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Depuis deux mois, les équipes de la Fondation québécoise pour la protection du patrimoine naturel (FQPPN) se déplacent un peu partout dans la région de Portneuf pour des sorties en soirée. L’objectif : observer les populations de chauves-souris pour mieux comprendre les menaces qui pèsent sur elles.
Un soir de semaine, à la brunante, quatre chargés de projet installent tranquillement leur poste d’observation. Des chaises de jardin sont alignées les unes à côté des autres et les appareils sont calibrés.
Nous sommes chez une résidente de Saint-Gilbert, qui a signalé la présence de nombreuses chauves-souris chez elle. L'objectif de la soirée est de les compter au fur et à mesure qu'elles sortiront de leur cachette, dans la corniche du garage.
Au Québec, il y a huit espèces de chauves-souris, puis, là-dedans, il y en a cinq qui sont menacées ou susceptibles de l'être, explique Lauri-Ann Marois, la chargée de projet, à notre arrivée sur les lieux.
Notre but, c'est de faire des inventaires de ces espèces-là pour essayer de comprendre où elles sont situées, surtout pour celles qui sont menacées. Comme ça, on peut savoir c'est quoi les menaces possibles envers ces chauves-souris-là, ajoute-t-elle.

Lauri-Ann Marois, Kendrick Chan, Gabin Reisser et Hannah Richter
Photo : Radio-Canada / Flavie Sauvageau
Parmi ces menaces : la pollution lumineuse, les pesticides, la coupe d'arbres (notamment des arbres morts qui peuvent servir d'habitat), les travaux dans les bâtiments qui servent d'abri ou de maternité, l'expulsion des chauves-souris et la maladie.
Dans les années 2010, le syndrome du museau blanc s’est propagé au sein des populations de chauves-souris du Québec, décimant des colonies entières. En 2024, on estimait que plus de cinq millions d’individus avaient succombé à la maladie.
Appel à la population
Début juin, la FQPPN a lancé un appel aux Portneuvois, leur demandant de lui écrire s’ils apercevaient une chauve-souris dans leur secteur.
À l’aide de ces signalements, l’équipe a pu cibler des lieux servant de maternités, soit des espaces où les chauves-souris s’installent au début de l’été pour donner naissance à leurs petits.
Ce soir, c’est chez Annie Harvey, à Saint-Gilbert, que se déroule l’activité d’observation. On est content de contribuer, de faire notre petite part pour aider la science, mais ça nous fait vraiment plaisir, confie celle dont le terrain est apprécié des chauves-souris depuis plusieurs années.

Une chauve-souris brune en plein vol
Photo : Gracieuseté / Zoo de Granby
Les individus observés dans la région peuvent appartenir à cinq espèces : la petite chauve-souris brune, la pipistrelle de l'Est, la chauve-souris rousse, la chauve-souris nordique et la chauve-souris pygmée de l'Est, énumère Hannah Richter.
Comme deux autres chargés de projet, elle travaille à la Fondation le temps d’un stage dans le cadre de ses études en biologie. Honnêtement, je n'avais aucune expérience avec les chauves-souris, admet-elle.
Or, son attachement pour l'espèce a grandi en les côtoyant. Plus j'apprends à les connaître, à connaître les espèces, à connaître leurs bienfaits, leurs avantages, ce qu’elles apportent à l'écologie, je trouve que c'est fascinant, poursuit-elle, expliquant que ces mammifères peuvent manger jusqu'à 600 insectes par heure.

Gabin Reisser scrute l'Anabat, un appareil qui perçoit les ondes émises par les chauves-souris.
Photo : Radio-Canada / Flavie Sauvageau
Une signature sonore pour chaque espèce
Difficile d’identifier à l'œil nu à quelle espèce appartiennent les individus, lorsqu’ils volent à la pénombre. C'est pourquoi l’équipe utilise un appareil de détection des ultrasons pour les différencier.
L’Anabat enregistre les fréquences émises par les chauves-souris pour se situer dans l’espace. On a vraiment une signature, on va dire sonore, qui est propre à chaque espèce, explique Gabin Reisser, étudiant français en stage à la Fondation.
Ces ondes sonores sont émises par les chauves-souris pour se situer dans l'espace et localiser les objets qui les entourent, comme les insectes. Cela s'appelle l'écholocalisation.
Et comme de fait, lorsqu’une petite chauve-souris passe dans le ciel au-dessus de nos têtes, l'appareil émet de petits signaux, détectant les fréquences de l'animal.
On va enregistrer certains sons, donc des fréquences inaudibles pour nous. Ensuite, toutes ces données-là, on va les compiler sur une carte qui va être envoyée à un autre organisme qui, lui, va faire le traitement de ces données, explique-t-il.

Lorsque l'appareil détecte les signaux émis par des chauves-souris, de longs pics apparaissent sur l'écran d'affichage de l'Anabat.
Photo : Radio-Canada / Flavie Sauvageau
Impossible de savoir tout de suite à quelle espèce appartient la chauve-souris curieuse qui est passée près de nous.
À chaque sortie, l’équipe prend en note une panoplie d’informations. L'heure à laquelle sont sorties les premières [chauves-souris], on prend la température [extérieure], le cycle lunaire aussi. S'il y a des arbres autour, s'il y a de l'eau. En fait, il y a plein de facteurs à noter pour [identifier] les menaces qu’il pourrait y avoir pour les chauves-souris du secteur, détaille Kendrick Chan, lui aussi chargé de projet.
Le projet de la FQPPN est réalisé en partenariat avec la Fondation pour la biodiversité et la faune du Québec, le Fonds d'action Saint-Laurent et le ministère de l'Environnement, de la Lutte contre les changements climatiques, de la Faune et des Parcs. Tous fournissent un soutien financier pour cette initiative.
Bientôt la migration vers le Sud
La période des observations achève. Dès le mois d'août, plusieurs espèces entameront leur migration vers le centre et le sud des États-Unis.
Pendant ce temps, l’équipe compilera les données qu’elle a collectées lors de ses sorties nocturnes, pour mieux comprendre quels sont les lieux choisis par ces mammifères pour servir de maternité.
Un plan d’action sera ensuite élaboré afin de mieux coordonner la protection de ces sites et de soutenir les propriétaires qui offrent présentement un refuge aux chauves-souris de la région, promet la Fondation.


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