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Quand Mélenchon confond urgence sociale et gadget idéologique

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La démagogie sociale fonctionne toujours sur le même ressort : une réalité partielle, un chiffre asséné sans nuance, puis une solution simple, spectaculaire, et surtout coûteuse, présentée comme morale donc indiscutable. Jean-Luc Mélenchon en a donné une nouvelle démonstration en expliquant que « des millions d’enfants arrivent à l’école le ventre vide » et qu’il suffirait, pour régler le problème, de rendre la cantine gratuite partout, avec en prime du bio obligatoire. Le diagnostic est émotionnel, la proposition est idéologique, et l’analyse, comme souvent, est absente.

Des millions d’enfants ne mangent pas à leur faim dans notre pays, pourtant si riche.

Les équipes pédagogiques en témoignent. Chaque matin, ils voient arriver des enfants mal en point, parce qu’ils ont froid chez eux ou parce qu’ils arrivent à l’école le ventre vide.

Nous… pic.twitter.com/8i6yZSyYhi

— Jean-Luc Mélenchon (@JLMelenchon) January 22, 2026

Commençons par le point de départ : oui, il existe en France des familles en grande difficulté, oui, certains enfants arrivent à l’école sans avoir mangé le matin. Personne de sérieux ne le nie. Mais parler de « millions » d’enfants affamés dans un pays où les aides sociales, familiales et alimentaires sont parmi les plus élevées du monde relève de l’exagération militante. Cette inflation verbale n’a qu’un but : créer un sentiment d’urgence morale pour disqualifier toute réflexion rationnelle sur les causes et les réponses adaptées.

Car le problème posé n’est pas celui du déjeuner, mais celui du petit-déjeuner. Un enfant qui arrive le ventre vide à huit heures n’est pas sauvé par un plateau-repas servi à midi. La cantine, gratuite ou non, bio ou non, ne corrige pas une absence de prise alimentaire le matin. Le nœud du problème est donc familial, éducatif, social, parfois culturel. Il concerne l’organisation du foyer, la responsabilité parentale, l’accompagnement ciblé des situations réellement défaillantes. Sur ce terrain, la proposition de Mélenchon ne dit rien. Elle contourne la difficulté au lieu de l’affronter.

Venons-en à la gratuité universelle. La cantine gratuite pour tous n’est pas une mesure sociale, c’est une redistribution indistincte. Elle fait payer par l’impôt l’ensemble des contribuables, y compris ceux qui nourrissent correctement leurs enfants, ceux qui ne mettent pas leurs enfants à la cantine, ceux qui n’ont pas d’enfants du tout. Autrement dit, on transforme une problématique ciblée en dépense générale. C’est un mécanisme classique de la gauche radicale : diluer le social dans l’universel pour éviter toute distinction, toute condition, toute responsabilité. Or une politique efficace n’est pas celle qui arrose large, mais celle qui vise juste.

Ajoutons la couche idéologique du « bio obligatoire ». Sur le plan nutritionnel, le bio ne nourrit pas davantage. Il ne rassasie pas plus. Il n’empêche pas la faim. Il coûte simplement plus cher. Imposer le bio, c’est augmenter mécaniquement le coût du repas sans lien direct avec la problématique invoquée. On ne parle plus ici de lutte contre la faim, mais de militantisme écologique greffé artificiellement sur un sujet social. C’est une instrumentalisation, pas une solution.

Il faut aussi rappeler une évidence juridique et administrative : la restauration scolaire, notamment dans le primaire, relève des communes. Les tarifs sont déjà modulés selon le quotient familial dans la majorité des villes. Autrement dit, les familles modestes bénéficient déjà de tarifs réduits, parfois symboliques, voire de la gratuité. La proposition de Mélenchon suppose soit une recentralisation massive, soit un financement étatique imposé aux collectivités. Dans les deux cas, on est dans l’incantation politique, pas dans une mesure opérationnelle sérieuse.

Ce type de discours repose sur une confusion volontaire entre compassion et efficacité. Dire « il faut nourrir les enfants » est moralement imparable, mais politiquement creux si l’on ne traite ni les causes, ni les modalités concrètes, ni le coût réel, ni les effets secondaires. Une politique responsable s’interrogerait sur des dispositifs ciblés : petits-déjeuners gratuits dans les écoles des zones réellement concernées, accompagnement des familles défaillantes, responsabilisation parentale, aide conditionnée et contrôlée. Ce sont des solutions moins spectaculaires, donc moins rentables électoralement, mais infiniment plus sérieuses.

La proposition de cantine gratuite et bio pour tous n’est donc pas une réponse à la faim des enfants, mais une vitrine idéologique. Elle permet à Mélenchon de se poser en protecteur autoproclamé de l’enfance tout en évitant soigneusement de parler des responsabilités familiales, de l’efficacité des aides existantes et du poids réel de la dépense publique. C’est de la démagogie sociale au sens strict : un discours qui flatte l’émotion, simplifie à l’extrême, et transfère le coût sur une collectivité déjà lourdement sollicitée, sans résoudre le problème qu’il prétend combattre.

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