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Samedi matin, les trois fauconneaux nés ce printemps à l’Université de Montréal ont été bagués lors d’une procédure qui avait des allures de baptême. Les biologistes et les bénévoles réunis à l’occasion ont pu en identifier le sexe – trois femelles – et nommer deux d’entre elles : Gali et Gaoh.
L’événement était attendu des amateurs d’ornithologie, qui peuvent suivre en direct les aventures de Tadi et Ziva, le plus récent couple de faucons pèlerins à nicher au sommet de la tour du pavillon Roger-Baudry. Ève, le faucon femelle qui y nichait depuis plusieurs années, n’est pas revenue cette année. Le nouveau couple s’y est installé ce printemps et a donné naissance aux trois fauconneaux, éclos les 21 et 22 mai derniers.
« Je pense qu’on peut vraiment parler d’un engouement du public » affirme Ève Bélisle, qui dirige le projet depuis ses débuts en 2007. « C’est une vraie téléréalité. Il y a tout le temps quelque chose qui arrive, il y a du drama ! »
Une procédure délicate
Du « drama », il y en avait samedi matin, lorsque les fauconneaux ont été retirés du nid le temps de les baguer, de les peser et d’examiner leur état de santé général. Affublés de casques et armés d’un parapluie pour se protéger, les volontaires ont rapidement recueilli les petits sous les cris stridents de leur mère. La capture peut-elle avoir un impact négatif ? « Il n’y a aucun problème », précise Mme Bélisle. « Une fois qu’on les remet au nid, les parents considèrent leur défense de territoire comme réussie ».
En attendant, l’équipe procède avec soin. Les biologistes s’affairent à l’examen, à la pesée et au baguage, pendant qu’une bénévole consigne les données dans un registre. « C’est en les pesant qu’on peut connaître le sexe », confie un biologiste au Devoir. Chez les rapaces, les femelles sont beaucoup plus grosses et plus lourdes que les mâles. Cette année, pas de doute devant le poids des rejetons. Deux bénévoles ont l’honneur de nommer un fauconneau chacun : Gali, qui signifie tourbillon en langue hébraïque, et Gaoh, qui veut dire esprit du vent. « Pour l’autre, on va faire un appel à tous », décide Ève Bélisle.
Le baguage, un atout important
Le baguage est une procédure qui consiste à apposer des bagues en métal autour des serres des oiseaux. Il s’agit d’un outil précieux des biologistes pour faire le suivi des populations aviaires. « Si quelqu’un voit un oiseau bagué, mort ou vivant, et qu’il le rapporte, on a une donnée [de plus] pour savoir si la population se porte bien », précise Ève Bélisle. L’identification, qui peut se faire en ligne, permet une surveillance étroite de la santé des écosystèmes.
L’examen des fauconneaux, qui est fait en même temps, permet aussi de déceler d’éventuels problèmes de santé et d’intervenir au besoin. « Dans les dernières années, il y avait beaucoup de mouches carnus qui s’attaquaient aux fauconneaux », raconte Ève Bélisle. Ces parasites, qui se nourrissent du sang des oiseaux, peuvent causer de graves problèmes d’anémie chez les plus jeunes. Heureusement, pas de problème majeur à signaler cette année : les trois femelles sont en bonne santé.
Un succès de réhabilitation
Après avoir frôlé la disparition complète dans les dernières décennies, la population de faucons pèlerins se porte de mieux en mieux au Québec, au point où seule la sous-espèce anatum est encore considérée comme vulnérable. « C’est un succès de réhabilitation, un beau succès » se réjouit Mme Bélisle. Un succès largement attribuable aux efforts de réintroduction des biologistes et à l’interdiction des pesticides organochlorés (DDT), responsables de l’amincissement de la coquille de l’œuf et à la mort prématurée des embryons.
D’ici à ce que Gali, Gaoh et leur sœur quittent définitivement le nid à la fin de l’été, les amateurs pourront encore suivre sur leur chaîne youtube les étapes critiques de leur développement : le premier vol, puis l’apprentissage de la chasse. Chose certaine, les faucons pèlerin de l’Université de Montréal n’ont pas fini de faire vivre au public des sensations fortes.


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