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Les débats actuels sur le rachat des centrales nucléaires d'Engie envisagé par l'État belge se focalisent sur la rentabilité de l'opération et sur l'indépendance énergétique souhaitées. Même chez Écolo c'est "l'acquisition coûteuse" qui est d'abord pointée, ce qui conforte la vision à court terme quasi unanime du politique en la matière.
Concret
Par rapport à des engagements de long terme et des enjeux bien plus conséquents que ceux du porte-monnaie, tout cela manque singulièrement de recul. C'est précisément ce décalage nécessaire, cette manière différente de considérer le problème que propose l'exposition (Faire) face au nucléaire en cours au Delta à Namur.
Son sous-titre Représentations photographiques de l'industrie atomique est à prendre au pied de la lettre et on ne peut que s'en réjouir. Bien que très différentes, les propositions des dix auteurs et autrices s'en tiennent en effet à ce qui a de plus spécifique dans le médium, à savoir le rapport direct au réel. Ce qui fait sens pour réintroduire du concret dans le débat, pour incarner un point de vue, bref pour "faire face".
Bien que très différentes, les propositions des dix auteurs et autrices s'en tiennent en effet à ce qui a de plus spécifique dans le médium, à savoir le rapport direct au réel.
C'est en tout cas le souhait de la commissaire Danielle Leenaerts qui, à travers la diversité des corpus présentés, déclarait également vouloir sortir des positions polarisées "pour" ou "contre". Que ce soit dans cette exposition, dans le livre éponyme fruit de deux ans de recherche FNRS ou dans la journée d'études interdisciplinaires à l'UNamur où elle est chargée de cours.
Leporellos de Cécile Massart ©DRInvisible
Le parcours qu'elle a concocté s'ouvre avec des paysages des environs de Tihange pris par Lucas Castel. La centrale y apparaît parfois en arrière-plan faisant écho à une des interviews d'archives de la RTBF montrées tout à côté, dans laquelle un habitant dit tout son dépit : "Avant nous avions vue sur un lac, mais désormais de nuit, nous avons en permanence vue sur un sapin de noël". Il se plaint donc de ce qui est visible, mais surtout de la menace invisible et cependant incroyablement présente qui l'a convaincu de déménager. Où l'on s'aperçoit que la communication maladroite des autorités et les mesures de précautions dérisoires telle la distribution de pilules d'iode à laquelle fait référence cette série renforcent in fine un non-dit insécurisant.
Accorder une confiance aveugle aux imagesC'est manifestement ce non-dit que vise à contrecarrer cette exposition en montrant le dispositif nucléaire au plus près comme le font Jacqueline Salmon et Cécile Massart. En montrant le fait nucléaire dans ses échecs, dans ses contestations, mais, aussi – ce qui n'est pas le moins inquiétant – dans sa banalisation comme le fait Jürgen Nefzger.
Irradiées
Dans sa série Fluffy Clouds, on voit en effet les gens à leurs loisirs tout à côté des centrales. Leur insouciance, qui est un miroir de l'insouciance générale, se lit comme une inconséquence coupable à la lumière du reportage de Guillaume Herbaut sur Slavoutich, la ville construite afin de reloger les habitants de la région de Tchernobyl après à la catastrophe de 1986. Une entité dont l'environnement, a priori sûr, s'est révélé lui aussi contaminé. Ce que le photographe nous fait comprendre à travers les conséquences sanitaires.
Castle bravo, First Light, 2016. Photographie irradiée de Julian Charrière. ©Julian CharrièreCes radiations imperceptibles à nos yeux, si ce n'est dans leurs effets indirects, sont en revanche décelables par la photographie comme le montrent les photogrammes de fleurs irradiées réalisés par Anaïs Tondeur ou les paysages de Julian Charrière et de Wim Wenders voilés par la radioactivité. S'ajoutent à ces dispositifs de vision, les approches métaphoriques bienvenues des daguerréotypes de Takashi Arai à Fukushima et de l'installation vidéo de David Fathi. Mais aussi et surtout, un ensemble de textes accessibles, offrant quelques clés pour une compréhension si nécessaire au débat démocratique.
(Faire) face au nucléaire
Quoi Photographies Où Le Delta, av. Fernand Golenvaux, 18, 5000 Namur Quand Jusqu'au 2 août, du mardi au vendredi de 11h à 18h et les samedis et dimanches de 10h à 18h. Rens. : www.ledelta.be
Livre : Éditions La Lettre Volée, 25 €
Projection R.A.S. Nucléaire Rien à signaler (2009), documentaire de Alain De Halleux, le 28 mai à 19h
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