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Terre de glace
L’épisode 4 sera disponible prochainement.
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Notre journaliste Léa Bello a passé tout le mois d’août au Groenland à l’occasion d’une expédition scientifique exceptionnelle. Voici les réponses aux questions que vous lui avez posées.
Pendant quatre semaines, notre journaliste Léa Bello a embarqué à bord d’un brise-glace aux côtés de 30 scientifiques internationaux pour comprendre la fonte accélérée des glaciers du Groenland et ses conséquences sur le climat. L’expédition scientifique interdisciplinaire « Cascades » rassemble des chercheurs français, suisses, canadiens et groenlandais. Voici les réponses aux questions que vous lui avez posées dans l’espace contributions.
Episode 1 : Les brise-glaces, ces navires à la technologie de plus en plus convoitée
Comment se passe la mission du brise-glace ? Est-ce qu’il ouvre les routes commerciales pour les porte-conteneurs régulièrement ou est-ce qu’il escorte des bateaux commerciaux ? Transporte-t-il des marchandises ? - stenon
J’ai embarqué sur un brise-glace scientifique, dont la mission est d’étudier l’évolution des glaces en Arctique : la fonte des glaciers du Groenland en été et la formation de la banquise au début de l’hiver. L’Amundsen est un bateau de la garde côtière canadienne. En dehors des missions scientifiques, il a aussi une mission de déglaçage et d’escorte des navires.
Le brise-glace « Amundsen », sur lequel Léa Bello est embarquée, le 21 août 2026, près de Kullorsuaq, au Groenland. Super, votre reportage… excellente idée. Du coup, quelques petites questions sans prétention : 1) Combien d’hommes sur le navire ? 2) Quelle est la durée habituelle d’une rotation ? 3) Que mangez-vous à bord ? - MarcusNaderus
Nous sommes 79 à bord, dont 40 membres d’équipage, embarqués pour des rotations de vingt-huit jours. A bord, les repas sont variés et préparés tout au long de l’expédition.
La salle à manger de l’« Amundsen ». La nouvelle route du Nord pour les porte-conteneurs faisant la route Chine-Europe-Chine nécessitera-t-elle un brise-glace pour chaque navire commercial ? - Olivier Angers
La route maritime du Nord, qui se trouve entièrement dans la zone économique exclusive (ZEE) de la Russie, est sous la glace neuf mois par an. Pendant l’été, elle devient praticable pour des bateaux à coque renforcée car il reste des morceaux de glace, et nécessite par endroits l’escorte d’un brise-glace. De nombreux bateaux se sont retrouvés coincés ces dernières années dans les glaces flottantes, dont la trajectoire est très difficile à prédire.
Nous avons fait une vidéo explicative sur le sujet.
Y a-t-il un risque de s’aventurer vers des glaces plus épaisses, plus vieilles ? Est-ce qu’il y a un sonar ou quelque chose qui permet d’évaluer ce qui entoure le bateau ? Comment fait-on la navigation ? Avec quelles cartes ? - Swalter
La qualité de la glace est évaluée par le commandant, et nécessite parfois un survol de reconnaissance en hélicoptère avant d’engager le bateau vers une zone englacée. L’expérience du commandant, sa connaissance du bateau et sa capacité à reconnaître les différents types de glace vont guider son choix de route. En dehors des missions de déglaçage et d’escorte des navires, l’idée est de heurter le moins de glace possible pour préserver le bateau.
Le bateau est aussi équipé de plusieurs sonars, deux consacrés à la navigation, qui indiquent la profondeur, un affecté à la cartographie du fond, ainsi qu’un écho sonar qui permet de repérer les organismes marins et un sonar qui mesure les courants marins. Enfin, deux radars de surface permettent de repérer les icebergs, y compris dans le brouillard, et de préciser la navigation. Les cartes électroniques et le GPS sont utilisés par la navigation, mais dans l’Arctique, parfois les données manquent, et les cartes papier sont toujours sorties.
La navigation des brise-glaces accélère-t-elle la fonte de la banquise ? Cela a-t-il un effet notable ? - HdB
La principale conséquence du passage du brise-glace dans la banquise est le bruit : il perturbe de nombreux animaux marins. Il fait notamment fuir les mammifères marins qui sont très sensibles au son (narval, phoques…). Dans le nord du Groenland, où nous nous rendons, cela pourrait être un problème pour les communautés inughuits, qui les chassent pour leur nourriture.
Pour ce qui est de la glace d’eau douce, nous ne nous approchons pas des glaciers, et les icebergs sont déjà détachés. Le nombre de bourguignons (restes d’icebergs) brisés lors du passage du brise-glace est minime. Une photo vaut toujours mieux que de longues explications :
L’« Amundsen », le 23 août 2026, dans la baie de Kullorsuaq, à l’ouest du Groenland.
L’« Amundsen », le 23 août 2026, dans la baie de Kullorsuaq, à l’ouest du Groenland. Episode 2 : D’étranges organismes marins participent à la régulation du climat dans l’océan Arctique
Ne vaudrait-il mieux ne pas savoir, considérer que la biodiversité en Arctique est très menacée (si on ne sait pas à quel point alors imaginer le pire) et éviter d’y découvrir des ressources qui seraient susceptibles d’être exploitées massivement, étant donné que nous avons déjà du mal à protéger les espaces connus ? - Louis
L’approche des Nations unies est plutôt inverse : en l’absence de réglementation ou d’accord, il n’y aurait rien d’illégal à pêcher dans ces eaux. Il faut donc apporter la preuve scientifique que cet espace souffrirait de la pêche pour qu’il soit protégé. L’accord actuel, que l’Union européenne a signé au nom des Vingt-sept, interdit les activités de pêche commerciale dans l’océan Arctique central pour une période initiale de seize ans, prolongée automatiquement tous les cinq ans. Il prévoit aussi une évaluation scientifique régulière pour mettre à jour les mesures de conservation et de gestion de l’écosystème.
Est-ce que les estimations de fonte de la banquise arctique par les scénarios du GIEC correspondant à notre trajectoire actuelle signifient un changement radical de la chaîne alimentaire présente là-bas ? Et si oui, doit-on s’attendre à des émissions de CO2 ? - F. lier
Oui, les conditions de vie pour les organismes arctiques changent fortement. L’Arctique se réchauffe entre trois et cinq fois plus vite que le reste de la planète. De plus, la quantité de CO2 dissous dans l’eau augmente, ce qui acidifie les océans. Le carbone étant encore plus soluble dans les eaux froides, l’enjeu est grand pour l’Arctique.


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