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Procès de Frank Stronach : « J’étais terrifiée », dit la plaignante no 2

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Une plaignante au procès de Frank Stronach affirme avoir été molestée par le milliardaire en 1983 et être restée terrifiée, bien qu’elle ait par la suite accepté un emploi dans son entreprise, Magna International. Elle est la deuxième de sept plaignantes à témoigner dans ce procès devant juge à Toronto.

ATTENTION : cet article pourrait choquer la sensibilité de certains lecteurs.

L’industriel de 93 ans fait face à 12 accusations à caractère sexuel pour des faits qui remonteraient jusqu’à 1977.

L’identité de la plaignante de 63 ans est protégée par une ordonnance des tribunaux.

Une histoire de congédiement

La femme explique qu’elle était serveuse dans le club Rooney’s de M. Stronach au centre-ville avant d’y perdre son emploi en 1983 ou 1984.

Je devais avoir 20 ou 22 ans, j’aimais mon travail, je pouvais faire jusqu’à 1000 $ en pourboires en trois soirs, se rappelle-t-elle.

Elle affirme qu’elle ne savait pas la raison pour laquelle elle avait été renvoyée et que le gérant lui avait seulement dit : Il n’y a pas de place pour toi chez Rooney’s.

La femme, qui savait que l’établissement appartenait à l’accusé, souligne qu’elle a alors demandé à lui parler au téléphone après avoir composé le numéro du siège social de Magna pour connaître la cause du renvoi, même si elle savait qu’il n’était pas le responsable des embauches.

Illustration judiciaire du procès.

La procureure Julia Bellehumeur interroge la deuxième plaignante à la barre des témoins le 17 février 2026. Frank Stronach est assis à gauche à côté de son avocate, Leora Shemesh.

Photo : Radio-Canada / Pam Davies

Une associée a pris mon message, déclare-t-elle sans savoir que Frank Stronach la rappellerait. J’avais déjà trouvé un autre emploi de serveuse chez Pier 4, poursuit-elle.

Elle ajoute qu’elle a été surprise que M. Stronach la rappelle quelques jours plus tard pour parler de sa situation, mais au restaurant, le soir, après sa journée chez Pier 4.

La femme a trouvé l’invitation bizarre, parce qu’elle dit qu’ils auraient pu se parler au téléphone. Elle mentionne que Frank Stronach lui a révélé à table que le gérant et l’hôtesse du club la soupçonnaient de vendre de la drogue dans son club.

Je lui ai dit que c’était faux, admet-elle en affirmant qu’il y avait toutefois un revendeur connu de la place qui tournait sans cesse autour d’elle.

Une invitation imprévue

La plaignante no 2 souligne que Frank Stronach l’a par la suite invitée à son luxueux appartement sur le lac et qu’elle s’y est sentie dès le début très inconfortable.

Elle explique qu’elle a accepté de l’accompagner, parce qu’elle l’avait trouvé courtois au souper.

Je le voyais plus comme un mentor ou une figure paternelle au restaurant, mais ce n’était plus le cas, dit-elle en rappelant qu’ils avaient 30 ans de différence.

Elle mentionne qu’elle était effrayée et qu’il essayait de la calmer, mais qu’elle a refusé le verre qu’il lui offrait.

Plus il était avenant, plus je me sentais mal à l’aise, dit-elle.

Illustration judiciaire du procès.

La procureure Bellehumeur interroge la deuxième plaignante, qui décrit l’agression présumée de Frank Stronach dans les années 1980, en utilisant ses mains pour démontrer qu’il l’avait saisie de la tête aux cuisses en suivant les courbes de sa silhouette.

Photo : Radio-Canada / Pam Davies

La femme précise qu’ils ont parlé, mais qu’elle ne se souvient plus de la nature de la conversation. Je me disais que je n’aurais jamais dû accepter son invitation, se rappelle-t-elle en ajoutant qu’elle n’y est restée que 15 à 20 minutes.

Mon cœur battait la chamade, j’entendais les battements dans mes oreilles, j’étais terrifiée, mentionne-t-elle.

Elle souligne qu’elle s’est dirigée vers la porte et qu’elle l’a remercié, mais qu’il a pris les devants pour lui mettre lui-même son manteau sur les épaules.

J’étais le dos contre le mur et il était très près de moi, déclare-t-elle en soulignant qu’il lui avait fait la bise à l’européenne.

Illustration judiciaire du procès.

L’avocate de la défense écoute attentivement l’interrogatoire de la deuxième plaignante.

Photo : Radio-Canada / Pam Davies

Elle ajoute qu’il lui a touché les seins, les hanches et les cuisses, en imitant le geste de l’accusé à l’époque le long de sa silhouette dans le box des témoins.

J’avais l’impression que je devais lui retourner la faveur pour ce qu’il m’avait confié au restaurant au sujet de mon renvoi, dit-elle en réitérant qu’il n’était pas question qu’elle couche avec lui cette nuit-là.

Il voulait que je reste, je savais qu’il voulait une relation sexuelle, mentionne-t-elle. J’étais toujours confuse et je lui ai dit que je devais y aller et il m’a laissée partir, conclut-elle.

La femme explique qu’elle n’a jamais pensé avoir une relation sexuelle avec lui parce qu’il était plus vieux que son père.

Illustration judiciaire du procès.

La juge Anne Molloy, de la Cour supérieure de l’Ontario, n’a pas eu à intervenir dans les plaidoiries des deux parties, puisqu’aucune n’a soulevé d’objection.

Photo : Radio-Canada / Pam Davies

Elle avoue que Magna l’avait rappelée quelques semaines plus tard pour lui proposer un poste dans l’entreprise et qu’elle a volontiers accepté. J’y suis restée six ans avant de partir pour Vancouver, dit-elle.

Elle affirme qu’elle a accepté l’emploi parce qu’elle savait qu’elle n’aurait plus à rencontrer M. Stronach seule en privé.

Il était poli et respectueux quand je le voyais, mais nous n’avons jamais eu de conversation, dit-elle en ajoutant qu’elle voulait tourner la page sur toute cette histoire.

La femme affirme qu’elle a finalement contacté la police en août 2024 après avoir regardé deux jours plus tôt les informations à la télévision.

Elle a indiqué que le bulletin du soir avait diffusé un reportage sur l’inculpation de M. Stronach pour agressions sexuelles, mais que le milliardaire avait nié les accusations en traitant les plaignantes de menteuses.

Contre-interrogatoire de la défense

L’avocate Leora Shemesh a laissé entendre que la plaignante venait de donner bien plus de détails au sujet de son histoire qu’à la police lors de sa déposition.

Je ne connais pas bien le processus judiciaire, mais oui, je n’en avais donné que les grandes lignes à la police, répond-elle.

Me Shemesh relève notamment le fait que la femme n’avait jamais parlé à la police de figure paternelle ou de bise à l’européenne ni mentionné qu’on la soupçonnait de vendre de la drogue chez Rooney’s.

Les policiers ni les procureures ne m’ont jamais demandé non plus de leur donner autant de détails non plus, réplique-t-elle.

Illustration judiciaire du procès.

L’avocate Leora Shemesh a lancé plusieurs attaques acerbes à l’endroit de la deuxième plaignante lors de son contre-interrogatoire.

Photo : Radio-Canada / Pam Davies

La plaignante no 2 admet qu’elle ne se souvient plus du réseau de télévision, où elle avait entendu le bulletin sur M. Stronach.

Elle reconnaît qu’elle a dit aux policiers qu’elle n’était pas convaincue, il y a 40 ans, qu’elle venait de subir une agression sexuelle parce qu’elle avait réussi à quitter le condo.

Je voulais dire une agression avec pénétration, précise-t-elle maintenant.

Elle ignore également si elle a raconté ce qu’elle avait vécu à l’époque à son petit copain ou à sa colocataire. Charles partageait ma vie, donc je lui en ai probablement parlé, dit-elle.

Illustration judiciaire du procès.

La plaignante numéro 2 était serveuse dans la boîte de nuit de Frank Stronach au début des années 1980 à Toronto, lorsqu’elle s’est fait renvoyer et qu’elle a demandé à l’homme d’affaires de lui en expliquer la raison.

Photo : Radio-Canada / Pam Davies

Elle se défend de ne pas avoir insisté auprès de son ancien gérant pour se justifier et garder son emploi chez Rooney’s. J’avais trouvé un autre emploi, mais je voulais savoir la cause de mon congédiement, avoue-t-elle.

La femme souligne que le fait d’avoir été embauchée par Magna n’est qu’une coïncidence et que le souper au restaurant n’avait pas pour but de l’approcher pour changer de carrière.

Je ne me souviens pas de lui avoir dit que je faisais beaucoup moins d’argent chez Pier 4, précise-t-elle.

Dans une dernière attaque, Me Shemesh a passé en revue le passé de la plaignante en révélant qu’elle avait été accusée d’une fraude de plus de 5000 $ au sujet d’allocations pour enfants et que son entreprise avait ensuite fait faillite en 2012.

Illustration judiciaire du procès.

Frank Stronach écoute le témoignage de sa deuxième accusatrice qu’il ne peut pas voir de sa position dans le prétoire.

Photo : Radio-Canada / Pam Davies

Vous aviez des problèmes d’argent en 2019 au point où il vous a fallu refinancer votre prêt hypothécaire, l’interroge l’avocate.

La femme réplique que la fraude était un malentendu et qu’elle a été lavée de tout soupçon de la part du ministère des Services sociaux.

Oui, les temps étaient difficiles avec trois enfants à charge, je ne faisais que survivre, poursuit-elle.

Me Shemesh laisse entendre que l’appel à la police en 2024 arrivait donc à point nommé pour inculper son client au criminel avec l’éventualité de le poursuivre au civil, comme la plaignante l’avait fait contre la compagnie Loblaws en 2011 pour une affaire dont la nature n’a pas été spécifiée.

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