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Rencontre avec Franck Lavigne : ce que les volcans nous apprennent sur le monde qui les entoure

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Dans un monde où les phénomènes naturels exercent une influence majeure sur nos vies, les volcans se démarquent par leur dualité fascinante : à la fois destructeurs et porteurs de richesses culturelles. C'est dans ce contexte que les éditions Autrement publient l'Atlas des volcans, un ouvrage de Franck Lavigne, professeur de géographie à l'université Paris 1 Panthéon-Sorbonne et expert reconnu en volcanologie, notamment des volcans indonésiens.

À paraître le 18 mars, cet ouvrage de vulgarisation scientifique, illustré de nombreuses cartes éducatives signées Gaëlle Sutton, promet d'explorer non seulement les manifestations éruptives spectaculaires des volcans, mais aussi leur impact profond sur les sociétés humaines, leur lien avec les croyances ancestrales, ainsi que leur rôle dans l'économie et le tourisme.

Comme le souligne l'auteur, cet « Atlas des volcans s'inscrit dans une démarche nouvelle ». Son « approche volcanographique en fait le premier atlas francophone à vocation à la fois scientifique, pédagogique et accessible au grand public, reposant intégralement sur une approche cartographique et graphique. Il revendique une lecture du volcanisme par la carte et le schéma, dans une logique pleinement volcanographique. Ce terme, aujourd'hui peu employé, était pourtant courant au XIXe siècle et au début du XXe : par analogie avec la géographie, la volcanographie désignait alors la description raisonnée de ce que l'on observe sur le terrain. Cet atlas s'inscrit dans cette filiation, en réactualisant cette approche à la lumière des connaissances contemporaines ».

Cet ouvrage débute par une mise en perspective planétaire, présentant la répartition des volcans à la surface du globe et leur lien étroit avec la tectonique des plaques, avant d'aborder les origines profondes du volcanisme et la classification des éruptions.

L'ouvrage Atlas des volcans, signé Franck Lavigne, est à paraître le 18 mars. © Éditions Autrement

La parole à Franck Lavigne, professeur de géographie à l'université Paris 1 Panthéon-Sorbonne, spécialiste de volcanologie et des volcans indonésiens.

Futura : Quels sont les exemples les plus frappants de l'adaptation des populations locales face aux dangers volcaniques que vous avez rencontrés dans vos recherches ?

Franck Lavigne : Travaillant essentiellement en Indonésie, j'ai remarqué que les savoirs vernaculaires, les connaissances locales du volcan, sont assez remarquables. Certains se basent notamment sur les réactions animales pour anticiper le danger. Ce sont bien souvent les habitants qui préviennent en premier les volcanologues de signes précurseurs d'éruption. Ces derniers enregistrent les petits séismes, mais ne voient pas toujours l'apparition de nouvelles fumerolles, des changements d'odeur, etc. Il existe presque partout une gestion communautaire des itinéraires d'évacuation et des lieux de refuge, qui ne sont pas toujours en phase avec les plans officiels du gouvernement local.

Le lac de lave de l'Erta Alé, dans la dépression de l'Afar, est un modèle en réduction de la théorie de la tectonique des plaques. © Olivier Grunewald
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La surveillance de certains phénomènes comme les lahars (coulées de débris volcaniques) se fait également souvent sur une base communautaire, parfois en raison des lacunes de la surveillance officielle par manque de moyens. Des systèmes d'alerte traditionnels sont toujours utilisés sur certains volcans, comme les kentongan (gongs) au Merapi, mais les habitants utilisent désormais plus souvent les moyens modernes, comme les groupes WhatsApp. Ce qui peut d'ailleurs poser certains problèmes si ces alertes sont en contradiction avec celles plus officielles, par sirènes par exemple.

Futura : Comment évaluez-vous l'impact économique des volcans sur le tourisme dans les régions affectées ?

Franck Lavigne : Les volcans ont toujours fasciné et ont toujours été des objets de curiosité. Ils jouent par conséquent un rôle économique, et aussi social, important quel que soit leur niveau d'activité.

En période de repos, ils attirent les touristes sportifs (et curieux) qui veulent les gravir jusqu'à un point de vue intéressant, généralement le sommet. Cette montée se fait souvent la nuit pour voir le lever du soleil. On veut également admirer certains cratères magnifiques, comme celui du Kawah Ijen à Java, occupé par un lac bleu turquoise. Les porteurs de soufre, qui ont été jadis médiatisés en France par les époux Krafft, se sont reconvertis en porteurs de... touristes. Ils descendent - et parfois montent - des touristes en chaises à porteur, sur des pentes parfois raides. Naguère très tranquille, ce volcan est devenu depuis quelques années un Disneyland local.

Lorsqu'un volcan entre en éruption, il attire aussi les curieux, qui se mettent parfois en danger. Ainsi des milliers de visiteurs viennent admirer les coulées de lave à La Réunion, à Hawaï ou en Islande. Quand je suis allé travailler à La Palma lors de l'éruption du volcan Cumbre Vieja en 2021, chaque soirée était dédiée à l'observation du « feu d'artifice » naturel, noyé dans une foule immense.

Enfin, il ne faut pas oublier le tourisme de catastrophe à la suite d'une éruption, même meurtrière. La vision d'un paysage ou de bâtiments détruits, genre ambiance fin du monde, a toujours du succès et pas seulement sur les volcans.

Localisation des volcans tout autour du globe terrestre. © Éditions Autrement

Futura : Quelles avancées scientifiques ou technologiques récentes ont le plus contribué à la compréhension des éruptions volcaniques et à la gestion des risques ?

Franck Lavigne : Les innovations technologiques jouent et ont toujours joué un rôle majeur dans la compréhension des éruptions. On arrive de mieux en mieux à détecter des signes précurseurs, mais bien entendu, seulement là où les volcans sont équipés d'instruments high-tech. Ce qui est loin d'être le cas sur la plupart des volcans dans le monde. Il existe quelques volcans laboratoires, très bien équipés et qui font l'objet de multitudes d'études et de publications (Stromboli, Etna, Merapi, etc.), mais pour beaucoup d'autres, on ne connaît même pas leur histoire éruptive, à savoir les dates des éruptions passées.

Or, cette connaissance de base est fondamentale pour connaître la périodicité des éruptions, qui sont relativement cycliques. Il faudrait à mon avis commencer par cette étape indispensable, ou en tout cas ne pas la négliger. Mais il est devenu aujourd'hui très difficile de trouver des financements pour une étude géologique de base, sans expérimentation, modélisation, etc. Personnellement, c'est le travail sur le terrain, à la recherche d'indices d'éruptions passées, qui me passionne.

Futura : Comment envisagez-vous l'avenir des volcans dans le contexte du changement climatique ?

Franck Lavigne : En matière d'activité volcanique, on peut penser, au premier abord, que le volcanisme ne sera a priori pas impacté. Mais ce n'est pas tout à fait juste. Beaucoup de volcans actuellement enneigés ou englacés ne le seront plus dans un avenir plus ou moins proche, ce qui risque de modifier leur fonctionnement interne, de peut-être réduire la fréquence des éruptions dites phréatomagmatiques et de limiter la fréquence et le volume des lahars (coulées de débris volcaniques).

D'un autre côté, le réchauffement semble intensifier les pluies extrêmes, ce qui pourrait au contraire renforcer la fréquence et l'intensité de ces mêmes coulées. De plus, la baisse de pression exercée par la glace peut favoriser des déstabilisations, donc des effondrements locaux. L'élévation du niveau marin sur des littoraux ou des îles volcaniques pourrait avoir le même effet. Il reste beaucoup d'interrogations sur toutes ces questions.

Sur le plan humain, les impacts négatifs pourraient être plus nombreux : les événements climatiques extrêmes pourraient rendre moins efficaces les instruments de surveillance, compliquer les évacuations, etc. Il faudra de plus en plus mettre l'accent sur la gestion multi-aléas sur les volcans, combinant surveillance volcanique, météorologique, etc.

Mais ces conséquences plutôt positives seront contrebalancées par une réduction de la ressource en eau au pied des volcans, qui risque d'être catastrophique pour certaines régions, comme au pied du Kilimandjaro en Afrique. Un autre problème est à prévoir, à savoir une forte croissante démographique sur les pentes des volcans tropicaux, même actifs, en raison du réchauffement des plaines. Le risque sera donc accru.

Futura : Comment expliquez-vous le fait que l’on ne soit pas encore capable de prédire des éruptions ?

Franck Lavigne : D'énormes progrès ont été réalisés dans la prédiction des éruptions lorsque le volcan est bien surveillé et surtout instrumenté. La plupart des éruptions montrent des signes avant-coureurs lorsque le magma s'approche de la surface (déformations, séismes volcaniques, modification des gaz, etc.). On les détecte généralement plusieurs semaines, mois, voire parfois années avant une éruption à venir. Et à coup sûr dans les jours qui la précèdent dans la plupart des cas, même s'il y a des exceptions. Mais le problème n'est pas là. Les volcans explosifs les plus dangereux sur Terre sont ceux qui sont en sommeil, et plus le sommeil est long, plus le réveil risque d'être violent. Le Pinatubo aux Philippines a connu une éruption majeure en 1991 après 600 ans de sommeil.

 quelles sont les vraies différences ? © EyeEm Mobile GmbH, iStock
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D'autres se réveillent après une hibernation de plusieurs millénaires, voire dizaines de millénaires, ceux que l'on appelle les « supervolcans ». Un autre problème majeur, source de possible catastrophe à venir, est lié à la gestion des évacuations. Mais quand on alerte les populations locales assez tôt, bon nombre de personnes refusent d'évacuer, ou tardent à évacuer, pour diverses raisons, qu'elles soient économiques, culturelles...

Conséquences climatiques et environnementale d'une éruption volcanique. © Éditions Autrement

Futura : Y a-t-il un volcan ou une éruption qui vous a particulièrement marqué lors de vos recherches, et pourquoi ?

Franck Lavigne : Le volcan Merapi, à Java, est celui auquel j'ai consacré le plus de temps : près de vingt ans, depuis mon master. Il est fascinant pour les volcanologues, mais encore plus pour le géographe (j'aime bien dire volcanolographe) que je suis, en raison de son caractère sacré. C'est l'un des volcans les plus densément peuplés au monde (avec plus d'un million de personnes vivant sur ses flancs), avec des croyances profondément ancrées. Le Merapi a d'ailleurs été au cœur de mon premier atlas, disponible en accès libre en ligne (en anglais), réalisé avec mon ancienne doctorante Julie Morin.

Mais le travail de recherche qui m'a le plus passionné concerne le Samalas, un ancien volcan « jumeau » du Rinjani, sur l'île de Lombok. En 1257, il s'est effondré lors de l'une des plus grandes éruptions de l'Holocène (les 10 000 dernières années). Cette éruption était connue depuis longtemps : on en retrouvait la trace dans les glaces polaires et on en soupçonnait les conséquences climatiques. Pourtant, sa source exacte restait un mystère. Je l'ai recherchée pendant plusieurs années, en menant une enquête presque « policière », jusqu'à pouvoir l'identifier en croisant des indices volcanologiques, géomorphologiques et historiques, avec l'appui d'une équipe pluridisciplinaire franco-indonésienne.

Et l'histoire n'est peut-être pas finie. Des textes anciens évoquent la destruction d'une capitale, Pamatan, qui aurait été ensevelie sous les dépôts de ponces - une ville que nous n'avons pas encore retrouvée, plus de treize ans après la datation précise de l'éruption. J'espère que mes collègues archéologues indonésiens parviendront à localiser ce site : une sorte de « Pompéi » d'Asie du Sud-Est... toutes proportions gardées.

Futura : A-t-on réussi à identifier l'ensemble des volcans présents sur Terre ?

Franck Lavigne : En ce qui concerne les volcans terrestres, ils sont en effet quasiment tous identifiés de nos jours, même ceux qui sont en sommeil depuis longtemps. En revanche, les volcans sous-marins ne sont sans doute pas tous identifiés, ou très peu d'entre eux sont étudiés en réalité. À ce titre, les travaux menés depuis quelques années par différentes équipes françaises sur le volcan Fani Maoré, au large de Mayotte, sont remarquables.

Futura : Quels sont les risques volcaniques identifiés en France, et quelles sont les prévisions concernant une éventuelle éruption dans le futur ?

Franck Lavigne : Cette question est à adresser aux responsables de la surveillance des volcans français, l'IPGP.

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