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Près de 50 personnes se sont déplacées aux séances organisées par le Bureau d’audiences publiques sur l’environnement (BAPE) concernant le projet de parc éolien de Grosse-Île, aux îles de la Madeleine. L'exercice a permis au public et aux membres de la commission du BAPE de poser une centaine de questions.
De surcroît, au moins une centaine de citoyens, provenant de partout au Québec, ont aussi assisté aux audiences virtuellement. Le BAPE n'est toutefois pas encore en mesure de comptabiliser précisément la participation en ligne.
La participation citoyenne et le nombre élevés de questions a poussé le BAPE à ajouter une troisième séance publique jeudi après-midi, après celles tenues à Grosse-Île mardi soir et à Cap-aux-Meules mercredi soir.
Au total, les trois séances qui constituaient la première partie de l’audience publique ont duré 12 heures, soit environ 4 heures chacune.

L'audience publique tenue mercredi soir à Cap-aux-Meules a rassemblé une quinzaine de personnes, sans compter la participation en ligne.
Photo : Gracieuseté du BAPE
Les promoteurs, l'Alliance de l'Énergie de l'Est et Nutrinor-Gilbert Énergies renouvelables, ainsi que les représentants de différents ministères et organismes touchés par le projet étaient sur place pour répondre aux interrogations.
Le projet de parc éolien de Grosse-Île en bref
- Construction de 4 éoliennes pour une puissance totale potentielle de 16,8 mégawatts;
- Site ciblé : des terres privées de l’entreprise Mines Seleine et des terres publiques de Grosse-Île;
- Superficie requise maximale : 11,3 hectares;
- Coût du projet : plus de 80 millions de dollars;
- Durée de vie utile : 30 ans;
- Réduction de 30 000 tonnes de GES et de 11 millions de litres de mazout par an à la centrale thermique.
Emplacement et risque élevé d’érosion
Des questions sur l’emplacement précis des quatre éoliennes ont été posées. Pour l’instant, le promoteur analyse toujours sept positions possibles, dans deux sites distincts. L'un est situé sur les terrains faisant face aux installations portuaires de Mines Seleine et l'autre se trouve plus au sud, du côté de la lagune.
Le promoteur précise qu’il a une préférence pour ériger les quatre éoliennes sur le terrain faisant face à la mine, mais que l’emplacement définitif ne pourra être déterminé que lorsqu’un choix de modèle d’éolienne sera arrêté.
Le promoteur a indiqué être en discussions avec différents turbiniers et prévoit préciser son choix dans les prochains mois.

Les promoteurs ont simulé la présence d'éoliennes sur les sept positions étudiées, près de la mine de sel à Grosse-Île.
Photo : Gracieuseté du Parc éolien de Grosse-Île
La question des risques d'érosion et de submersion côtières du futur parc éolien, qui serait en service jusqu’en 2058, a été soulevée.
Une étude de modélisation des risques d’ici 2060, réalisée par la firme Lasalle NHC en 2024, démontre que la mer atteindrait l’une des sept positions étudiées pour l'implantation des éoliennes d'ici 2050, et six d’entre elles d’ici 2060, si les projections climatiques les plus pessimistes se concrétisent.
Dans le cas d’un scénario climatique modéré, quelques dizaines de mètres de terrain entre les éoliennes et la côte seraient toujours en place jusqu’en 2060.

L'étude réalisée par la firme Lasalle NHC montre que, si un scénario climatique pessimiste se concrétise, certaines éoliennes pourraient se retrouver à l'eau dès 2050, car la côte aurait reculé jusqu'à leurs fondations. La marge de sécurité serait alors inexistante.
Photo : Tiré du rapport de la firme Lasalle NHC
L’ingénieur côtier ayant réalisé les études de risque, Nicolas Guillemette, a indiqué que le rapport conclut que les côtes bordant le futur parc éolien doivent être protégées par des travaux d’ingénierie pour diminuer les risques d’érosion du site à long terme.
Nous sommes d’avis qu’un engagement formel des différents acteurs locaux et provinciaux et autres parties prenantes au projet est requis dans la recherche d’une solution d’intervention visant la protection du littoral, et ce, autant du côté golfe que du côté lagune, incluant l’effort de maintenance associé durant la vie utile du projet, afin de diminuer ce risque à un niveau jugé acceptable, peut-on lire dans le rapport de la firme Lasalle NHC.
Nous jugeons que le risque en climat futur s’avère élevé, significatif et doit être pris en considération pour l’implantation dans les deux secteurs visés.
En plus des travaux de protection des berges, le rapport recommande aussi aux promoteurs deux autres mesures de mitigation pour limiter les risques d’érosion et de submersion côtières sur le projet de parc éolien.
La première consiste à mettre en place un programme de suivi annuel de l’évolution morphologique de la côte afin de suivre l'évolution des risques.
La deuxième est la mise en place de mesures d'adaptation dans le parc éolien, par exemple l'installation de palplanches sur les fondations des éoliennes ou le rehaussement des chemins du parc éolien pour protéger les infrastructures face à la submersion côtière.
Le statu quo n’est pas acceptable, il faut passer aux actes, a lancé M. Guillemette. Ce dernier a tout même précisé que les risques ne sont pas imminents. On a du temps pour planifier la suite, a-t-il précisé.
Le promoteur s’est dit très ouvert à mettre en œuvre les recommandations de la firme Lasalle NHC et précise que des actions en ce sens sont déjà enclenchées.

À l'instar du parc éolien de la Dune-du-Nord, le parc éolien de Grosse-Île sera mis en place en milieu dunaire. (Photo d'archives)
Photo : Radio-Canada / Steve Rompré
Les impacts du parc éolien sur les oiseaux, les chauves-souris, les insectes et la flore ont aussi été abordés.
Plusieurs questions ciblaient également les revenus générés par la vente d’électricité des projets éoliens de l’Alliance de l’énergie de l’Est et leur répartition.
La Communauté maritime des Îles a précisé que les revenus provenant de la vente d’énergie sont partagés en fonction de la richesse foncière uniformisée. La Municipalité des Îles-de-la-Madeleine détient 97 % de la richesse foncière de l’archipel, comparativement à 3 % pour celle de Grosse-Île.
Prochaines étapes
La première partie de l’audience étant complétée, le mandat du BAPE se poursuivra dans les prochains mois pour la deuxième partie.
La commission sera de retour aux îles de la Madeleine pour deux séances les 10 et 11 mars, à 19 h, heure locale.
Les citoyens qui souhaitent s’adresser verbalement à la commission à ce moment doivent s’inscrire auprès du BAPE avant le 23 février. Ceux qui veulent déposer un mémoire doivent le faire avant le 5 mars.
Par la suite, la commission du BAPE aura jusqu’au 9 juin pour déposer son rapport au ministre de l’Environnement.
Le ministère pourra par la suite faire ses recommandations au conseil des ministres. C’est le gouvernement du Québec qui aura le dernier mot sur la réalisation du projet ou non.
Bien que le contrat avec Hydro-Québec prévoyait une mise en service du parc éolien en 2025, les promoteurs envisagent maintenant une entrée en fonction en 2028.


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