
Dans leurs témoignages, elles décrivent une dégradation progressive de leurs conditions de travail, mais aussi de la prise en charge des résidents. Elles évoquent des situations qu’elles qualifient de maltraitances, ainsi que des manques de matériel et un climat dans lequel il serait devenu difficile de faire remonter les problèmes.
Plusieurs d’entre elles situent un tournant à l’arrivée de la nouvelle directrice, en juin 2026. Des accusations que la direction de l’établissement, également contactée par Actu Toulouse, conteste, en défendant les mesures engagées depuis son arrivée.
« Les premières années, ça s’est toujours super bien passé », raconte Nathalie*, ancienne salariée de l’établissement depuis son ouverture, en 2012. Un témoignage qui contraste avec le climat qu’elle décrit aujourd’hui alors qu’elle a récemment fait l’objet d’une mise à pied.
« Depuis son arrivée, il y a pas mal de faits qui se sont produits. C’est inquiétant », dénonce Maélis*, ancienne salariée qui exerce depuis 13 ans. Elle évoque notamment des bleus apparus sur certains résidents, dont l’origine n’aurait pas toujours été expliquée.
Leurs témoignages font notamment état d’un résident qui aurait été levé de force par une soignante. Selon les anciennes salariées, la situation aurait dégénéré et le résident aurait ensuite présenté des griffures. « Quand un résident refuse de se lever, on le laisse et on passe à quelqu’un d’autre », rappelle l’une d’elles, estimant que la professionnelle mise en cause aurait dû être écartée, plutôt que changée d’étage.
Une infirmière affirme avoir signalé plusieurs faits qu’elle considérait comme relevant de la maltraitance. « Je ne peux pas fermer les yeux face à des situations comme celles-ci », explique-t-elle, soulignant que ces alertes n’auraient pas donné lieu aux suites attendues.
La direction assure qu’« il n’y a aucune tolérance »
Arrivée à la tête de l’Ehpad le 22 juin 2026, Meylin Canton explique avoir voulu prendre le temps d’observer le fonctionnement de l’établissement avant d’engager des changements.
Elle assure que sa priorité est de placer le résident au centre du projet d’établissement, tout en améliorant les conditions de travail des professionnels.
Concernant les accusations de maltraitance dans son établissement, la directrice se veut ferme : « La maltraitance est un sujet très très grave et qu’on doit traiter à bras-le-corps immédiatement. Tous les signalements sont pris au sérieux, il n’y a aucune tolérance. »
La responsable explique toutefois que chaque situation doit d’abord être examinée avant qu’une décision soit prise. « Il faut analyser les situations, faire des investigations, comprendre ce qu’il s’est passé, ne pas être dans le jugement mais dans le factuel. La famille est de suite informée par moi-même et on prend des mesures proportionnées aux faits analysés », affirme-t-elle.
Elle rappelle également que les transmissions sont réalisées sur un logiciel et assure qu’elles ne peuvent être ni supprimées, ni modifiées. D’après elle, cet outil permet de conserver une trace des événements, afin de protéger les résidents.
Un manque de matériel dénoncé par les salariées
Autre reproche formulé par les anciennes salariées : le manque de matériel au sein de l’établissement. Elles décrivent des situations dans lesquelles les équipes auraient été contraintes de trouver des solutions de fortune pour assurer les soins.
« Des résidents sont obligés de garder des pansements souillés, on fait des toilettes avec des draps… », énumère Maélis*. Avant d’ajouter : « C’est très rare qu’on ait des gants pour laver les résidents. Parfois, pendant une semaine, on n’avait presque plus de protections, de couches. Dans ce cas, on les change matin et soir et ils restent dans leurs urines de 8 h à 17 h », déplore-t-elle, précisant que des demandes de matériel ont pourtant été faites.
Un constat que partage Nathalie* : « Sans gants, sans draps, sans serviettes, le week-end, c’est du système D. »
Une troisième ancienne salariée évoque, elle, les difficultés liées au renouvellement des dispositifs médicaux. « Une sonde urinaire ça a une durée de vie d’environ deux semaines. Ce n’est pas normal qu’on ait dû l’utiliser jusqu’à quatre semaines alors qu’on en avait demandé de nouvelles », estime-t-elle.
« Aucun soin ne doit être abandonné »
Concernant le manque de protections absorbantes, la directrice est catégorique : « Si une telle situation s’est produite, c’est inacceptable. Ça doit être remonté pour qu’on demande un dépannage le jour même », répond-elle.
Elle explique que les stocks de matériel sont suivis et que les équipes doivent signaler les produits manquants pour permettre un approvisionnement complémentaire. « Un manque de matériel peut mettre en péril la prise en charge résidant, donc cela fait partie de nos préoccupations majeures. La consigne est qu’aucun soin ne doit être abandonné à cause d’un manque de matériel », assure-t-elle.
Meylin Canton conteste l’hypothèse de pénuries prolongées : « Si pendant plusieurs semaines, on avait eu une situation sans gants ni serviettes, ça aurait été le feu dans nos bureaux et à l’accueil. »
« Je refuse d’être complice de ce que je vois à l’Ehpad »
Au-delà des conditions de travail qu’elles dénoncent, les anciennes salariées évoquent également leurs difficultés à faire remonter les problèmes au sein de l’établissement. Plusieurs d’entre elles affirment avoir eu le sentiment que leurs remarques étaient mal accueillies et que les signalements effectués pouvaient se retourner contre elles.
Maélis* a été elle aussi mise à pied avant de présenter sa démission, vingt-quatre heures plus tard. Elle estime que cette décision est liée aux critiques qu’elle avait adressées à la direction. « Si on pointe du doigt ce qui ne va pas, ce qui ne fait pas joli, on risque de sortir. On a une direction qui favorise ce qui va dans son sens. Je refuse d’être complice de ce que je vois à l’Ehpad », explique-t-elle.
Nathalie* décrit un sentiment similaire. Elle dit avoir regretté que la directrice ne la convoque pas directement pour échanger sur les désaccords. « Quand quelque chose ne va pas au travail, j’ai tendance à le dire, que ça plaise ou pas. C’est le jeu. J’aurais beaucoup apprécié qu’on en parle, plutôt que de le prendre contre elle », raconte-t-elle.
L’ancienne salariée indique avoir été mise à pied un vendredi, sans que les raisons lui aient été clairement expliquées, puis avoir démissionné le lundi suivant. « Je savais que la communication était rompue, je n’avais pas envie d’aller dans la confrontation, j’ai suffisamment donné dans cette structure », confie-t-elle.
« Ma porte est toujours ouverte »
De son côté, la directrice défend sa méthode de communication avec les équipes. « J’ai toujours été dans la communication. Dès mon arrivée, je me suis présentée à chacun, j’ai proposé des temps d’échange en face-à-face et organisé des réunions institutionnelles où tout le monde est convié. Ma porte est toujours ouverte », affirme-t-elle.
Concernant les deux mises à pied évoquées, elle précise qu’il s’agissait de procédures permettant aux salariées concernées de s’expliquer. Elle indique que les deux professionnelles ont démissionné peu après sans qu’elle ait pu, selon elle, leur donner la parole. « Tout départ d’un ancien salarié est vraiment regrettable, tout comme le fait qu’on n’ait pas pu s’expliquer », ajoute-t-elle.
Tutoiements, insultes, humiliations ?
Les anciennes salariées pointent également du doigt la composition de l’équipe actuelle. « Elle a recruté un petit noyau qui n’est pas diplômé », dénonce Maélis*. Selon elle, les professionnelles disposant de qualifications auraient progressivement quitté l’établissement. « Presque tous les diplômés sont partis, il n’y a que des faisans fonction sur place », affirme-t-elle.
Au-delà des qualifications, c’est aussi la manière dont certains résidents seraient traités qui inquiète les anciennes salariées. Elles évoquent des tutoiements, des insultes et des paroles qu’elles jugent humiliantes. « La maltraitance se fait aussi par la parole », insiste Maélis*. Elle rapporte notamment qu’une professionnelle aurait menacé un résident en déclarant : « Je vais lui arracher la sonnette. » Des comportements qu’elle dit avoir signalés à la direction, sans avoir constaté de retours.
« On a pointé du doigt ces comportements, mais on s’est fait remercier comme ça », regrette-t-elle.
Nathalie* ne considère pas pour autant que les professionnels non diplômés ne peuvent pas intervenir auprès des résidents. Mais elle insiste sur la nécessité qu’ils soient encadrés par des salariés expérimentés et formés. « Il faut un minimum de personnes diplômées ou formées pour guider les non-diplômés », résume-t-elle. Elle plaide ainsi pour davantage de formation, de vigilance, de suivi et des transmissions de meilleure qualité.
« Le respect de la dignité de l’être humain »
Selon la directrice, « non diplômé ne veut pas dire non qualifié ». Elle met en avant l’expérience acquise sur le terrain et assure que les équipes sont suivies au quotidien par les infirmières et l’infirmière coordinatrice, qui observent les pratiques et accompagnent les professionnels auprès des résidents.
La responsable défend également la composition de l’équipe : huit professionnels diplômés, neuf salariés engagés en cours de validations des acquis et de l’expérience (VAE), sur un effectif de 23 personnes intervenant dans les soins. L’établissement compte par ailleurs cinq infirmières diplômées et un médecin coordinateur.
« Pour recruter, il faut qu’il y ait cet engagement », explique-t-elle, en référence aux salariés qui souhaitent obtenir une qualification. La direction dit vouloir les accompagner dans ce parcours plutôt que de considérer leur absence de diplôme comme un obstacle.
Elle annonce également la création d’un poste d’« accompagnatrice en soins ». Il s’agit, d’après elle, d’une professionnelle diplômée et expérimentée, chargée de former les équipes au quotidien. Elle explique avoir pris le temps de trouver la personne adaptée avant de lancer ce recrutement.
Interrogée sur les comportements verbaux dénoncés par les anciennes salariées, la directrice affirme être particulièrement vigilante au respect des résidants. « Dans ma vision, il y a le respect de la dignité de l’être humain qu’on a en face de soi », explique-t-elle. Cela passe notamment, selon elle, par le vouvoiement et la prise en compte de leurs besoins.
Elle assure également que les signalements de comportements inappropriés sont systématiquement examinés. « Ce genre de situation n’est simplement pas toléré », affirme-t-elle. Chaque remontée doit, selon elle, être analysée et traitée, même si les réponses ne sont pas nécessairement apportées publiquement ou directement devant les salariés.
« Ces accusations sont particulièrement difficiles à entendre »
Plusieurs salariées de la résidence ont d’elles-mêmes contacté Actu Toulouse en apprenant l’existence de cet article, afin de mettre en avant un point de vue totalement opposé. « Nous exerçons notre métier avec humanité, respect et bienveillance envers les personnes âgées qui nous sont confiées. Nous sommes conscients de leur vulnérabilité et de l’importance de leur apporter un accompagnement digne, attentif et respectueux » affirme Sonia. Avant de poursuivre : « Ces accusations sont particulièrement difficiles à entendre pour les professionnels qui s’investissent chaque jour auprès des résidents. »
Une de ses collègues, Nabila, avance un discours similaire : « Sincèrement, je ne me suis jamais sentie aussi bien dans une entreprise. Je viens travailler avec plaisir, je me sens écoutée, considérée et respectée. Et ça, ça n’a pas de prix ! Nous avons une directrice et une direction profondément humaine, avec énormément de cœur, toujours à l’écoute, compréhensive et présente pour leurs équipes comme pour leurs résidents. »
Proches pas au courant
Les anciennes salariées s’inquiètent également du suivi des résidents et de l’information transmise à leurs proches. Elles estiment que les familles ne seraient pas systématiquement informées des événements survenus au sein de l’établissement.
« Les proches ne sont pas au courant de ce qui se passe, sauf si on va leur parler et leur dire nous-mêmes », affirme Maélis*, avant de livrer un constat particulièrement sévère : « Je ne mettrais pas mon parent dans un endroit comme ça. »
Elle fait également part de son inquiétude face aux conditions dans lesquelles les résidents seraient accompagnés au quotidien : « On va les laisser avec des gens qui ne sont pas formés. Ça me brise le cœur, car il y a des résidents avec qui j’ai tissé des liens. »
Une autre résume son inquiétude en mettant de côté les tensions avec la direction : « La seule chose qui me fait de la peine ce sont les résidents, le reste je m’en fiche royalement. Ils sont là-bas, 24 heures sur 24 et, pour une fin de vie, il y a des choses importantes. »
La directrice assure, de son côté, accorder une place centrale aux relations avec les proches. « La communication auprès des familles est très importante, je communique régulièrement avec eux. Tous les sujets en lien avec les résidants sont importants », affirme-t-elle. Si elle avance ne pas « prétendre que tout est parfait », elle observe des retours positifs de la part des proches ainsi qu’une progression de la résidence.
*Les prénoms ont été changés
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