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Qu’aurait dû contenir le PGIRE?

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Le Plan de gestion intégrée des ressources énergétiques du Québec (PGIRE), publié le 30 juin dernier, devait offrir une feuille de route pour nos choix énergétiques jusqu’en 2050. Le manque de clarté des orientations proposées a déçu la plupart des experts en énergie. Le document apparaît peu étoffé et soutient mal la comparaison avec les exercices comparables réalisés dans d’autres pays.

En France, le Réseau de transport d’électricité (RTE) a élaboré six scénarios détaillés pour atteindre la carboneutralité, allant d’un système entièrement basé sur les énergies renouvelables à diverses combinaisons d’énergie nucléaire et renouvelable. Le tout fait 969 pages, contre 87 seulement pour le PGIRE. En Australie, l’opérateur national modélise divers scénarios futurs souhaitables, réévalue régulièrement les hypothèses et intègre explicitement le solaire résidentiel, les batteries et la flexibilité de la demande. Ces exercices ne dictent pas les décisions nationales, mais ils rendent les choix politiques plus transparents.

Notre PGIRE ne présente aucun scénario de rechange. Il présente une trajectoire unique jusqu’en 2050, sans comparer sérieusement différents portefeuilles de solutions et sans envisager de bifurcations possibles. Une véritable planification devrait mettre en concurrence diverses filières énergétiques et miser sur diverses autres pratiques comme l’efficacité, la sobriété et la production distribuée, dont le solaire sur toit. Elle devrait comparer leurs coûts complets, leurs délais, leurs risques, leurs impacts environnementaux et leur contribution à la résilience du Québec.

Une planification prudente devrait tenir compte des contraintes qui pèsent sur ces ressources. L’Uruguay, dont le potentiel hydroélectrique est largement exploité, mise désormais sur un portefeuille diversifié combinant solaire, éolien, stockage et échanges régionaux. Les Pays-Bas soumettent les bioénergies à des critères stricts de durabilité, de traçabilité et de réduction réelle des émissions, tout en les mettant en concurrence avec d’autres solutions pour l’accès aux subventions.

Le PGIRE envisage une forte hausse de 8000 MW à 12 000 MW de la capacité hydroélectrique d’ici 2050, alors que les sites les plus avantageux ont déjà été exploités. Les projets restants seront probablement plus coûteux et plus difficiles à justifier du point de vue de la biodiversité et de l’acceptabilité sociale. Il prévoit aussi un doublement des bioénergies, malgré les limites de la biomasse disponible et des difficultés techniques qui ont accablé la filière du gaz naturel renouvelable jusqu’ici.

Là où le bât blesse dans le PGIRE, c’est la place marginale réservée à la production distribuée.

Partout dans le monde, les réseaux doivent apprendre à intégrer des quantités croissantes d’électricité produite près des lieux de consommation : panneaux solaires, batteries, véhicules électriques, gestion intelligente de la demande. Les citoyens, entreprises, municipalités et communautés ne sont plus seulement des abonnés ; ils deviennent producteurs, stockeurs et fournisseurs de services au réseau.

Le Japon et les Philippines montrent deux façons complémentaires d’accompagner cette mutation. Le Japon intègre la production locale, les batteries, les véhicules électriques et les centrales électriques virtuelles à sa production nationale, tout en leur permettant de fonctionner de manière isolée si les lignes de transmission sont coupées par des séismes ou des glissements de terrain. Les Philippines, qui essaient d’accélérer l’électrification des campagnes, ont effectué un partage clair des responsabilités institutionnelles, des procédures d’autorisation et des régimes tarifaires pour la production distribuée d’électricité, le plus souvent solaire.

Dans les deux cas, l’énergie distribuée reçoit une fonction précise et un cadre opérationnel. Le Québec devrait s’en inspirer : il ne suffit plus de mentionner les microréseaux ; il faut organiser la participation croissante des ressources locales au fonctionnement du système électrique.

Le PGIRE reconnaît cette évolution du bout des lèvres, mais ne précise ni son ampleur ni les adaptations tarifaires, réglementaires et techniques qu’elle exigera. Il ne dit pas comment valoriser l’énergie locale, le stockage, l’effacement, la résilience ou les investissements de réseau évités. Il demeure structuré autour d’un modèle où l’électricité circule principalement d’un grand producteur vers des clients passifs.

En somme, la prochaine version du PGIRE ne pourra pas se contenter de confirmer des orientations déjà annoncées à la pièce. Elle devra présenter diverses options, distribuer les responsabilités pour la mise en œuvre, mettre en place des mécanismes de suivi et prévoir des plans de contingence si les choses ne tournent pas toutes comme prévu.

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