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Quand la montée des eaux a piégé treize personnes plusieurs jours sous une montagne thaïlandaise en juin 2018 : chaque enfant est ressorti endormi, convoyé sous l’eau par un plongeur

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Quatre kilomètres de galeries noyées, une pression de plusieurs jours, et douze adolescents qui n’ont jamais mis un masque de plongée de leur vie. Entre le 23 juin et le 10 juillet 2018, treize personnes ont été piégées dans la grotte de Tham Luang, dans le nord de la Thaïlande, avant d’en ressortir vivantes grâce à une opération de sauvetage sans équivalent dans l’histoire de la spéléologie.

À retenir

  • Douze enfants et leur entraîneur piégés à 4 km sous terre : comment les autorités ont dû réinventer le sauvetage en trois jours
  • 11 heures de plongée extrême pour un aller-retour : pourquoi attendre n’était pas une option viable
  • Une décision médicale spectaculaire : les enfants ont été sédatisés pour traverser les passages immergés

Sommaire

  1. Une rivière souterraine qui piège une équipe de football
  2. Onze heures de plongée pour rejoindre les « Sangliers sauvages »
  3. Treize vies confiées à l’obscurité : l’évacuation sous sédation
  4. Le prix du sauvetage

Tout commence par une sortie d’entraînement banale. Le 23 juin 2018, douze enfants et leur entraîneur sont restés bloqués par la montée des eaux d’une rivière souterraine dans la grotte de Tham Luang Nang Non située dans la province de Chiang Rai en Thaïlande, à la frontière avec la Birmanie (Myanmar) et le Laos. Le groupe, membre du club de football des Moo Pa, les « Sangliers sauvages », visite régulièrement cette cavité après l’entraînement. Ce jour-là, la pluie tombe plus tôt que d’habitude. Les eaux souterraines grossies par la mousson ont amené le groupe à pénétrer de plus en plus profondément dans la cavité, jusqu’à se trouver isolés à quatre kilomètres de l’entrée, sans possibilité de faire demi-tour. Une mère alerte les autorités le soir même en constatant que son fils n’est pas rentré.

Il faudra plusieurs jours de recherches avant que des plongeurs britanniques n’établissent le premier contact. Quand les secouristes atteignent enfin le groupe, ils les découvrent huddled on a muddy ledge of a partly flooded chamber, épuisés mais vivants. La nouvelle fait alors le tour du monde : les treize sont retrouvés. Reste à savoir comment les faire sortir.

Onze heures de plongée pour rejoindre les « Sangliers sauvages »

Le problème tient en un chiffre. Pour parcourir l’aller et retour dans des boyaux accidentés, avec de difficiles passages sous l’eau, jusqu’aux garçons et leur entraîneur, il faut à un plongeur aguerri, onze heures : six heures à l’aller et cinq heures au retour, grâce au courant. Onze heures, pour un plongeur expérimenté équipé du matériel adéquat. Les enfants, eux, n’ont jamais plongé, et certains ne savent même pas nager.

Face à ce constat, les autorités thaïlandaises envisagent d’abord une solution qui paraît plus raisonnable : attendre. Dans un premier temps, les secours semblent s’orienter vers un sauvetage qui pourrait durer plusieurs semaines, le temps d’initier le groupe au matériel de plongée, une option qui permettrait d’améliorer leur santé fragilisée en raison du nombre prolongé de jours qu’ils sont restés sans manger. Un capitaine de la marine thaïlandaise évoque même la préparation de vivres pour tenir plusieurs mois. Mais la météo ne laisse pas ce luxe : la mousson menace de submerger totalement les galeries restantes, rendant toute évacuation future impossible. Il faut agir vite, et autrement.

Pour organiser l’opération, la Thaïlande mobilise un contingent international impressionnant. Le gouvernement thaïlandais a fait appel à environ quatre-vingt-dix plongeurs dont quarante étrangers et treize « de classe mondiale », parmi lesquels l’Australien Richard Harris, qui est également anesthésiste. Ce détail, en apparence anodin, va se révéler déterminant pour la suite.

Treize vies confiées à l’obscurité : l’évacuation sous sédation

La méthode retenue relève presque de la science-fiction médicale. Plutôt que de tenter d’apprendre les rudiments de la plongée à des adolescents paniqués dans un boyau à visibilité nulle, l’équipe choisit de les endormir. Le chef de la junte au pouvoir affirme que les secouristes ont donné un « tranquillisant léger » aux enfants pour éviter de paniquer, mais qu’en aucun cas ils n’ont été assommés de médicaments. Chaque garçon est ainsi plongé dans un état second avant d’être équipé et confié à un plongeur, qui le tracte littéralement à travers les passages immergés.

Le témoignage du dernier plongeur sorti de la grotte donne une idée précise de l’état des enfants au moment de l’extraction. « Certains d’entre eux étaient endormis, d’autres remuaient les doigts, comme s’ils étaient groggy. Mais ils respiraient », a expliqué le commandant Chaiyananta Peeranarong, qui a été le dernier plongeur à sortir de la grotte à l’issue du sauvetage. Une phrase qui résume à elle seule l’ampleur du pari technique et médical engagé.

L’opération se déroule sur plusieurs journées, par petits groupes. Au fur et à mesure de l’arrivée des garçons, les ambulances les transportent à l’écart de Tham Luang pour les envoyer à bord d’un hélicoptère vers un hôpital de Chiang Rai, et la nouvelle se répand rapidement : quatre garçons sont sortis et ils sont tous en vie. Entre chaque vague d’extraction, les équipes de plongeurs, épuisées, doivent tout réorganiser pour le lendemain. Jason Mallinson et les membres épuisés de l’équipe préparent la journée du lendemain, quand il faudra ramener quatre autres garçons en lieu sûr, sans pouvoir s’arrêter, car il y a des dizaines de bouteilles d’oxygène à remplir et à remplacer, des cordes à retendre et bien d’autres choses encore. Trois jours d’efforts continus, pour douze adolescents et leur entraîneur âgés de 11 à 16 ans qui, quelques semaines plus tôt, n’imaginaient pas franchir un jour un siphon les yeux fermés, littéralement.

Le prix du sauvetage

Cette réussite technique a un coût humain. Pendant les préparatifs, un ancien membre d’élite de la marine thaïlandaise perd la vie. Saman Kunan appartenait à une équipe qui tentait d’établir une ligne d’approvisionnement en oxygène de la chambre où les enfants attendaient d’être secourus, et l’ancien membre des commandos de marine thaïlandais avait perdu conscience sur le chemin du retour. Il meurt le 6 juillet 2018, quatre jours avant que les derniers rescapés ne quittent la grotte. Le plongeur s’était porté volontaire pour la mission de sauvetage, lui qui avait quitté l’armée des années plus tôt pour travailler comme agent de sécurité à l’aéroport de Bangkok.

Son sacrifice n’est pas resté anonyme. Un second décès viendra s’ajouter au bilan des opérations : le 27 décembre 2019, Beirut Pakbara, un Navy Seal thaïlandais, décède des suites d’une infection sanguine contractée lors des opérations de secours. Face à ces pertes, le royaume de Thaïlande choisit d’honorer officiellement la mémoire de Saman Kunan : il est posthumément fait Chevalier Grand-Croix de première classe du très noble Ordre de l’Éléphant blanc, l’une des plus hautes distinctions du pays, par le roi Vajiralongkorn. Une fresque murale intitulée « The Heroes » a également été installée dans le nouveau hall commémoratif érigé à l’entrée de la grotte de Tham Luang, pour que le nom des sauveteurs disparus reste associé, pour toujours, à celui des treize survivants.

Sources : konbini.com | france24.com

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