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« J’étais consterné. Ça m’a atteint dans mon travail, dans mon intégrité personnelle et mon autorité morale. »
C’est ainsi que le cardinal Marc Ouellet a décrit devant le tribunal le moment où il a appris les allégations d’inconduite sexuelle à son endroit, en août 2022.
Le procès en diffamation qu’il a intenté contre son accusatrice, Pamela Groleau, s’est ouvert lundi à Montréal.
Premier à prendre place à la barre des témoins, Marc Ouellet dit avoir pris la décision de poursuivre Mme Groleau afin de rétablir [s]on honneur et [s]on intégrité.
L’histoire commence en août 2022, au moment où Mme Groleau a ajouté son nom à une action collective intentée par des victimes alléguées d’abus par des prêtres. Celle que l’on connaissait à ce moment sous le nom de Mme F y racontait avoir rencontré le cardinal Ouellet à plusieurs reprises alors qu’elle était agente de pastorale à Québec, et que ce dernier aurait eu plusieurs gestes inappropriés à son endroit.
Massage, embrassade, commentaires déplacés, main qui glisse du bas du dos jusqu’aux fesses : Mme Groleau estime que plusieurs gestes du cardinal, qui auraient été commis entre 2008 et 2010 au moment où M. Ouellet était archevêque de Québec, s’élèvent au rang des agressions sexuelles. Elle a fait le choix de sortir de l’anonymat en 2023.
Si le cardinal nie avoir eu des comportements inappropriés, il soutient également que les gestes qui lui sont reprochés ont été amalgamés avec ceux, beaucoup plus graves, de religieux accusés, entre autres, de pédophilie.
Quand j’ai vu que l’on commençait à amalgamer mon cas [...] avec des abus d’enfants par des évêques… On me mettait [dans les médias] ensemble avec des cas graves de pédophilie. Je me suis dit je ne peux pas supporter ça. Il faut absolument que je défende ma réputation, par respect pour l’institution que je sers.
L’histoire fait le tour du monde
Devant le tribunal, l’avocate de M. Ouellet, Me Dominique Ménard, a exhibé de nombreux articles de presse. Les allégations de Mme Groleau ont rapidement fait le tour du monde, a réagi le cardinal.
Marc Ouellet est alors secrétaire du Conseil pontifical au Vatican. On le considère alors comme le numéro 3 de l’Église catholique.

Le pape François en compagnie du cardinal Ouellet, lors de la tenue du symposium sur le sacerdoce, à Rome en 2022.
Photo : Getty Images / Tiziana Fabi
Devant le juge Martin Castonguay, il a raconté le nuage qui s’est installé, selon lui, sur ses relations avec ses collègues à partir de ce moment. Je me disais toujours : "Qu’est-ce que pensent mes confrères dans ce qui circule désormais dans les médias du monde entier?". Des questions qui ont pesé sur la suite de son cardinalat, a-t-il dit.
Une enquête demandée par le pape François à l’époque l’a blanchi, mais les médias ont continué de rapporter les allégations, a-t-il relaté.
Marc Ouellet s’est défendu d’avoir intenté une poursuite bâillon, comme l’avait évoqué l’avocat de Pamela Groleau, Me Alain Arsenault, plus tôt dans sa déclaration d’ouverture.
Je ne veux pas empêcher d’aucune manière la justice de s’exercer. Au contraire, nous avons appris à dire aux gens : "Si vous avez quelque plainte que ce soit, allez à la justice". Je n’ai aucune intention d’avoir des bénéfices matériels [de ce procès], mais le rétablissement de mon honneur et de mon intégrité.
Le cardinal a promis de verser toutes compensations financières à l’issue du procès à des organismes qui luttent contre les abus sexuels subis par les autochtones au Canada.
D’autres victimes?
Dans sa déclaration d’ouverture, Me Arsenault a laissé entendre que d’autres femmes se disant victimes du cardinal pourraient être appelées à la barre des témoins cette semaine. Des femmes qui ont levé la main après s’être reconnues dans l’histoire de Mme Groleau, a dit l’avocat.
On ne connaît pas la teneur des gestes que ces femmes, que l’on connaît pour l’instant seulement sous les pseudonymes de Mme T et Mme M, reprochent à Marc Ouellet.
Ce n’est pas un geste isolé.
Les avocats du cardinal s’opposent d’ailleurs à ce que ces femmes viennent témoigner.
Quant au fond de la poursuite, Me Arsenault a plaidé que Pamela Groleau a utilisé son droit fondamental en s’inscrivant à l’action collective. S’il a reconnu que l’histoire de sa cliente avait pu avoir un impact négatif sur le cardinal, il n’y a rien, selon lui, de diffamatoire dans sa prise de parole.
Quand on est plus haut et qu’on tombe, ça fait plus mal. Nous sommes désolés pour lui, a dit l’avocat en concluant sa déclaration d’ouverture.
Le procès doit durer huit jours.


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