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Alors que les projets de gazoduc Prince Rupert Gas Transmission (PRGT) et de terminal d’exportation Ksi Lisims, en Colombie-Britannique, doivent faire l'objet d'un examen en vue d'obtenir rapidement les permis et les autorisations nécessaires, les chefs héréditaires gitanyow continuent d’afficher leur opposition. Ils exhortent les grandes banques à ne pas soutenir ces projets, au moyen d'une lettre approuvée par plus de 125 organisations de la société civile.
La lettre a été envoyée au début du mois de décembre à 43 banques et fonds de pension pour leur demander de respecter les droits des Gitanyow et les exhorter à ne pas financer le projet de gaz naturel liquéfié Ksi Lisims ou ses promoteurs.
Parmi les banques et fonds de pension visés, on trouve la Bank of America, BMO, BNP Paribas, la Deutsche Bank, Goldman Sachs, ou encore la Caisse de dépôt et placement du Québec.
La nation Nisga’a est partenaire de ce projet. Ses voisins, les Gitanyow, un peuple gitxan installé dans le nord de la Colombie-Britannique et dont une partie du territoire devrait être traversé par le gazoduc, s’y opposent depuis le début.

Des militants gitanyow ont brûlé l'accord concernant le projet de gazoduc pour marquer leur opposition au projet il y a quelques mois. (Photo d'archives)
Photo : Instagram Gitanyow chief
Depuis plusieurs mois, les chefs héréditaires, comme les plus jeunes, tentent d’informer la population concernant leurs préoccupations. Les Simigigyet’m Gitanyow (chefs héréditaires Gitanyow) forment un gouvernement autochtone traditionnel chargé de protéger les terres, les ressources et les lois de la nation gitanyow.
Les investisseurs qui envisagent de financer le projet Ksi Lisims LNG doivent savoir que ce projet est extrêmement risqué pour de nombreuses raisons et qu'il continue de faire face à une opposition croissante. Le message des Gitanyow est clair : nous continuerons à nous battre pour notre mode de vie et à nous opposer à des projets comme celui-ci qui menacent notre Lax'yip [territoire], indique la cheffe héréditaire Deborah Good, dans un communiqué de presse.

Deborah Good, la cheffe héréditaire de la Première Nation Gitanyow, est contre le projet de GNL Ksi Lisims, car elle craint l'impact qu'il aura sur la santé des résidents et des saumons de la région. (Photo d'archives)
Photo : La Presse canadienne / Ethan Cairns
Dans la lettre, dont Espaces autochtones a obtenu copie, les chefs héréditaires expliquent vouloir alerter ces institutions des impacts négatifs et des risques importants que le projet de gaz naturel liquéfié [GNL] Ksi Lisims fait peser sur [leurs] peuples et les ressources naturelles dont [ils dépendent].
Ils soulignent ainsi les risques financiers du projet.
Gitanyow a suivi la viabilité financière du projet et conclut qu’il n’est économiquement viable ni pour notre pays, ni pour les autres nations, ni pour aucun financier ou investisseur.
La viabilité financière du projet est sérieusement menacée par la hausse des coûts, le manque d’acheteurs engagés et les difficultés du marché du GNL. Une surabondance de GNL, largement anticipée, risque d’éroder les revenus du projet, notamment en raison du manque d’accords d’achat à long terme, ce qui accroît considérablement le risque de crédit et de défaut de paiement pour les financiers et les investisseurs en actions du projet, peut-on lire dans la lettre.

Le projet comprendrait un pipeline pour acheminer le gaz depuis le bassin sédimentaire de l’Ouest canadien vers une usine de liquéfaction flottante sur la côte pacifique.
Photo : Gracieuseté : Ksi Lisims LNG
Les auteurs remettent aussi en question les projections qui ont été faites à l’époque, le projet étant envisagé depuis plusieurs années.
Selon eux, elles ont été calculées sur la base d’une étude obsolète réalisée dans un contexte économique très différent.
Une bataille juridique perdue
En février 2025, la Première Nation Gitanyow a saisi la Cour suprême de la Colombie-Britannique en raison des menaces que le projet fait peser sur les populations de saumons du bassin hydrographique de la Nass, de ses impacts climatiques, du caractère insuffisant des consultations et de l'absence de consentement des Autochtones.
Dans sa requête, elle demandait l'annulation de la décision du Bureau d'évaluation environnementale de la Colombie-Britannique de ne pas consulter la Première Nation Gitanyow au sujet du projet.
Gitanyow n’a pas obtenu gain de cause.
Le 15 septembre, le gouvernement de la Colombie-Britannique a donné son certificat d’évaluation environnementale au projet.
Ils soulignent également l’absence de leur consentement concernant ce projet, en rappelant les principes dictés par la Déclaration des Nations unies sur les droits des peuples autochtones, adoptés par le Canada.
La lettre détaille les craintes des Gitanyow concernant la population de saumons dans le secteur visé. Ils estiment que ce terminal détruirait ou modifierait plus de 100 000 mètres cubes d'habitat du saumon.
Un soutien important
Les chefs héréditaires de Gitanyow ne sont pas les seuls à s’opposer au projet de gazoduc et de terminal. La communauté de Lax Kw’alaams et la Première Nation Metlakatla, situées toutes deux dans le nord-ouest de la Colombie-Britannique, ont déposé des recours judiciaires distincts devant la Cour fédérale en octobre.
Elles allèguent que le ministre de l’Environnement et du Changement climatique de la Colombie-Britannique a ignoré leurs préoccupations concernant les impacts négatifs du projet.

La communauté de Gitwinksihlkw est une communauté nisga'a.
Photo : Radio-Canada / Delphine Jung
Le Conseil de la nation Haïda, dont les membres sont installés sur la côte pacifique, a aussi déclaré son opposition à l’augmentation du trafic de méthaniers dans ses eaux côtières, et donc, son opposition au projet.
Les chefs héréditaires ont d’ailleurs eu le soutien de différents organismes, comme Amnistie internationale (section Canada), Climate action network Canada, la Fondation David Suzuki, ou encore Greenpeace.
Ils demandaient une réponse à leur lettre dans un délai de deux semaines. À la publication de ce texte, les chefs héréditaires n’avaient pas répondu à nos questions concernant un éventuel retour de la part des institutions destinataires.


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