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Procès pour enfant mort affamé : la seconde accusée se défend d’avoir été cruelle

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Au tribunal de Milton, la Couronne au procès de deux mères adoptives accusées de meurtre de l'un de leurs deux enfants a tenté de démontrer que les deux femmes étaient autoritaires, contrôlantes et cruelles. Becky Hamber, et son épouse Brandy Cooney, sont accusées du meurtre prémédité de l'aîné des garçons, en 2022, à Burlington, et de ne pas avoir fourni les premières nécessités au cadet.

AVERTISSEMENT : cet article pourrait choquer la sensibilité de certains lecteurs.

Au second jour de son contre-interrogatoire, Becky Hamber se défend d’avoir donné du sirop Benadryl aux deux enfants pour les forcer à dormir, lorsque la mélatonine ne suffisait pas.

Non, le Benadryl, c’était pour leurs rhumes ou leurs allergies, j’ignorais que ça les rendait somnolents, dit-elle.

L’identité des deux garçons autochtones, que les deux accusées avaient adoptés en 2017, est protégée en vertu d’une ordonnance des tribunaux.

La Couronne projette à la cour des textos, datant du 5 décembre 2021, dans lesquels Mme Hamber suggère à Mme Cooney d’aller acheter plus de Benadryl pour les assommer.

Une photo de famille des accusées à une date indéterminée.

De gauche à droite : Brandy Cooney, la victime de 12 ans, Becky Hamber et le survivant des enfants. Radio-Canada a flouté les visages pour protéger leur identité. (Photo d’archives)

Photo : Avec l'autorisation de la Cour supérieure de l'Ontario

Les messages indiquent que les deux femmes se plaignent que l’aîné des garçons a de nouveau uriné dans sa couche et qu’il les blâme à ce sujet.

Les deux femmes le traitent de couille molle. Il n’a qu’à s’en prendre à lui-même, écrit Mme Hamber.

Mme Cooney lui suggère d’utiliser les attaches pour verrouiller les tenues de plongée que les enfants étaient obligés de porter dans la maison pour éviter qu’ils n’urinent sur les murs ou dans leur lit.

Il a une toilette de camping dans sa chambre et il continue à uriner dans sa combinaison, écrit-elle à son tour.

Il pense qu’il ira manger son petit-déjeuner plus tôt s’il pisse dans sa chambre, réplique Mme Hamber.

Des camisoles de force comme tenues

Le procès a montré que les enfants portaient des tenues de plongée pour les empêcher d’uriner ou encore pour interdire au plus vieux de se masturber.

Ces combinaisons en néoprène étaient verrouillées à l’arrière à la hauteur du col avec des attaches. Il fallait les détacher au moment où ils étaient conduits à la toilette.

Dans le box des témoins, Becky Hamber mentionne qu’elle ne faisait qu’exagérer avec son épouse dans cette discussion et que les enfants étaient libres dans la maison. L’aîné faisait pipi de façon intentionnelle, jamais par accident, explique-t-elle..

Une combinaison de plongée sur un plancher.

Une combinaison de plongée a été retrouvée dans la chambre de la présumée victime de 12 ans après son transfert d’urgence à l’hôpital de Burlington le soir du 21 décembre 2022. (Photo d’archives)

Photo : AVEC L'AUTORISATION DE LA COUR SUPÉRIEURE DE L'ONTARIO

La procureure Kelli Frew n’en croit rien et accuse la femme d’avoir délibérément séquestré les enfants le plus longtemps possible dans leur chambre respective parfois jusqu’à 16 h par jour.

Les enfants dormaient dans des tentes posées sur leur lit et ils n’avaient ni oreiller ni couverture. Des caméras de surveillance avaient été placées dans leur chambre dont les portes étaient fermées à clef.

Me Frew projette une séquence d’une vidéo de surveillance dans laquelle on entend Becky Hamber ordonner à l’aîné de cesser de se masturber.

Or, l’enfant ne fait que se tenir le pénis à travers sa combinaison, parce qu’il souhaite aller à la toilette.

Une photo de la chambre du cadet placés en adoption chez les accusées.

La chambre du cadet des deux garçons que les accusées avaient adoptés en 2017. L’enfant dormait sur son lit, mais dans une tente, parce qu’il faisait pipi au lit. (Photo d’archives)

Photo : AVEC L'AUTORISATION DE LA COUR SUPÉRIEURE DE L'ONTARIO

Becky Hamber explique à la cour que la masturbation faisait relâcher les muscles de la vessie et les intestins de l’aîné et que c’est la raison pour laquelle il ne pouvait se retenir.

Me Frew lui demande où elle a appris cela. Chez le médecin?

L’accusée répond qu’elle ne se souvient plus si c’est un ami qui lui a fait part d’une telle information ou si elle l’a lue sur Internet.

L’aîné faisait délibérément pipi et caca dans sa chambre pour obtenir ce qu’il voulait, répète-t-elle.

Brandy Cooney souffle les bougies d’un gâteau d’anniversaire le 3 septembre 2022.

Brandy Cooney a été la première des deux accusées à témoigner dans ce procès pour meurtre prémédité au tribunal de Milton. (Photo d’archives)

Photo : La source de cette photo ne peut être divulguée afin de préserver l'anonymat des deux enfants.

Des attaches étaient aussi utilisées pour maintenir leurs souliers en place durant la nuit.

Dans un cas, la Couronne montre, photos à l’appui, que ces ligatures avaient sérieusement contusionné les pieds du plus jeune, mais Becky Hamber laisse entendre que l’enfant avait dû les serrer trop fort.

L’accusée assure qu’elle voulait empêcher le cadet de percer les ampoules ou de gratter les gales qu’il avait aux pieds et aux orteils et qu’il ne s’agissait pas d’une punition.

Des châtiments infligés aux enfants

Becky Hamber reconnaît en revanche que les enfants étaient punis dans leur chambre, où ils devaient rester debout et immobiles, faute de quoi la punition était renforcée.

Elle explique à la cour qu’elle n’aimait pas qu’ils racontent, à tort selon elle, aux travailleurs sociaux qu’ils ne mangeaient pas à leur faim.

L’aîné se plaignait toujours d’avoir faim, précise-t-elle en rappelant que ses enfants ne devaient pas parler de leur situation à la maison à des étrangers.

L’accusée affirme que les exercices physiques n’étaient pas en revanche des punitions, mais qu’ils devaient les compléter chacun dans leur chambre.

Les deux présumées victimes au volant d’un véhicule qu’on ne peut identifier en vertu d’une ordonnance des tribunaux.

Les deux présumées victimes du couple Cooney-Hamber photographiées à une date indéterminée. Elles ont vécu chez les deux femmes à Burlington de 2017 à 2022. (Photo d’archives)

Photo : AVEC L'AUTORISATION DE LA COUR SUPÉRIEURE DE L'ONTRIO

La procureur démontre par ailleurs que le couple de femmes a désobéi à un ordre de la Société d’aide à l’enfance de Halton, qui les avait sommées d’arrêter d’utiliser des attaches en plastique dans une lettre en 2019.

Elle projette à l’écran un échange de textos entre Mme Hamber et son beau-père, qui vivait au sous-sol près de la chambre de l’aîné, pour prouver que l’accusée ment lorsqu’elle dit qu’elle a cessé de recourir à des ligatures.

Je sais comment utiliser les attaches pour verrouiller sa tente sur le lit, mais je ne sais pas comment faire avec sa tenue de plongée, écrit Ed Cooney le 8 avril 2022.

Mise devant le fait accompli, Becky Hamber explique néanmoins que les enfants étaient bien attachés, mais pas souvent. Cela dépendait de son comportement, ajoute-t-elle.

Une photo des deux présumées victimes devant une porte d’entrée.

La présumée victime, un garçon de 12 ans (à gauche), est décédée le 21 décembre 2022. On la voit à gauche avec son jeune frère sur une photo que la Couronne a présentée au procès des deux accusées. Radio-Canada a flouté leurs visages en vertu d’une ordonnance de non-publication. (Photo d’archives)

Photo : AVEC L'AUTORISATION DE LA COUR SUPÉRIEURE DE L'ONTARIO

Me Frew fait entendre un nouveau segment d’une caméra de surveillance. On y entend Becky Hamber demander à l’aîné la raison pour laquelle il est en punition. Parce que j’ai encore faim, lui répond l’enfant.

L’accusée explique à la cour qu’il lui arrivait d’être frustrée parce qu’elle trouvait que son plus vieux était ingrat, égoïste et déraisonnable.

Est-ce une façon dont on traite un enfant qui a un trouble de l’attachement?, s’inquiète la procureure.

Je regrette ce que je lui ai dit, mais il me contrariait beaucoup, répond l’accusée.

La chambre noire de l’aîné au sous-sol

La Couronne indique en outre à la cour, avec de nouvelles photos à l’appui, que l’aîné vivait constamment dans le noir.

Les accusées y avaient installé un éclairage à détecteur de mouvements, si bien que la lumière s’allumait aussitôt que l’enfant bougeait dans sa tente.

Les tentes étaient aussi munies d’une clochette pour avertir les deux femmes que l’un des enfants était en train de sortir de sa tente.

L’aîné des deux garçons assis sur un lit simple dans une chambre.

La présumée victime photographiée à l’âge de 8 ans lors d’un séjour dans un centre de psychiatrie en 2019. Radio-Canada a flouté son visage pour protéger son identité. (Photo d’archives)

Photo : Avec l'autorisation de la Cour supérieure de l'Ontario

La température de la chambre était froide et la seule fenêtre de la pièce avait été recouverte d’un drap sur lequel étaient imprimées des barres de chocolat.

Vous ne trouvez pas cela cruel d’avoir choisi un tel drap pour un enfant qui a des troubles de l’alimentation, s’interroge la procureure.

Non, pas du tout, puisqu’ils étaient parfois autorisés à manger du chocolat lors d’occasion, comme l’Halloween, rétorque Becky Hamber.

Les audiences ont démontré que le plus vieux souffrait de plusieurs troubles alimentaires, comme le gavage, la régurgitation et la rumination.

Brandy Cooney et Becky Hamber, le jour de leur mariage.

Brandy Cooney et Becky Hamber ont été arrêtées en mars 2024 pour le meurtre de l’aîné des deux garçons qu’elles voulaient adopter, mais elles étaient déjà inculpées pour maltraitance à l’endroit du plus jeune en janvier 2023. (Photo d’archives)

Photo : Facebook

Dans la cuisine de la maison, le cadran sur le four était masqué d’un ruban pour empêcher les deux enfants de connaître l’heure du jour.

La Couronne laisse entendre que cette astuce devait faire oublier aux enfants le temps de la collation. C’était une autre façon de les contrôler, demande-t-elle. Je ne suis pas d’accord, Madame, répond l’accusée.

L’aîné faisait souvent des crises en rentrant de l’école pour demander une collation, explique néanmoins Becky Hamber en avouant à la cour qu’elle et son épouse avaient décidé de ne plus envoyer leurs enfants à l’école après la pandémie et de les scolariser à la maison.

Becky Hamber affirme qu’elle et son épouse avaient perdu confiance dans l’école de leurs enfants, parce que les enseignants et la direction ne s’occupaient pas de leurs besoins.

À ce sujet, Me Frew soutient que les enfants faisaient peu d’études à la maison et qu’ils étaient plutôt confinés dans leur chambre.

Non, ils étaient autorisés à sortir lorsqu’ils étaient sages, obéissants et de bonne humeur, rectifie-t-elle.

Becky Hamber souligne que le plus vieux s’infligeait des blessures avec ses jouets à l’extérieur de sa chambre lorsqu’il en sortait et qu’il valait mieux alors le laisser en sécurité dans la pièce.

La Couronne relève par ailleurs que le couple de femmes a payé en cinq ans des réparations de l’ordre de plusieurs milliers de dollars pour les dommages que les enfants auraient causés dans la maison et qu’il a tenté de refiler la facture à la protection juvénile.

Je ne me rappelle pas de ça, déclare la femme.

Nos allocations familiales n’étaient pas la raison d’être de nos enfants, conclut-elle.

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