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La hausse marquée du prix de l’essence provoque une pression financière chez les agriculteurs, dont certains vivent déjà avec des problèmes de santé mentale. L’Union des producteurs agricoles (UPA) en fait le thème central du prochain forum qui aura lieu à Trois-Rivières à la fin du mois de mars.
À Baie-des-Sables, la famille Chamberland cultive des pommes de terre depuis cinq générations. Été comme hiver, près de trois millions de livres sont distribuées chaque année en Matanie et en Gaspésie. Je suis un des très petits producteurs au niveau de l’échelle de la province, souligne Mathieu Chamberland.

La famille de Mathieu Chamberland cultive des pommes de terre en Matanie depuis 1910.
Photo : Radio-Canada / Jean-François Deschênes
Comme plusieurs producteurs, les changements climatiques, l’inflation et les enjeux financiers font partie de son quotidien. Le dernier défi en lice? La hausse des prix du pétrole, provoquée par la guerre en Iran, qui laisse entrevoir des coûts de production plus élevés.
On a une certaine endurance mentale, lance-t-il. Là où ça devient dur, c'est quand qu'on a des facteurs externes où on n’a aucun contrôle dessus et qu'on n'est pas préparé. Là, par exemple, une guerre en Iran qui vient faire la flambée des prix des engrais ou du pétrole aussi proche du printemps…
Il est conscient que ce sont des défis qui peuvent être difficiles à supporter pour certains producteurs. Avec les marges qui sont assez réduites en agriculture, venir chercher 15, 20 % de plus d'engrais, ça a un coût direct sur le coût de production, précise Mathieu Chamberland. C'est officiel, ça a un impact psychosocial sur le producteur.

La ferme D & E Chamberland de Baie-des-Sables vend ses produits dans les épiceries de la Matanie et de la Haute-Gaspésie.
Photo : Radio-Canada / Jean-François Deschênes
Stress, solitude : en parler
Avec les turbulences qui se défilent partout dans le monde et la hausse des coûts, il faut gérer beaucoup de stress, confirme Stéphanie Levasseur, première vice-présidente générale de l’UPA.
Selon elle, l'instabilité économique frappe durement les producteurs et, pour plusieurs, la santé psychologique n'est pas épargnée. Quand il y a beaucoup de stress, des fois, on perd un peu nos repères, les risques augmentent pour nous et pour notre entourage.

Stéphanie Levasseur est première vice-présidente de l’Union des producteurs agricoles. (Photo d'archives)
Photo : Radio-Canada / Joël Côté
Souvent, quand on est tout seul chez nous, on peut avoir des idées noires, partage Mathieu Chamberland. Mais l'idée c'est d'essayer de se côtoyer entre nous, d'en parler parce que, finalement on se rend compte qu'on a tous les mêmes problèmes.
Cette solitude est un des sujets que le prochain forum de l'UPA abordera, le 31 mars, sous le thème Parler, soutenir, agir : cultiver le bien-être.
De mettre des exemples en lumière, des façons de faire pour gérer avec des situations problématiques, permet de normaliser tout ça , indique la première vice-présidente générale de l’UPA.
Il y a quelques années, une enquête menée par l'Université de Guelph révélait que trois agriculteurs canadiens sur quatre vivent du stress. Ils sont deux fois plus nombreux à penser au suicide que la population en général.

Selon la même étude, près d’un tiers des fermiers s’identifient à la dépression, ce qui est doublement supérieur qu’en Angleterre ou en Norvège. (Photo d'archives)
Photo : Getty Images / James Brey
Se serrer les coudes
Selon l’UPA, près de 4500 sentinelles agricoles en prévention du suicide ont été formées jusqu'à présent. Divers intervenants du milieu peuvent ainsi déceler des signes de détresse ou de dépression chez les producteurs.
Stéphanie Levasseur précise que le forum de Trois-Rivières permettra de démystifier ces enjeux. Ça permet aux gens d'être plus enclins à en parler et à demander de l'aide quand ils en ont besoin.

Pour lutter contre les remous du climat et de l'inflation, Mathieu Chamberland a déjà échangé foin et fumier avec un camarade agriculteur de la Matanie.
Photo : Radio-Canada / Jean-François Deschênes
Le producteur de La Matanie confirme l'importance de la communication et de l'entraide.
Des fois nos problèmes semblent immenses. Mais quand tu parles avec un voisin, qu’il dit : "je suis passé par là il y a quelques années", des fois il peut donner des trucs pour t'aider. La communauté agricole, il faut qu'on s'entraide.
La semaine du 16 mars sera dédiée à la promotion de la santé et de la sécurité en agriculture. La prise en charge des risques psychosociaux, par exemple, fera partie des discussions.
Avec les informations de Jean-François Deschênes


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