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La question du racisme s’est bruyamment ramenée dans la discussion publique cette semaine au Québec. D’abord avec ce coup d’éclat mené samedi dernier à Shawinigan par un groupuscule de suprémacistes blancs arborant pendant quelques minutes une banderole au message hostile. Puis à travers les témoignages de groupes voués à la défense des droits de groupes minoritaires, qui ont profité de l’occasion pour rappeler que si les Québécois forment un peuple accueillant dans l’ensemble, il n’en demeure pas moins que les graffitis haineux et les agressions à caractère raciste existent ici comme ailleurs.
On peut se réjouir de vivre dans une société où ce type d’événement suscite une forte désapprobation unanime des membres de notre Parlement. Ce n’est plus le cas dans certaines démocraties près de la nôtre.
On peut aussi souligner le fait que, dans les récentes enquêtes abordant le sujet, les Québécois affichent généralement les opinions les plus favorables à l’immigration parmi les Canadiens. Il ne faudrait toutefois pas en conclure qu’il n’y a pas de problème. Si les perceptions positives sont plus nombreuses ici qu’ailleurs au pays, elles sont quand même moins élevées que les perceptions négatives. Et puis, juger favorablement l’apport d’une main-d’œuvre étrangère ne se traduit pas forcément par une attitude d’ouverture : on peut très bien applaudir l’arrivée de travailleurs étrangers pour accomplir des tâches ingrates tout en souhaitant que ces personnes se fassent les plus invisibles possibles…
D’ailleurs, d’autres enquêtes assombrissent le tableau, comme cette étude de Statistique Canada publiée en 2025,, qui rapporte que 45 % des Québécois racisés déclaraient avoir vécu de la discrimination au cours des cinq dernières années ; ou bien cette étude de la Chaire UNESCO en prévention de la radicalisation et de l’extrémisme violents ayant trouvé qu’en 2025, 15 % des Québécois adhéraient à la théorie voulant que l’immigration soit organisée délibérément par les élites pour remplacer la population canadienne par une population immigrée. C’est moins que les 25 % des Canadiens… mais c’est quand même près d’un Québécois sur six !
Ce qu’on doit retenir de ce qui s’est passé cette semaine, c’est que si on peut être fiers de vivre dans une société où le racisme crasse est condamné sans appel, on ne peut pour autant s’asseoir sur nos lauriers. Car des forces malfaisantes travaillent dans l’ombre pour saper ce vivre-ensemble qui n’est pas à toute épreuve.
Second Sons, l’organisation qui a revendiqué l’odieuse action à Shawinigan, fait partie d’une constellation de groupes cherchant à attirer de jeunes hommes dans leur toile. Se présentant souvent sous la forme de clubs voués à l’activité physique, ils cherchent en fait à propager des idées alliant suprématie de la race blanche, fascisme et glorification de la violence.
Il n’y a là rien de bien nouveau. Les individus masqués à Shawinigan font partie d’une triste lignée qui a vu se succéder entre autres les skinheads des années 1980, le Ku Klux Klan des années 1960 et les premiers fascistes italiens des années 1920. Sous des habits différents, le même message basé sur la haine de l’Autre.
Nous vivons toutefois aujourd’hui dans un monde où le poison d’une poignée d’enragés peut se répandre à la vitesse de l’éclair en faisant fi des frontières, propulsé par des réseaux dirigés par des milliardaires qui ont amplement démontré à quel point ils se fichaient du bien commun. La tâche de les débusquer et de les neutraliser est titanesque.
Le Service canadien du renseignement de sécurité (SCRS), à qui incombe notamment cette responsabilité, explique dans son rapport 2025 à quel point il est de plus en plus complexe de contrer la violence à laquelle ces discours peuvent mener. « Les adeptes de l’extrémisme violent qui se réclament de différentes idéologies font de plus en plus cause commune. Ce sont les événements et les tendances qui polarisent la société ou qui leur font perdre espoir en l’avenir qui les inspirent et les poussent à agir », écrivent les auteurs du rapport.
Le SCRS remarque par ailleurs la montée d’un « extrémisme violent à caractère nihiliste », fondé sur le rejet des valeurs sociales et la croyance que la vie est dénuée de sens, et qui a comme objectif de provoquer un chaos violent. Il est troublant d’apprendre que cette mouvance attire particulièrement les jeunes d’âge mineur.
Oui, réjouissons-nous que la propagande haineuse soit unanimement dénoncée au Québec. Mais continuons de traquer ses manifestations sans merci, et faisons tout ce qui est en notre pouvoir pour cultiver notre cohésion sociale. Nous n’avons pas le luxe de la tenir pour acquise.


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