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Recul de l’égalité des sexes à l’Î.-P.-É., selon un rapport

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L’Île-du-Prince-Édouard recule en matière d'égalité des sexes. Le Conseil consultatif sur la condition de la femme vient de publier son bilan sur l’égalité 2026, qui évalue le chemin parcouru au cours des trois dernières années. La province voit sa note abaissée de B+ à B-.

Malgré des avancées, comme la baisse des frais de garderie à 10 $ par jour, l’amélioration de l’accès gratuit à la contraception ou le lancement du service de sages-femmes, les progrès stagnent sur des dossiers cruciaux.

Ce recul est expliqué en grande partie par le manque d’avancées en matière de lutte contre la pauvreté, rapporte Alexia Riche, membre du conseil d’administration du Conseil consultatif.

Le projet d'un revenu de base garanti à l'échelle de la province est aujourd'hui au point mort. Parallèlement, à 17 $ l'heure, le salaire minimum reste bien en deçà du salaire de subsistance, estimé à 22,76 $ l'heure par le Conseil canadien des politiques alternatives.

Le revenu de base garanti aurait créé un panier de sécurité pour les femmes, parce que c'est souvent les femmes qui font face à de la pauvreté extrême.

Charge mentale et faille du système de santé

La précarité se traduit directement sur le terrain par une hausse de l'itinérance. En dehors de Charlottetown et Summerside, la majorité des refuges d’urgence ne fonctionnent que de nuit, forçant les usagères à quitter les lieux durant la journée.

Ces endroits-là n'ont pas les sous nécessaires pour garder leur personnel et maintenir leurs opérations à temps plein, déplore Alexia Riche.

Le rapport met en lumière un autre fardeau : la charge invisible des soins non rémunérés. Dans la grande majorité des cas, ce sont les femmes qui réduisent leurs heures de travail ou prennent des congés pour s'occuper des enfants, de proches malades ou âgés, rappelle Alexia Riche.

Les allocations actuelles pour ces proches aidants à temps plein restent insuffisantes, ce qui peut mener à un épuisement professionnel et personnel généralisé.

Une personne qui prend la pause.

« Sur l'élimination de la pauvreté, on pense que plus aurait pu être fait », estime Alexia Riche du Conseil consultatif sur la condition de la femme. (Photo d'archives)

Photo : Community Sector Network of PEI (Facebook)

Au niveau de la santé publique, le Conseil dénonce des exigences administratives déconnectées de la réalité, comme l'obligation de fournir une note médicale pour prolonger un congé maladie au-delà de trois jours, dans un système de santé déjà surchargé.

C'est pas réaliste quand on a un système de santé qui est déjà surchargé, et que c'est difficile d'avoir accès à des docteurs, souligne Alexia Riche.

Stopper la violence en amont

De plus, le modèle des cliniques de santé mentale sans rendez-vous est critiqué. Sans continuité de service, il empêche l'établissement d'un lien de confiance et force les personnes souffrant de traumatismes à revivre et réexpliquer leur histoire à chaque visite.

Le rapport n’est pas totalement sombre. Il salue l’augmentation substantielle des subventions accordées à l'égalité des genres et à la lutte contre la violence faite aux femmes — passant de 2,6 millions $ à plus de 4,2 millions $.

L'ouverture d'une unité de 34 lits pour femmes au Centre correctionnel provincial, le maintien de l'accès local à l'avortement et la gratuité des contraceptifs sont d'autres motifs de satisfaction, de même que le lancement du programme de Tribunal pour la violence domestique.

Cependant, sur la question de la violence fondée sur le genre, le Conseil exige un changement de paradigme. Financer les services d’urgence en aval est nécessaire, mais insuffisant.

Il faut démanteler le système patriarcal et agir sur les causes profondes de la violence grâce à la prévention, selon Alexia Riche.

Il faut commencer à éduquer les jeunes très tôt pour qu'ils sachent ce que c'est la violence et comment agir, comment ne pas perpétuer cette violence-là.

Appel à la transparence et à la collaboration

Parmi les autres lacunes politiques, le Conseil déplore l’absence d’une lettre de mandat spécifique pour la Situation de la femme de la part du premier ministre, privant le public d'une feuille de route claire pour évaluer les actions gouvernementales.

S'il n'y a pas de lettre de mandat, on ne sait pas vraiment ce que le gouvernement fait, souligne Alexia Riche.

Le gouvernement provincial a réagi par voie écrite. S'il reconnaît qu’il reste encore beaucoup à faire pour continuer à améliorer la vie des femmes et des filles, il voit dans ce rapport une occasion de réfléchir.

La province insiste sur le fait que le rapport met en évidence plusieurs de ses mesures positives, citant notamment ses efforts pour garantir à chacun une chance équitable de réussir.

Le gouvernement rappelle à cet effet ses investissements importants dans les services d’aide aux victimes et les initiatives de prévention, des hausses de financement d'ailleurs soulignées par le Conseil consultatif.

La province réaffirme enfin sa volonté d'utiliser les orientations du Conseil pour faire avancer le travail en étroite collaboration entre les différents ministères et les partenaires communautaires.

Malgré la baisse de la note, l'ambition du Conseil consultatif n'est pas de rompre les ponts, mais bien de collaborer et d'inciter le gouvernement provincial à redresser la barre, conclut Alexia Riche.

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