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Cette découverte a eu lieu en 2022, mais la publication scientifique dans la revue Science date de février 2025, et l'affaire mérite qu'on s'y attarde. Au milieu du Sahara nigérien, le paléontologue Daniel Vidal, chercheur à l'Université de Chicago, a mis au jour une crête osseuse courbée en forme de cimeterre, vraisemblablement fixée au crâne d'un spinosaure.
Cette pièce appartient à Spinosaurus mirabilis, une espèce entièrement inconnue jusqu'alors, qui peuplait un écosystème fluvial il y a 95 millions d'années. Une trouvaille qui relance le débat sur le mode de vie aquatique de ces dinosaures hors normes.
Un fossile sorti du désert, une espèce née de l'oubli
Le site de fouilles, baptisé Jenguebi par l'équipe dirigée par le paléontologue Paul Sereno (Université de Chicago, explorateur National Geographic), se trouve à des centaines de kilomètres de ce qui aurait été le littoral le plus proche à l'époque. La communauté touarègue locale appelle l'endroit Sirig Taghat, soit « Pas d'eau, pas de chèvres ». Difficile d'imaginer contexte plus aride pour une découverte liée à l'eau.
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Paul Sereno avait été attiré dans cette région par un rapport du géologue français Hugues Faure, datant des années 1950, qui mentionnait une dent de dinosaure. En 2022, les fouilles ont livré des os appartenant à trois spécimens de S. mirabilis, mais aussi des restes de Carcharodontosaurus, de sauropodes, de crocodiles, de tortues et d'un poisson d'eau douce pouvant atteindre près de 4 mètres. Un assemblage fossile exceptionnel pour l'Afrique.
La crête crânienne de S. mirabilis dépasse toutes celles connues chez les spinosaures. Recouverte d'une gaine de kératine, elle formait probablement un signal visuel puissant, comparable à la huppe de la pintade de Numidie (Numida meleagris). Parade sexuelle ou intimidation territoriale, les chercheurs ne tranchent pas encore.
Le Spinosaurus, dinosaure piscivore géant, est aujourd’hui l’un des prédateurs les plus étudiés. Sa taille et sa morphologie soulèvent des questions sur son mode de vie aquatique. La découverte d'un fossile à crête en Afrique du Nord ravive l'hypothèse d'une nouvelle espèce qui se serait adaptée au fil du temps à la vie aquatique dans la mer de Téthys. © MR1805, iStock
Héron géant ou crocodile préhistorique : le débat sans arbitre
Voilà l'essentiel de ce qui divise la communauté scientifique. Les caractéristiques anatomiques du spinosaure forment un puzzle que personne ne résout tout à fait :
- Un long museau et des dents coniques imbriquées, identiques à celles des crocodiles actuels, formant ce que les spécialistes appellent un « piège à poissons ».
- Des pattes relativement courtes pour un théropode de plus de 15 mètres.
- Une voile dorsale de près de 2 mètres.
- Une queue dotée d'épines évoquant une nageoire ou une pagaie.
- Des os denses, que Nizar Ibrahim (Université de Portsmouth) compare à ceux du lamantin ou du manchot, adaptés à la flottaison.
Paul Sereno, quant à lui, penche surtout pour le modèle « héron géant » : un animal qui pataugeait en bordure de rivière et plongeait la tête pour attraper ses proies. Son analyse comparative avec des hérons, cigognes et crocodiles actuels appuie cette lecture. Nizar Ibrahim conteste ce point : les échassiers ont de longues jambes précisément pour éviter les éclaboussures, une option fermée à un animal de 6 000 kg aux membres courts.
Le spinosaure était un redoutable chasseur sous l'eau
Les spinosauridés étaient de redoutables prédateurs en milieu terrestre mais étaient-ils capables de poursuivre une proie sous l'eau ? Une étude comparant la densité des os de nombreux dinosaures et d'espèces actuelles montre que le milieu aquatique n'échappait pas à ce groupe de grands prédateurs…... Lire la suite
Matt Lamanna, paléontologue au musée Carnegie d'Histoire naturelle de Pittsburgh, suggère une troisième voie : et si Spinosaurus faisait les deux ? Patauger près des rives, s'aventurer parfois dans l'eau, chasser en embuscade depuis différentes positions. Thomas Holtz Jr. (Université du Maryland) rappelle que les analyses chimiques des dents montrent une alimentation mixte, poissons et autres dinosaures, ce qui n'exclut aucun scénario.
Des fossiles plus complets, notamment un squelette entier appartenant à un seul individu, seront nécessaires pour trancher. Paul Sereno signale avoir identifié un spinosauridé non décrit au Brésil, et Nizar Ibrahim indique analyser de nouveaux spécimens qui pourraient renforcer la thèse aquatique. Le dossier Spinosaurus mirabilis est loin d'être classé.


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