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J’ai renvoyé ma carte d’identité et mon RIB pour faire effacer mes données chez mon ancien employeur : six semaines plus tard, un crédit courait à mon nom

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Imaginez découvrir, en consultant votre fichier bancaire, qu’un organisme de crédit vous réclame déjà des mensualités pour un prêt que vous n’avez jamais signé. C’est exactement ce qu’a vécu une salariée après avoir voulu faire valoir son droit à l’oubli auprès de son ancien employeur. Une démarche en apparence anodine, presque administrative, s’est transformée en un véritable cauchemar financier, révélant au passage une faille bien plus large que ce cas isolé : celle de nos réflexes face aux demandes de documents personnels.

À retenir

  • Une salariée a envoyé sa carte d'identité et son RIB pour une demande RGPD, et six semaines plus tard un crédit frauduleux a été ouvert à son nom
  • Le RGPD n'exige jamais de RIB ni de pièce d'identité complète pour vérifier une identité, une pièce partiellement masquée suffit
  • Il faut masquer les mentions sensibles d'une carte d'identité, ajouter une mention manuscrite précisant l'usage du document et ne jamais transmettre de RIB pour une démarche sans versement d'argent

Quand une simple demande RGPD se transforme en cauchemar financier

Tout commence par une intention louable : ne plus laisser traîner ses informations personnelles chez un employeur que l’on a quitté depuis plusieurs mois. La démarche s’appelle une demande de suppression de données, encadrée par le règlement général sur la protection des données, plus connu sous son acronyme, le RGPD. Sur le papier, rien de plus simple : un mail ou un courrier, et l’entreprise doit s’exécuter dans un délai raisonnable. Mais dans les faits, certaines organisations exigent des pièces justificatives disproportionnées, sous prétexte de vérifier l’identité du demandeur. C’est ainsi que la victime de cette histoire s’est retrouvée à envoyer une copie de sa carte d’identité et, plus surprenant encore, un relevé d’identité bancaire, le fameux RIB. Un geste de confiance qui allait avoir des conséquences bien plus lourdes que prévu.

Le piège classique : pourquoi les entreprises réclament des documents qu’elles ne devraient jamais exiger

Ce scénario n’est malheureusement pas isolé. De nombreux services des ressources humaines, parfois par méconnaissance des textes, parfois par excès de prudence mal orientée, demandent des justificatifs qui n’ont aucun lien avec l’objet de la requête. Vérifier l’identité de quelqu’un pour supprimer un dossier salarié ne nécessite, en théorie, qu’une simple pièce d’identité partiellement masquée, jamais un RIB. Ce dernier document contient pourtant des données extrêmement sensibles : le numéro IBAN, le nom de la banque, et parfois des informations suffisantes pour initier des prélèvements. En combinant une carte d’identité complète et un RIB, on offre littéralement toutes les clés nécessaires pour usurper une identité bancaire. C’est précisément ce cocktail explosif qui a permis, dans cette affaire, l’ouverture d’un crédit frauduleux au nom de la victime.

Six semaines de silence, puis la découverte qui change tout

Après l’envoi des documents, plus aucune nouvelle pendant plusieurs semaines. Un silence qui, sur le moment, ne semble pas alarmant : les services administratifs mettent souvent du temps à traiter ce type de requête. C’est en consultant son historique bancaire, presque par hasard, que la victime tombe sur une ligne inhabituelle : un crédit à la consommation venait d’être ouvert à son nom, sans qu’elle en ait jamais fait la demande. Six semaines s’étaient écoulées entre l’envoi des pièces et cette découverte, un laps de temps largement suffisant pour que des données bancaires circulent, soient exploitées, et servent à monter un dossier de financement frauduleux auprès d’un organisme de crédit peu regardant sur les vérifications. La rapidité avec laquelle une simple copie de RIB peut être détournée illustre à quel point ces documents, souvent considérés comme banals, méritent une vigilance bien plus grande.

Ce que dit vraiment la loi sur la suppression de vos données personnelles

Le RGPD est pourtant très clair sur ce point : une demande de suppression de données personnelles ne nécessite jamais l’envoi d’un RIB ni d’une copie de pièce d’identité recto-verso non barrée. La loi autorise une entreprise à vérifier l’identité du demandeur uniquement si un doute raisonnable existe, et cette vérification doit rester proportionnée à l’objectif poursuivi. Concrètement, cela signifie qu’un extrait de carte d’identité avec certaines mentions masquées, comme le numéro de document ou la date de naissance complète, suffit largement. Aucun texte n’impose de transmettre des coordonnées bancaires pour faire valoir ce droit. D’ailleurs, la Commission nationale de l’informatique et des libertés rappelle régulièrement que les entreprises n’ont pas à exiger davantage que le strict nécessaire, sous peine de s’exposer elles-mêmes à des sanctions pour traitement disproportionné de données.

Les réflexes à adopter avant d’envoyer le moindre document à une entreprise

Face à ce type de demande, quelques précautions simples permettent d’éviter bien des désagréments. Il est notamment recommandé de :

  • Ne jamais transmettre un RIB pour une démarche qui n’implique aucun versement d’argent
  • Masquer systématiquement le numéro de document, la signature et la photo lors de l’envoi d’une pièce d’identité
  • Privilégier l’ajout d’une mention manuscrite indiquant l’usage exact du document, comme document transmis uniquement pour vérification d’identité dans le cadre d’une demande RGPD
  • Demander par écrit la base légale précise justifiant la demande de documents
  • Conserver une trace de tous les échanges, en cas de litige ultérieur

En cas de doute sur la légitimité d’une demande, il est également possible de contacter directement l’organisme censé l’avoir formulée, afin de vérifier son authenticité avant tout envoi. Cette vigilance, presque réflexe pour certains, reste encore trop peu répandue face à des documents administratifs perçus comme routiniers.

Cette mésaventure rappelle une règle simple mais trop souvent oubliée : chaque document transmis, même dans un cadre qui paraît légitime, doit être questionné avant d’être envoyé. Un RIB, une carte d’identité complète, ce sont des clés qui ouvrent bien plus de portes qu’on ne l’imagine. À l’heure où les démarches administratives se multiplient en ligne, apprendre à reconnaître une demande disproportionnée devient presque aussi essentiel que de savoir verrouiller sa porte en sortant de chez soi. Alors, la prochaine fois qu’une entreprise vous demandera un justificatif pour une démarche qui n’a rien à voir avec de l’argent, la question à se poser est simple : en a-t-elle réellement besoin ?

Brice L.

Rédigé par Brice L.

Brice est un journaliste passionné de sciences. Il collabore avec Sciencepost depuis plus d'une décennie, partageant avec vous les nouvelles découvertes et les dossiers les plus intéressants.

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