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Le ministère québécois de l’Environnement va continuer de tolérer le trempage des casiers de homards dans les eaux madeliniennes sous sa juridiction pour une deuxième année. Cette pratique était auparavant effectuée directement dans l'eau de mer, mais fut interdite par le gouvernement fédéral en 2025.
Le trempage des casiers, en amont de la saison de pêche au homard, est très répandu dans l'archipel, puisque la majorité des homardiers utilisent encore des casiers de bois. Selon de nombreux pêcheurs, cette pratique permet que les engins coulent rapidement lorsque la pêche est lancée.
L’an dernier, plusieurs pêcheurs s’étaient tournés vers des milieux humides ou de petits étangs pour pallier l’interdiction fédérale de tremper des engins de pêche dans les lagunes.
En 2025, des milliers de casiers ont ainsi été mis à tremper dans des plans d’eau intérieurs, entre autres dans les secteurs du Havre-aux-Basques, de la Dune-du-Nord et de Grosse-Île.

L'interdiction de Pêches et Océans Canada d'utiliser les lagunes pour tremper les cages a fait en sorte que les pêcheurs se sont tournés vers d'autres milieux humides. (photo d'archives)
Photo : Gracieuseté
Cette nouvelle façon de faire alimente des préoccupations environnementales pour la préservation des milieux humides et dunaires.
Dans le contexte actuel, le ministère de l’Environnement, de la Lutte contre les changements climatiques, de la Faune et des Parcs (MELCCFP) dit privilégier pour la présente année une approche axée sur la sensibilisation et l’information des pêcheurs quant aux exigences réglementaires applicables .
Le Ministère demeure vigilant et pourrait intervenir dans les situations où des pratiques entraîneraient des impacts environnementaux significatifs ou seraient manifestement incompatibles avec la protection des milieux.
Le Ministère justifie cette orientation par le fait que les pratiques de trempages sont mal documentées et que les connaissances disponibles demeurent limitées pour bien évaluer leurs effets sur les milieux humides et hydriques .
Le MELCCFP dit vouloir améliorer les connaissances pour mieux documenter les effets du trempage des casiers et adapter, au besoin, ses interventions futures.
Au moment de publier ces lignes, le Comité des ZIP des Îles, un organisme spécialisé dans la gestion des milieux humides et des plans d'eau intérieurs, n'avait pas donné suite à la demande d'entrevue de Radio-Canada.

Des centaines de casiers de homard ont été placées dans un milieu humide en bordure de la route à Grosse-Île en 2025. (Photo d'archives)
Photo : Gracieuseté
Par ailleurs, le Ministère souligne avoir communiqué avec des associations de pêcheurs de homard des Îles concernant l’encadrement réglementaire relatif au trempage des casiers à homard.
La plus importante association de pêcheurs de homard des Îles, le Rassemblement des pêcheurs et pêcheuses des côtes des Îles (RPPCI) a été convié à une rencontre avec MELCCFP le 23 mars sur le sujet.
Le président, Charles Poirier, n’a pas donné suite aux nombreuses demandes de Radio-Canada sur le sujet, mais il a tout même confirmé avoir été informé de la tolérance de Québec pour la saison 2026 lors de cette réunion.
Lors du comité consultatif de la pêche au homard du 20 mars, le RPPCI a réclamé la levée de l’interdiction fédérale, en plaidant notamment que cette décision engendrait des impacts environnementaux dans les eaux québécoises.
Le président avait également laissé entendre que ses membres pourraient défier l’interdiction fédérale cette année.

Les pêcheurs avaient l'habitude de faire tremper leurs casiers dans les lagunes, des eaux fédérales soumises aux marées. (Photo d'archives)
Photo : Radio-Canada / Isabelle Larose
De son côté, le président de la Inshore Fishermen Association, David Burke, indique qu’il n’a pas discuté de cet enjeu avec ses membres lors de l’assemblée générale annuelle tenue jeudi.
À titre personnel, il mentionne tout de même qu’il ne voit pas nécessairement la tolérance de Québec d’un bon œil, à la suite de l’interdiction fédérale.
Je pense que la plupart des gens avaient accepté qu'ils ne pouvaient plus le faire, mais le ministère du Québec change la donne en quelque sorte, lance David Burke.
Flou réglementaire
Autant le MELCCFP que la Communauté maritime des Îles précisent n’avoir aucun règlement spécifique sur le trempage d’engins de pêche dans les milieux humides.
En 2025, le ministère québécois de l’Environnement avait indiqué que la Loi sur la qualité de l’environnement ainsi que la Loi sur la conservation et la mise en valeur de la faune pourraient, par contre, s’appliquer et qu’une autorisation ministérielle pourrait être préalablement nécessaire pour mettre des casiers à tremper.

Les milieux humides et dunaires sont nombreux en terres publiques aux îles de la Madeleine. (Photo d'archives)
Photo : Gracieuseté
En vertu d’une convention signée avec le ministère des Ressources naturelles et des Forêts, la Communauté maritime des Îles est gestionnaire des terres publiques où se trouvent de nombreux milieux humides de l’archipel.
Jamais la Communauté maritime des Îles n’a eu à intervenir par rapport à du trempage de casiers en terres publiques, précise le président, Antonin Valiquette.
C’est très difficile de dire à ce moment-ci comment l’application doit se faire. C’est pour ça que le ministère de l’Environnement souhaite documenter davantage la pratique, étant donné que c’est un phénomène assez nouveau.
Antonin Valiquette soutient que la gestion des milieux humides relève de la responsabilité du ministère de l’Environnement, mais souligne que la Communauté maritime des Îles est prête à collaborer avec Québec en cas de besoin.


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