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Procès de Frank Stronach : la juge ordonne l’hospitalisation de la sixième plaignante

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Le contre-interrogatoire de la sixième accusatrice de Frank Stronach a tourné à la foire d’empoigne, jeudi, lorsque la femme, excédée par la défense, a laissé entendre qu’elle pourrait s’enlever la vie pour lui faire plaisir. La juge a alors interrompu l’audience et demandé à la Couronne de faire hospitaliser la plaignante pour évaluer sa santé mentale. L’accusé de 93 ans est inculpé d’une dizaine d’accusations à caractère sexuel pour des faits s’échelonnant sur une trentaine d’années.

AVERTISSEMENT : cet article pourrait choquer la sensibilité de certains lecteurs.

La plaignante no 6 a raconté mercredi qu’elle avait été invitée dans le condominium de l’accusé en 1986 après l’avoir rencontré dans sa boîte de nuit, le Rooney’s.

La femme, une infirmière de 33 ans à l’époque, soutient qu’il l’a ensuite violée avant de la reconduire chez elle.

L’interrogatoire avait été interrompu à maintes reprises par les pleurs et de longues déclarations sans rapport avec les questions que la Couronne lui posait.

La plaignante de 73 ans a longuement insisté sur le fait que Frank Stronach avait ruiné sa vie et sa carrière et qu’elle était devenue traumatisée, anxieuse et dépressive.

Contre-interrogatoire de la défense

Pour éviter que pareille situation ne se reproduise, la juge explique jeudi à la femme qu’elle doit répondre aux seules questions de la défense et que l’impact du viol allégué sur sa vie n’était pas pertinent pour l’instant.

La juge s’était inquiétée, avant l’arrivée de la témoin, que le contre-interrogatoire devienne un spectacle.

Or, dès le début du contre-interrogatoire, la femme a de nouveau évité les questions de la défense, provoquant l’exaspération de la magistrate.

La plaignante reconnaît qu’elle n’a pas dit toute la vérité à la police dans sa première déposition en 2006, parce qu’elle a seulement mentionné qu’elle avait été tripotée sur le divan de l’appartement.

Illustration judiciaire du procès.

L’avocate de la défense, Leora Shemesh, contre-interroge, le 26 février 2026, la plaignante numéro 6 qu’on ne peut identifier en vertu d’une ordonnance des tribunaux.

Photo : Radio-Canada / Alex Newbould

J’ai omis ce détail, dit-elle en précisant qu’elle était honteuse et qu’elle ne voulait pas nuire à sa réputation, si l’affaire devait être ébruitée.

L’avocate Leora Shemesh lui fait lire sa seconde déposition à la police en 2024, dans laquelle la femme a cette fois indiqué qu’elle avait été violée.

J’étais prête à tout dire, je n’avais plus rien à perdre, mais j’ai toujours dit la vérité, réplique la témoin.

L’avocate affirme néanmoins que la plaignante avait déjà fréquenté Rooney’s avant 1986 et qu’elle connaissait l’accusé.

Non, il m’a dit qu’il s’appelait juste Frank, réplique la femme. Et peut-être que j’y avais déjà été, mais je ne me rappelais plus du nom de l’enseigne.

Illustration judiciaire du procès.

La procureure Jelena Vlacic interroge la plaignante numéro 6 le 25 février 2026. La femme de 73 ans a été incapable de contrôler ses pleurs au point où la juge lui a donné plusieurs pauses pour se reprendre et respirer profondément.

Photo : Radio-Canada / Alexandra Newbould

Me Shemesh ajoute que la rencontre n’a pu avoir lieu un mardi, puisque la Saint-Valentin 1986 était un vendredi.

Je vous suggère que ce n’était pas en 1986, mais bien 1984, dit-elle. Peu importe la date, ce qui compte, c’est ce qui s’est passé, rétorque la femme.

Cet échange a donné lieu à un autre dialogue de sourds. Vous parlez par-dessus la défense et la sténographe ne peut faire son travail, lui rappelle la juge irritée.

La plaignante avait assuré la Couronne qu’elle n’avait rien lu dans les médias au sujet des autres femmes qui ont porté plainte contre M. Stronach, mais Me Shemesh n’en croit rien.

La femme reconnaît qu’elle s’est adressée à un journaliste du Globe & Mail et une autre de CBC. Elle admet aussi qu’elle avait bien lu l’article du Globe & Mail sur Jane Boon (une plaignante qui n’est pas représentée dans ce procès).

La presse m’appelait sans cesse pour que je leur accorde une entrevue, dit-elle. Mme Boon ne m’a quant à elle jamais contactée, précise-t-elle.

Or, Me Shemesh révèle que la plaignante a avoué lors de sa conférence préparatoire au procès, en janvier 2026, avec la Couronne que Mme Boon l’avait bien contactée.

Textos incriminants avec la presse

L’avocate sort ensuite des textos que la septuagénaire a échangés avec le journaliste du Globe & Mail. Il m’a envoyé beaucoup d’articles, mais je les ai tous lus, dit-elle exténuée.

Me Shemesh cite pourtant le contraire dans l’un des échanges.

Vous vous êtes réjouie d’apprendre en octobre 2024 que mon client faisait face à cinq nouvelles accusations et vous avez dit au journaliste que Frank Stronach était un fils de pute et que vous deviez toutes être indemnisées, dit-elle en faisant référence aux autres femmes.

Cela ne signifie pas que je veuille lui soutirer de l’argent, il venait de nous traiter de menteuses à la télévision, répond-elle en ajoutant qu’elle avait appris qu’elle n’était plus la seule.

Illustration judiciaire du procès.

L’avocate de la défense Leora Shemesh (assise) s’est montrée exaspérée mercredi par l’interrogatoire de la plaignante numéro 6 au procès de son client, Frank Stronach.

Photo : Radio-Canada / Alex Newbould

La plaignante avoue qu’elle avait dit au reporter du Globe & Mail qu’elle avait bien craché sur la photo de Frank Stronach en apprenant que d’autres femmes l’avaient rapporté à la police.

Je l’ai suivi dans les médias et il m’a causé tellement de stress dans ma vie, que j’ai attendu 20 ans avant de le dénoncer, dit-elle.

Je n’ai rien dit au début, parce que je voulais me protéger, poursuit-elle.

Me Shemesh l’accuse d’avoir colligé tous les articles qu’elle pouvait trouver dans la presse au sujet de son client. Vous êtes obsédée par mon client, lui lance-t-elle.

Illustration judiciaire du procès.

L’accusé Frank Stronach (assis à gauche) a félicité son avocate, Leora Shemesh, à la fin de l’audience pour avoir relevé de nombreuses incohérences dans le témoignage de la plaignante numéro 6, que l’on voit en pleurs.

Photo : Radio-Canada / Alex Newbould

L’avocate révèle ensuite une autre version de la conversation que Frank Stronach a eue avec la plaignante dans la voiture lorsqu’il la conduisait à son condo la nuit du viol présumé.

Il vous a invitée chez lui et vous avez dit aux policiers en 2006 que vous étiez à l’aise à l’idée de l’accompagner, parce qu’il vous traitait comme une princesse, affirme l’avocate.

La femme a marmonné une réponse inaudible, forçant la Couronne à soulever une autre objection au sujet des incohérences de son récit.

La défense explique, en l’absence de la témoin, qu’elle veut seulement connaître la vérité, parce que la femme a dit hier qu’elle trouvait que M. Stronach était trop vieux pour être son genre d’homme.

Qu’a entendu la juge exactement?

Au retour de la plaignante, Me Shemesh lui fait dire qu’elle n’était pas en congé de maladie en 2000 ou 2001, mais qu’elle avait plutôt été renvoyée de l’hôpital, ce que la femme a nié.

Non, je souffrais d’anxiété et je ne pouvais plus m’occuper de mes patients, explique-t-elle.

L’avocate affirme ensuite que la femme souffrait de dépression bien avant qu’elle ne rencontre Frank Stronach.

Vous avez reçu, avant 1984, des diagnostics de trouble obsessionnel compulsif, d’anxiété, de dépression et d’hystérie, poursuit-elle.

Je ne suis pas hystérique, seulement agoraphobe et dépressive à cause de lui, rétorque la femme en criant.

La magistrate a de nouveau excusé la plaignante à la demande de la Couronne, mais, en sortant, la femme s’est demandé si elle devait s’enlever la vie pour faire plaisir à Me Shemesh.

La juge a toutefois compris que la femme lui semblait suicidaire et elle a ordonné par précaution que la femme soit hospitalisée pour une évaluation psychiatrique.

Elle a tenu à dire qu’il soit écrit dans les transcriptions de la cour que Me Shemesh a été calme et mesurée et n’a en aucun cas intimidé la témoin, auquel cas je l’aurais interrompue pour lui dire qu’elle dépassait les bornes.

L’avocate l’a remerciée pour une telle attention.

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