Près de dix milliards d’euros. C’est la somme aujourd’hui associée au chantier du canal Seine-Nord Europe, cette liaison fluviale censée connecter le bassin parisien aux ports du nord de l’Europe. Un montant qui donne le vertige quand on le compare aux estimations de départ, et qui interroge sur la manière dont ce projet a été piloté depuis deux décennies.
Le décalage est frappant. En 2006, le coût annoncé du projet s’élevait à 3,6 milliards d’euros. Trois ans plus tard, en 2009, la facture grimpait déjà à 4,2 milliards d’euros. Aujourd’hui, elle avoisinerait les 10 milliards.
À retenir
- Le coût du canal Seine-Nord Europe a plus que doublé, passant de 3,6 milliards d’euros en 2006 à près de 10 milliards aujourd’hui.
- Quatorze ans ont séparé la déclaration d’utilité publique en 2008 du démarrage effectif des travaux en octobre 2022.
- La mise en service du canal est toujours affichée pour 2030, malgré les délais accumulés et les incertitudes de financement.
Sommaire
Une facture qui a plus que doublé en vingt ans
Cette dérive budgétaire n’est pas un simple détail comptable. Elle raconte l’histoire d’un projet dont les contours techniques et environnementaux se sont étoffés depuis sa conception initiale. Entre 2006 et 2009 déjà, le coût affiché avait progressé de 600 millions d’euros, sans qu’un seul mètre de canal ne soit encore creusé.
Le canal Seine-Nord Europe doit relier Compiègne, dans l’Oise, à Aubencheul-au-Bac, dans le Nord, sur 107 kilomètres. Il s’inscrit dans le corridor européen Seine-Escaut, censé raccorder le réseau fluvial français à plus de 20 000 kilomètres de voies navigables européennes. L’ambition est de faire circuler des péniches à grand gabarit, capables de transporter jusqu’à 4 400 tonnes de marchandises chacune, l’équivalent de 220 camions selon les données diffusées par les collectivités portant le projet. Sur le papier, l’infrastructure devait fluidifier les échanges commerciaux entre la France, la Belgique et les Pays-Bas.
Vingt ans séparent les premières estimations des derniers chiffres connus. Vingt ans, et une facture qui a presque triplé.
Deux décennies de papier avant le premier coup de pelle
Le projet ne date pas d’hier. Sa déclaration d’utilité publique remonte à 2008, à une époque où l’on parlait encore de quelques milliards, pas de dix. Entre cette déclaration et le lancement effectif des travaux, plus d’une décennie s’est écoulée, ponctuée de négociations financières, de revirements politiques et de montages juridiques complexes entre l’État, les régions concernées et l’Union européenne.
Les premiers coups de pelle n’ont finalement été donnés qu’en octobre 2022. Quatorze ans après la déclaration d’utilité publique. C’est un délai qui donne la mesure de la difficulté à boucler un financement aussi lourd, réparti entre fonds européens, contributions de l’État et participation des collectivités territoriales.
Pour un chantier de cette ampleur, souvent qualifié de plus grand projet d’infrastructure de transport en cours en France, ce délai pèse lourd. Chaque année de retard renchérit mécaniquement les coûts de construction, sous l’effet de l’inflation et de la révision des normes environnementales. Le projet aura ainsi traversé quatre présidences de la République sans qu’une pelleteuse n’entre en action sur le terrain.
2030, l’échéance toujours affichée
Malgré ce retard accumulé, la mise en service du canal reste annoncée pour 2030. C’est la date qui figure encore aujourd’hui dans la communication officielle du projet et des collectivités qui le portent, huit ans après le démarrage effectif du chantier.
Cette échéance suppose l’enchaînement sans accroc de plusieurs phases de travaux, du terrassement à la construction des ouvrages d’art, en passant par l’aménagement des écluses et des quais. Le chantier avance secteur par secteur, de l’Oise jusqu’au Nord, avec des travaux d’infrastructures engagés dès 2022 dans le département de l’Oise. Tenir 2030 imposerait de ne plus connaître de nouveau retard majeur, dans un contexte où le financement de ce type de grand projet reste soumis aux arbitrages budgétaires annuels de l’État et des régions.
Dix milliards d’euros, huit ans de travaux visés, une échéance fixée à 2030. Le canal Seine-Nord Europe reste, pour l’instant, un chantier à mi-parcours dont l’issue financière définitive n’est pas encore écrite.
Sources : action-agricole-picarde.com | somme.fr | europe-en-hautsdefrance.eu


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