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VIDÉO - L’ancien ministre de l’Économie et des Finances est revenu sur plusieurs anecdotes marquantes de ses années au gouvernement, tirées de son nouveau livre Le Temps d’une décision. Au cœur de ces récits : Donald Trump, et sa manière bien particulière de négocier
Biarritz, août 2019 : la table noire
Nous sommes au G7, organisé cette année-là à Biarritz sous présidence française. Le contexte est tendu : depuis plusieurs mois, Donald Trump menace d’imposer des droits de douane massifs sur les vins français, une réponse à la taxe française sur les géants du numérique américains (GAFA). Pour la filière viticole française, l’enjeu est considérable.
Le dernier jour du sommet, une réunion se tient au troisième étage d’un hôtel de Biarritz. Les rideaux sont tirés. La pièce est si petite que Bruno Le Maire la compare, à la taille du studio de Radio Classique, où il était l’invité de la matinale. Donald Trump est installé dans un canapé, «jambes écartées, cravate rouge», décrit l’ancien ministre de l’Économie. Emmanuel Macron lui fait face, une table entre eux. Le ministre français et son homologue américain, le secrétaire d’État au Trésor, Steven Mnuchin, sont assis sur des poufs, à un mètre à peine des deux chefs d’État.
Macron prend la parole. Il argumente, chiffres à l’appui, plaide méthodiquement contre les taxes sur les vins français. Le Maire observe Trump. «Je vois le président américain qui écoute à peine». Puis, au milieu de la conversation, Trump se penche vers la table, la frappe plusieurs fois du plat de la main et coupe la discussion «Tu as vu, Emmanuel, comme cette table est noire ?» Macron s’arrête. Trump poursuit «Moi, je suis allé en Afrique, Emmanuel, et je vais te dire, les gens, là-bas, ils sont noirs comme sur cette table».
Une déclaration sans lien avec le sujet qui a stoppé le président de la République française, gêné. La négociation ne s’en remettra pas, «il ne voulait pas négocier», tranche Bruno Le Maire.
Le poulet au chlore
Le Maire enchaîne immédiatement sur une deuxième anecdote, survenue elle aussi en 2019, dans le cadre des négociations commerciales transatlantiques. L’Europe et les États-Unis tentent d’améliorer leurs relations économiques, mais Washington exige que l’UE lève l’interdiction sur le poulet décontaminé au chlore, une pratique que la France et l’Europe jugent mauvaise pour la santé.
Macron explique la réglementation française, les raisons sanitaires, les normes en vigueur. À nouveau, le chef d’État américain ne répond pas et ne défend pas son dossier et en plein milieu de la discussion, se lève de son fauteuil. «Trump est grand, il est massif», décrit Le Maire. Le président américain dit en regardant, droit dans les yeux, son homologue : «Écoute, Emmanuel, depuis que j’ai cinq ans, je mange du poulet. Regarde-moi. Regarde-toi». Fin de l’argumentaire.
Une stratégie de déstabilisation
Pour Bruno Le Maire, ces deux épisodes ne relèvent pas de la maladresse ou de la distraction. C’est une méthode délibérée. «Il ne rentre pas dans notre logique cartésienne», résume-t-il. Donald Trump, selon lui, cherche systématiquement à déstabiliser son interlocuteur, via une personnalité qu’il essaie d’incarner publiquement aux yeux du monde : un homme dominant, qui écrase avant même de discuter.


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