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Pas la peine de chercher la traduction, tout le monde comprend le principe de cette émission : on fait la surprise à un fan en lui envoyant sa star préférée.
Le programme est sociologiquement intéressant : la dévalorisation de soi peut devenir un business juteux. L’émotion est à la hauteur du différentiel entre le pauvre et le riche, l’inconnu et le connu, l’obscur et le lumineux, le rien et le tout.
On a apprécié la fée hippopotame dénommée Queen à 1’26 qui se présente comme une « children drama workshop facilitator », soit une animatrice d’atelier théâtre pour enfants (en difficultés), mais surtout une « massive fan de Pharrell » Williams. Déjà, c’est pas une trans.
Quand ton rêve c’est d’être quelqu’un d’autre que toi, c’est que quelque chose cloche. Cela empêche généralement de s’améliorer, c’est-à-dire d’approcher de son moi idéal, car l’idéal est déjà là, inaccessible car autre. On peut parler de bloqueur de développement personnel.
En vérité, cette émission d’humiliation sociale fonctionne sur un registre religieux, mais enfoui : c’est celui de l’apparition, ou de la révélation. Il y a 150 ans, façon de parler puisque les apparitions eurent lieu en 1858, ce qui donne 172 ans d’âge, Bernadette voit des Marie partout dans une grotte de Lourdes. De là les pèlerinages du monde entier, les miracles, les guérisons, etc.
L’apparition est une projection imaginaire, celle de son cinéma intime, sur un support, un peu comme le deuxième avion sur la tour 2 le 11 septembre 2001. Rien ne dit que l’imaginaire ne participe pas à une guérison ou à une amélioration de son état, en tant que fuite d’une réalité trop douloureuse.
Cela ne fonctionne pas toujours : parfois, c’est la star qui est subjuguée par le fan.
Aujourd’hui, si l’on fait entrer François Hollande dans l’appartement d’un militant socialiste de base, tout au plus ce dernier va lui serrer la main. Il ne sursautera pas, la prod ne risquera pas le torrent de larmes ou l’AVC. Certains même le foutront dehors à coups de pompes pour avoir tué le PS avec sa bonhomie radsoc et son alignement sur les directives du pouvoir profond, forcément de droite.
Avant, les gens d’en bas rencontraient Dieu, directement, à travers une apparition ou indirectement, à travers le prêtre ; aujourd’hui, on rencontre ses demi-dieux ou ses quart-dieux sur un écran, du matin au soir. Avec les nouvelles stars de la télé-réalité et désormais de la net-réalité, fabriquées en masse et en séries (la valeur divine finie ne s’augmente pas, elle se partage), vite consommées et expulsées, on est dans le huitième, le seizième, le cent-vingt-huitième, le millième de Dieu. Cette loi de péremption sociale est assez fascinante, chacun voulant devenir roi, mais cela a un prix : on l’est, mais très peu, fugacement.
Même la loi des quinze minutes de célébrité de l’escroc américain qu’on répugne à nommer est dépassée. Un tueur en série ne tient plus que trois minutes, les sollicitations cérébrales dopaminantes étant trop nombreuses pour le consommateur lambda. Imaginez une starlette de TikTok qui vend des bonbecs ou du maquillage rencontrant ses fans, le taux d’excitation émotionnelle avoisinera le zéro absolu. Peut-être même se fera-t-elle rudoyer, comme François Hollande.
En revanche, il est des stars qui durent, qui surnagent du marécage de la foire d’empoigne, de la guerre civile des egos.
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