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Procès de Frank Stronach : « Il est devenu une bête », affirme la cinquième plaignante

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C’est une femme en pleurs qui a témoigné lundi au procès de Frank Stronach, en se souvenant du viol dont elle dit avoir été victime en 1990 dans un hôtel de Markham. La femme de 71 ans est la cinquième de sept plaignantes à témoigner depuis l’ouverture du procès il y a deux semaines. L’homme d’affaires de 93 ans fait face à une dizaine d’accusations à caractère sexuel pour des faits reprochés qui s’échelonnent sur une trentaine d’années.

AVERTISSEMENT : cet article pourrait choquer la sensibilité de certains lecteurs.

L’identité de la plaignante no 5 est protégée par une ordonnance des tribunaux.

La femme qui est esthéticienne à la retraite explique qu’elle a rencontré Frank Stronach dans les années 1980 à Toronto par l’intermédiaire de l’ancienne petite amie du milliardaire.

Un individu qui ne lui disait rien

Sonia m’avait donné un cours sur la pigmentation des cils et son salon était situé en face du bar-restaurant Rooney’s, dit-elle en ajoutant qu’elle ignorait qui était l’homme d’affaires.

Elle ajoute qu’elles ont dû déjeuner une demi-douzaine de fois chez Rooney’s avec d’autres esthéticiennes, ses collègues, sur une période de trois mois. Frank venait la voir à notre table pour bavarder de tout et de rien, se souvient-elle.

Elle affirme qu’elle a moins vu Sonia par la suite, parce qu’elle était occupée dans son propre spa à donner des soins de beauté. Elle me rappelait de temps en temps pour parler de nos soins en cosmétique, précise-t-elle.

Illustration judiciaire du procès.

La plaignante numéro 5 a pleuré pendant une bonne partie de son interrogatoire, malgré les appels de la procureure Julia Bellehumeur et de la juge de la Cour supérieure de l’Ontario, Anne Molloy, à prendre son temps. Frank Stronach est assis à gauche.

Photo : Radio-Canada / Pam Davies

Elle souligne que l’une de ses clientes avait un salon de beauté et qu’elle l’avait invitée pour acheter des produits pour la peau et lui avait donné rendez-vous dans un hôtel de Markham à l’automne 1990.

Je venais d’avoir ma fille en août, mais j’étais inconsolable parce que l’homme de ma vie m’avait trompée durant ma grossesse et j’avais rompu notre relation, dit-elle.

La septuagénaire affirme qu’elle a aperçu Frank Stronach dans le hall d’entrée de l’hôtel en attendant sa cliente et qu’il est venu la rejoindre. Il m’a dit qu’il n’était plus avec Sonia et qu’il aimerait me revoir, se souvient-elle.

Illustration judiciaire du procès.

Frank Stronach est le fondateur de l’entreprise de pièces automobile Magna International.

Photo : Radio-Canada / Pam Davies

Elle ajoute qu’elle lui a donné son numéro et qu’il l’a appelée dès le lendemain pour l’inviter à déjeuner au même hôtel le surlendemain.

J’ai accepté, parce qu’il avait été courtois comme dans le passé et que j’avais confiance en lui, déclare-t-elle.

Elle confirme qu’il s’est présenté à l’heure à l’hôtel en question juste après elle et qu’ils ont brièvement bavardé à leur table.

C’était à la fin octobre ou à la mi-novembre, je portais un tailleur trois-pièces en laine composé d’une jupe, d’un chemisier et d’un veston avec des motifs en cuir, mentionne-t-elle.

Une agression de 20 minutes

Je lui ai raconté mon travail et ma vie en lui disant que ma relation était en morceaux à cause de l’infidélité du père de m fille et je me suis mise alors à pleurer, poursuit-elle.

Elle mentionne qu’elle pleurait et qu’elle était gênée de le faire en public et que Frank Stronach lui a alors suggéré de monter à sa chambre pour parler en privé et manger, puisque le déjeuner n’avait pas encore été servi.

En entrant, il a pris mon sac à main et mon veston et il m’a enlacée et il s’est doucement dirigé vers le lit, je marchais à reculons, dit-elle.

Je ne comprenais pas ce qu’il faisait, précise-t-elle, parce qu’elle était toujours inconsolable de sa conversation au restaurant.

Illustration judiciaire du procès.

La procureure de la Couronne, Julia Bellehumeur, interroge la plaignante numéro 5 à la barre des témoins le 23 février 2026.

Photo : Radio-Canada / Pam Davies

La plaignante ajoute que l’accusé l’a alors poussée sans violence sur le lit derrière elle et qu’il a retiré sa ceinture, son pantalon et son caleçon.

Il s’est allongé sur moi, il a tiré mon soutien-gorge au-dessus de ma poitrine et relevé ma jupe en arrachant mes bas collants et ma culotte, se souvient-elle en pleurant.

Elle affirme qu’elle n’arrêtait pas de lui dire non et qu’il avait bien changé et qu’il n’était plus l’homme qu’elle connaissait. Il est devenu comme une bête, et plus je résistais, plus j’étais agressif, poursuit-elle.

Elle explique qu’elle se débattait, mais qu’il était fort et plus puissant qu’elle. Je serrais mes genoux le plus forts que je le pouvais, mais il écartait mes jambes avec les siens, déclare-t-elle.

Illustration du procès.

La plaignante numéro 5 affirme qu’elle n’a plus jamais revu Frank Stronach, bien qu’il lui ait demandé de la revoir après le viol présumé.

Photo : Radio-Canada / Pam Davies

Elle admet qu’elle ne voulait pas le combattre, mais qu’elle lui a signifié verbalement qu’elle ne voulait rien savoir.

Elle mentionne qu’elle était sous le choc et terriblement honteuse et qu’elle avait regretté d’avoir accepté son invitation.

La femme ajoute que le viol a duré 20 à 30 minutes et qu’elle s’est vite rhabillée en enfouissant ses collants et sous-vêtements dans son sac à main avant de quitter la chambre.

Frank m’a demandé si j’étais OK, et je lui ai dit que non et qu’il aimerait me revoir et je lui ai dit qu’il n’en était pas question, dit-elle en précisant qu’elle ne l’a plus jamais revu.

Départ précipité de la chambre

La septuagénaire soutient qu’elle a quitté sa chambre et qu’elle est retournée au stationnement pour prendre sa voiture et quitter l’hôtel pour rentrer chez elle.

J’étais très émotive, je traversais une période de post-partum après la naissance de ma fille trois mois plus tôt et je n’avais pas couché avec aucun homme après l’accouchement, déclare-t-elle.

Illustration judiciaire du procès.

L’avocate de la défense, Leora Shemesh, qui a à peine entamé lundi son contre-interrogatoire dans l’après-midi, le reprendra mardi matin.

Photo : Radio-Canada / Pam Davies

Elle explique que l’agression a été si violente qu’elle a été blessée aux cuisses, mais qu’elle a refusé de contacter un médecin ou la police, parce qu’elle était honteuse et qu’elle avait peur qu’il s’en prenne à ses enfants.

Je n’ai rien initié, je ne l’ai même jamais embrassé, l’amour et le sexe sont deux choses différentes ; je crois à la romance, il faut être en amour avant une relation sexuelle, c’est de cette façon que j’ai été élevée, dit-elle.

La plaignante précise qu’elle a changé d’avis en apprenant à la télévision en juin 2024, que Frank Stronach était accusé d’agression sexuelle par d’autres femmes.

Je me suis sentie coupable de n’avoir rien dit à l’époque, parce que j’aurais peut-être pu épargner à d’autres ce qu’il m’a fait subir, conclut-elle.

Elle assure toutefois qu’elle n’a jamais contacté les autres plaignantes ni lu quoi que ce soit dans la presse à leur sujet.

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