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International 15/06/2026 19:40 Actualisé le 15/06/2026 21:33
La signature d’un accord de paix entre Washington et Téhéran serait un échec de taille pour Israël, qui n’entend pas céder si facilement aux pressions.

ALEX KOLOMOISKY / AFP
S’il n’a pas lui même pris la parole, le gouvernement du Premier ministre israélien a déjà annoncé qu’il ne se plierait pas aux exigences de l’Iran et des États-Unis en vue d’un possible accord de paix.
EN BREF • L’accord Iran-États-Unis est perçu comme un échec par Israël, qui n’a pas atteint ses objectifs contre le régime iranien et le Hezbollah.
• Israël refuse de retirer ses troupes du Liban malgré les pressions et alors que cela fait partie des conditions de l’accord entre Iran et États-Unis.
• Netanyahu, en campagne électorale pour les législatives, pourrait jouer son va-tout pour renforcer sa position politique en Israël.
Si la possibilité d’un accord de paix entre l’Iran et les États-Unis est vue d’un très bon œil par la communauté internationale, c’est tout le contraire en Israël. Aucun des objectifs affichés - faire tomber le régime iranien, l’empêcher de se doter de l’arme nucléaire, et par la même occasion détruire le Hezbollah, dont le fief pro iranien se trouve au Liban - n’est atteint. Le Premier ministre israélien pourrait donc se révéler être une véritable épine dans le pied de Donald Trump pour parvenir à instaurer la paix au Moyen-Orient.
Alors même que l’accord n’était pas encore annoncé, Benjamin Netanyahu a bien failli faire voler en éclats tous les efforts de négociations de ces dernières semaines. Ce dimanche 14 juin, les États-Unis et l’Iran étaient proches d’annoncer leur accord-cadre lorsqu’une frappe israélienne a fait trois morts au Liban, à Beyrouth, le bastion du Hezbollah pro iranien. « Ça a tout chamboulé », a déclaré Donald Trump au site américain Axios. « Ça a retardé la signature de quelques heures. Ça devait avoir lieu maintenant. C’est désormais prévu dans quelques heures », a-t-il assuré.
La coopération d’Israël un point clé pour Téhéran
Le président américain n’a pas caché son énervement : « J’étais furieux. Il n’a aucun putain de jugement. Je le lui ai fait savoir. L’attaque de ce matin […] n’aurait pas dû avoir lieu, surtout en ce jour particulier où nous sommes si près d’un accord de paix avec l’Iran. » Benjamin Netanyahu aurait-il déjà commencé à torpiller un accord qu’il rejette de longue date ?
Lundi, Téhéran a clairement désigné Israël comme principal facteur de risque d’un échec des discussions. « Les États-Unis doivent honorer leurs engagements. Ils doivent s’assurer que le régime sioniste respecte également les siens concernant le Liban », a déclaré le porte-parole de la diplomatie Esmaïl Baghaï lors de son point presse hebdomadaire, ajoutant que Téhéran « ne fait confiance ni à Israël ni aux États-Unis ».
Le principal négociateur de l’Iran, Mohammad Bagher Ghalibaf, a reproché aux États-Unis de n’avoir « soit pas la volonté de respecter leurs engagements, soit pas la capacité de le faire ». Le message iranien est clair : si Washington veut un accord durable, il doit aussi prouver qu’il est capable de contenir son allié israélien.
Les autorités israéliennes n’entendent pas céder aux pressions
Mais Benjamin Netanyahu ne peut pas céder aussi facilement sur des points qu’il considère comme essentiels à la survie de son pays. Premier sujet de discorde : la guerre d’Israël contre le Hezbollah. Car ce lundi l’Iran a bien rappelé qu’il était absolument nécessaire qu’Israël s’engage à mettre fin à cette guerre au Liban dans l’accord-cadre.
Les affrontements entre Israël et le Hezbollah pro-iranien semblaient avoir cessé, mais une frappe israélienne a tué une personne dans le sud à la mi-journée. Puis le Hezbollah a annoncé avoir « repoussé », au moyen de roquettes et de drones, une force israélienne qui tentait d’avancer dans le sud du Liban.
« Nous avons établi de larges zones de sécurité autour d’Israël. Nous l’avons fait à Gaza, au Liban et en Syrie, a déclaré Benjamin Netanyahu lundi soir lors d’une conférence de presse. Je tiens à le dire clairement : nous resterons dans ces zones de sécurité aussi longtemps qu’il le faudra pour protéger notre pays. »
Même tonalité, plus tôt, chez Bezalel Smotrich, le ministre des Finances, qui juge que « l’accord avec l’Iran est mauvais pour Israël ». « Nous devrons poursuivre nous-mêmes la campagne visant à faire tomber le régime, en utilisant des moyens créatifs, et veiller à ce que l’Iran n’acquière jamais l’arme nucléaire », a-t-il affirmé.
« Le plus important, c’est que nous avons sauvé l’État d’Israël de la menace d’un anéantissement nucléaire », a balayé de son côté Benjamin Netanyahu.
Israël sans garanties et absent de la table des négociations
« Le principal problème de cet accord est que les questions importantes du point de vue d’Israël, celles liées au nucléaire, sont reportées à un avenir dont on ignore tout », développe auprès de l’AFP Sima Shine, ancienne responsable du renseignement israélien et spécialiste de l’Iran à l’Institut d’études de sécurité nationale (INSS).
Après la signature d’un cadre de négociations, une seconde phase de discussions serait prévue sur les 60 jours suivants. Le nucléaire iranien en serait un sujet majeur. Mais pour de nombreux analystes israéliens, cela revient surtout à gagner du temps. « Même dans une deuxième phase, on ne sait pas ce qu’on va obtenir, si tant est qu’on obtienne quelque chose », affirme Danny Citrinowicz, ancien du renseignement militaire israélien. Et pour couronner le tout, Israël n’est même pas convié à la table des négociations et tout se décide sans sa délégation.
Avec l’échec de la guerre, un échec électoral annoncé pour Netanyahu
Et Benjamin Netanyahu s’inquiète des répercussions de ce qui est présenté comme un échec, à quatre mois des élections. Des législatives, auxquelles il est candidat, sont prévues pour le 27 octobre. Cet accord pourrait donc sonner comme le prélude d’une défaite politique et électorale, d’autant que les critiques ne sont pas fait attendre.
L’extrême droite a déjà menacé de quitter le gouvernement si les attaques contre le Hezbollah ne se poursuivaient pas. Itamar Ben Gvir affirme que « l’accord de Trump ne nous engage pas. Nous ne devons nous contenter de rien qui soit en deçà du démantèlement du (mouvement islamiste libanais) Hezbollah. Nous ne devons pas nous retirer d’un seul pouce du territoire que nos soldats ont conquis ».
L’Orient-Le Jour suggère que si le Premier ministre veut « maximiser ses chances » d’être reconduit à son poste, il a tout intérêt « à provoquer l’Iran pour le faire revenir à la guerre et y entraîner les États-Unis ». Et en cas d’échec, il devra se rattraper militairement en accédant aux exigences des Israéliens de poursuivre la guerre contre le Hezbollah. Mais comme le suggèrent plusieurs spécialistes, Israël n’a pas les moyens de se passer des États-Unis pour continuer cette guerre.


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