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Réflexions sur la masse, les « gens » et la voie anarchiste ou agir à bon escient par les temps qui courent… (Ziq)

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“Hitler a perdu la guerre mais le fascisme l’a gagnée croyez-le bien mes amis.” ~ George Carlin ~

“L’état n’est pas quelque chose qui peut être détruit par une révolution, mais il est un conditionnement, une certaine relation entre les êtres humains un mode de comportement humain, nous le détruisons en contractant d’autres relations, en nous comportant différemment.”

“L’objectif est le peuple, la société, la communauté, la liberté, la beauté, la joie de vivre.”

~ Gustav Landauer 1911 ~

Une réflexion sur la “masse” et potentiellement qu’en attendre. Une certitude : si on doit attendre que 95% de la population soit anarchiste pour passer à l’action, rien ne sera jamais fait. Nous n’avons plus le temps de convaincre, l’heure est à l’organisation et à l’action directe. ~ Résistance 71 ~

Les gens ne sont pas corrects

Préserver l’anarchie dans un monde fasciste

Ziq

Septembre 2026

~ Traduit de l’anglais par Résistance 71 ~

Novembre 2026

Avec des partis politiques autoritaires et fascistes gagnant de plus en plus de soutien populaire dans le monde, il est peut-être temps pour les anarchistes de reconsidérer une des assomptions les plus persistante de notre mouvement, à savoir que “le peuple” est, dans un sens latent, une force révolutionnaire attendant d’être réveillée par de vrais croyants.

Alors que les fascistes et autres autoritaires d’état sont bien plus nombreux que nous, ce d’un ratio de l’ordre de 10 000/1 au sein de cet empire en effondrement de plus en plus rapide, les anarchistes se doivent de porter un regard plus sobre autour d’eux et abandonner cette fiction confortable et confortante que nous vivions pour “servir les gens, le peuple” et leur montrer le chemin de leur émancipation. Que “le peuple” piaffe d’impatience pour la liberté et qu’il se tiendrait à nos côtés si seulement nous pouvions lui inspirer de bonnes actions et une théorie réfléchie et posée.

Les gens ne sont pas automatiquement alliés de la libération. La société de masse est le plus souvent la base sociale par laquelle la domination ne cesse de se reproduire. Encore et toujours, quand les masses ont leurs privilèges menacés, ils soutiennent la hiérarchie, le nationalisme, le nativisme, le patriarcat et l’obéissance forcenée, évinçant la solidarité de classe en faveur de la promesse d’une meilleure position sur l’échelle de la blancheur.

Quiconque ayant un instinct de préservation doit abandonner cet inutile fantasme que notre mission, sous cet ordre social fasciste, est d’éduquer les masses, de leur révéler “leur véritable intérêt” et par là, les mettre sur la voie de la conscience de classe, alors même que la vaste majorité des gens bossent frénétiquement afin d‘amener au pouvoir leur despote fasciste et de continuer le génocide des âmes les plus démunies de cette planète.

L’idée que nos lettres de communiqués et d’information et nos “memes” puissent faire de la concurrence aux milliardaires en charge et leurs algorithmes fonctionnant 24/7 et qui abrutissent des milliards de personnes en leur balançant un flot continu d’inepties entretenant l’autoritarisme, la peur et la haine, est simplement risible.

Je me suis souvent fait allumer dans le milieu [anar] pour ma rhétorique jugée trop hostile, trop aliénante, trop négative, trop prône à effrayer les pauvres éléments innocents et réactionnaires, dont nous sommes apparemment supposés attendus de cultiver le soutien.

La vérité est celle-ci : je n’ai jamais prêté une quelconque attention à “convertir” des blaireaux avides d’autorité à l’anarchie.

Ma mission n’a jamais été de gagner à la cause anarchiste tout colon libéral, tout futur propriétaire, tout aspirant bureaucrate, tout avide démocrate, tout sioniste gauchiste, tout petit bourgeois confortable ou tout réactionnaire qui pourraient être persuadés de s’étiqueter “anarchiste”. Ce ne fut jamais le but d’assembler la plus grande coalition possible en diluant et ponçant chaque point de conflit jusqu’à ce que l’anarchie soit finalement au goût de ces gens qui sont de fait investis dans l’ordre existant établi.

Tout ce dont je me suis toujours préoccupé fut de confronter les relations et les institutions par lesquelles la domination se reproduit et se perpétue et de promouvoir la solidarité chez ceux prêts et volontaires pour leur résister.

Les gens ne sont pas sacrés. Leur volonté collective n’est pas vertueuse de manière inhérente, elle n’est pas non plus au-delà de la critique. Leur soi-disant “droit” démocratique de choisir le fascisme n’est pas inviolable. Les majorités forgent la domination bien plus efficacement que les quelques gens déconnectés et impuissants qui osent lui résister.

Les anarchistes devraient être prêts à confronter, à contester et à s’arc-bouter contre les masses en comprenant comment elles sont devenues véhicules pour la hiérarchie et l’oppression.

Chaque anarchiste est en guerre contre la société de masse, pas contre l’humanité, non, mais contre cet ordre social qui transforme la domination en quelque chose d’ordinaire, de légitime et de reproducteur. Chaque anarchiste doit être prêt à se tenir contre la marée lorsque celle-ci amène inévitablement la tyrannie pour nous laminer encore et encore et encore.

Le fascisme ne se lève plus. Il est là. Nous sommes de nouveau dans une ère fasciste. Nous vivons dans une société fasciste. “Les gens” sont des fascistes. “Les gens” sont l’ennemi de tout ce pour quoi l’anarchie se tient. Un danger clair et vivace à l’existence de quiconque résiste l’ordre fasciste.

Oui, c’est tragique que ceux qui sont véritablement pressés, opprimés par le système puissent être convaincus de blamer ceux qui sont pressés avec eux. Quand les salaires stagnent, les logements deviennent trop chers, les services publics s’effondrent et la sécurité économique s’évapore, les migrants, les trans, les handicapés et les minorités ethniques deviennent une cible évidente et bien facile parce qu’ils sont visibles, vulnérables et qu’ils n’ont pas de pouvoir institutionnalisé pour répondre en retour (NdT : ce qui est assez faux car en société fascistes, tout est fait pour soutenir ces minorités mentionnées instrumentalisées pour détruire la société de l’intérieur et réaliser l’agenda de contrôle plus avant…)

C’est tragique, mais les personnes qui brandissent les fourches ne méritent pas de fait votre sympathie.

La drag queen est visible et accessible, la structure de pouvoir des milliardaires pas. Le migrant en concurrence pour le logement est tangible ; des décennies d’affaiblissement du monde du travail et du pouvoir d’achat sont abstraits. Un politicien promettant de “reprendre le contrôle” offre un ennemi identifiable et une sortie émotionnelle immédiate, alors que confronter le pouvoir économique réel demande une analyse bien plus difficile.

Les gens sont fainéants.

Oui, les milliardaires, les médias et la classe politique sont ceux qui dirigent la colère des gens vers le vulnérable plutôt que sur des structures ou des intérêts qui produisent de fait ces conditions. Mais ceci n’absout pas la vaste majorité des gens qui choisit de diriger sa colère contre les plus marginalisés et les plus faibles et qu’ils peuvent atteindre. Ils le font parce que c’est facile. Parce que cela fait du bien de frapper en retour.

Les gens sont cruels.

Ils le font parce qu’ils veulent se sentir puissants ; parce que se lâcher sur quelqu’un de différent et infliger de la douleur leur donne une sorte de soulagement maladif et morbide. Ils le font parce qu’is veulent du sang ; parce qu’ils sont rugueux, horribles, déjantés et fascistes.

Oui, leur haine a été complètement fabriquée par les algorithmes et des décennies d’angoisse capitaliste au dernier degré, mais cela ne les dispense pas de leur responsabilité pour leurs inclinaisons fascistes.

Ils ont le monde au bout des doigts : cela ne leur prendrait que quelques minutes pour s’ouvrir l’esprit, voir et comprendre les tactiques (éculés) de diviser pour mieux régner utilisées sur eux et de s’en détacher. Ils pourraient fermer les grandes gueules sur leurs écrans qui leur disent que les migrants détruisent la civilisation occidentale, enlèvent leurs enfants, baisent leurs femmes. Mais ils ne le feront pas.

Au lieu de demander pourquoi tant de personnes ont si peu et si peu de personnes possèdent tant, ils choisissent de se battre sur la question de savoir qui mérite les miettes laissées par l’oligarchie et les criminels en position de pouvoir.

Ils ne sont pas victimes. La manipulation structurelle n’est pas une excuse pour traiter des gens comme étant incapables d’évaluation indépendante. Tout individu peut questionner les narratifs qu’on lui propose. Il peut enquêter sur le qui bénéficie de ces divisions politiques particulières. Ils peuvent reconnaître que le voisin, qui est en concurrence pour les mêmes ressources se faisant plus rares, n’est pas responsable de cette rareté, ni de la situation.

Quand ils refusent de le faire, la responsabilité ne peut pas simplement être transférée en haut vers les algorithmes, les politiciens ou les milliardaires. Les fascistes ne deviennent pas fascistes par accident. La propagande peut cultiver, légtimer et amplifier la haine, mais elle ne peut pas absoudre ceux qui l’embrassent.

Qui qu’ils élisent, soyons ingouvernables !

Personne n’est dupé à haïr l’autre ; la capacité pour la cruauté et l’exclusion doit rencontrer une volonté d’y céder. Ce qui change n’est pas nécessairement l’existence de cette impulsion, mais les conditions sociales qui rend le fait de l’exprimer acceptable, le rend populaire.

Nous avons joué ce jeu depuis bien longtemps maintenant. Nos amis et nos alliés meurent sous les rangers militaires chaque jour.

Il est temps d’abandonner l’attente de ce que la libération va arriver parce qu’un nombre suffisamment grand de gens va soudainement découvrir toute la beauté de l’idée [anarchiste] et décider de se soulever et de demander la liberté. Il n’y a peut-être pas de géant endormi que vous puissiez titiller pour amener une utopie anarchiste mondiale.

Aller vers l’anarchie dans un monde essentiellement et grossièrement autoritaire requiert de prendre sérieusement la possibilité que la libération ne puisse seulement émerger qu’au travers de relations sélectionnées, de groupes et d’associations plutôt que par la conversion d’une population entière en un sujet révolutionnaire.

La solidarité peut se construire où que ce soit quand les gens défient la domination dans leurs vies personnelles, même lorsque les rangs de ceux qui veulent le faire se réduisent comme une peau de chagrin sous la déferlante du fascisme ambiant.

Laissez-moi être clair : ceci n’est pas une bataille entre la société de masse et une supposée minorité révolutionnaire supérieure, bien sûr que non. C’est une bataille entre les relations qui reproduisent la domination et les relations qui la contestent et la défient.

Si la libération dépend de la découverte d’une bonne volonté populaire qui serait secrètement endormie sous la société de masse, alors chaque virage réactionnaire devient une profonde crise de foi. Si, au lieu de cela, la liberté est comprise comme quelque chose de construit au travers de relations pratiques concrètes, de batailles contre la domination et son système, alors il n’y a aucun besoin d’assumer que l’histoire se déplace secrètement vers l’émancipation.

Dans un monde fasciste, se soumettre à la volonté des gens est clairement une condamnation à mort.

Regardez autour de vous. Absorbez tout cela les yeux grands ouverts. Qui est du côté de la liberté ?

C’est un nombre toujours en diminution.

Les milliardaires, les états, les médias et les plateformes technologiques possèdent des ressources bien plus vastes pour forger l’attention publique et les narratifs politiques que les pitoyables, ostracisés et diminués anarchistes du monde.

L’idée que les anarchistes puissent simplement surclasser ces forces en produisant de meilleurs arguments ou en faisant des actes de charité, pardon, d’entraide, repose sur une assomption questionable au sujet de la manière dont est formée de fait la conscience politique.

Quand la majorité des gens voient votre libération comme une menace, leur pouvoir n’est pas l’arme que vous pouvez brandir. Vous ne pouvez pas utiliser le pouvoir d’un peuple lorsque ce même peuple veut vous tuer, vous annihiler.

Comme les gens ont choisi le fascisme, les anarchistes vont se retrancher plus profondément dans les crevasses du système, non pas pour abandonner le monde, mais pour cultiver les relations, les pratiques et les solidarités capables de survivre et de résister l’orde qui cherche à nous détruire. Et de fait, en rendant les coups à cette masse de gens qui nous ont poussé dans ces crevasses à chaque fois que nous le pourrons.

Notre survie maintenant dépend de ce que nous allons former et assembler depuis ces étroites crevasses.

Notre nombre a diminué et va continuer de décliner, mais l’engagement de ceux qui demeurent est très endurant. Nous n’avons pas besoin des masses ; nous avons besoin de ces quelques personnes préparées à résister à la domination, à se soutenir les uns les autres et à créer quelque chose de différent au sein de ces crevasses dans la pire ligne de temps alors que des millions de fascistes marchent volontairement au pas de l’oie derrière leurs leaders.

= = =

« Anarchisme: Le nom donné à un principe de théorie et de conduite de la vie sous lequel la société est conçue sans gouvernement, l’harmonie dans une telle société étant obtenue non pas par la soumission à la loi ou par l’obéissance à l’autorité, mais par les consentements libres conclus entre des groupes territoriaux et professionnels variés, librement constitués pour les fonctions simples de production et de consommation et également pour la satisfaction d’une variété infinie de besoins et d’aspirations d’être civilisé. Dans une société développée selon ces lignes de conduite, les associations volontaires qui commencent déjà à couvrir tous les secteurs de l’activité humaine, prendraient une plus grande extension pour finir par se substituer elles-mêmes pour l’état et de ses fonctions. »

– Pierre Kropotkine (début de la définition de l’anarchisme qu’il écrivit pour la 11ème édition de L’Encyclopedia Britannica, 1910) –

La solution à 10% :

Il n’y a pas de solution au sein du système, n’y en a jamais eu et ne saurait y en avoir ! (Résistance 71)

Comprendre et transformer sa réalité, le texte:

Paulo Freire, « La pédagogie des opprimés »

+

5 textes modernes complémentaires pour mieux comprendre et agir:

Guerre_de_Classe_Contre-les-guerres-de-l’avoir-la-guerre-de-l’être

Francis_Cousin_Bref_Maniffeste_pour _un_Futur_Proche

Manifeste pour la Société des Sociétés

Pierre_Clastres_Anthropologie_Politique_et_Resolution_Aporie

Société des sociétés organique avec Gustav Landauer

This entry was posted on 1 novembre 2026 at 5:00 and is filed under actualité, altermondialisme, autogestion, crise mondiale, gilets jaunes, guerres hégémoniques, militantisme alternatif, neoliberalisme et fascisme, pédagogie libération, politique et social, politique française, résistance politique, Social & Retraite, terrorisme d'état with tags , , , , , , , , , , . You can follow any responses to this entry through the RSS 2.0 feed. You can leave a response, or trackback from your own site.

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