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Pourquoi les tout-petits ont besoin de bouger pour bien grandir?

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Dans l’une des salles du Centre de la petite enfance (CPE) Le Jardin des Étoiles à Summerside à l'Île-du-Prince-Édouard, des cerceaux colorés recouvrent le sol. Un gros dé en mousse à la main, Lennon, Vinnie et Nori attendent impatiemment leur tour.

Dès que le dé roule sur la face verte, rouge ou bleue, les enfants sautent à pieds joints dans le cercle dont la couleur correspond. Guidés par leur éducatrice Dhouha Sboui, les bambins de 3 ans rient, s'élancent et en redemandent.

Ce moment de jeu illustre l’un des besoins essentiels des tout-petits : bouger. Lorsqu'on donne la parole aux principaux intéressés, leur enthousiasme est immédiat. Alorah Gaudet, 4 ans, aime sauter, mais surtout danser.

Quand l'éducatrice lui demande ce qu'elle fait lorsqu'elle danse, sa réponse fuse avec spontanéité : Je bouge mon corps.

Swayde Gallant, 4 ans aime, elle aussi, courir dans la cour, et parle déjà avec fierté de ses exploits sur la glace : Je patine et je joue au hockey.

De gauche à droite, Alorah Gaudet, Ellie Richard, Swayde Gallant et Parker Ellis.

De gauche à droite, Alorah Gaudet, Ellie Richard, Swayde Gallant et Parker Ellis aiment bouger et sauter au CPE Le Jardin des Étoiles.

Photo : Radio-Canada / Marine Ernoult

Pour Dhouha Sboui, éducatrice depuis six ans —dont deux ans au CPE Le Jardin des Étoiles —, le mouvement répond à une nécessité neurologique chez les tout-petits.

On ne peut pas demander à un enfant de s'asseoir sur une chaise ou de rester dans un coin. Il a besoin de bouger, c'est son cerveau qui lui demande ça.

Bouger pour apprivoiser ses émotions

Stéphanie Girard, professeure au département des sciences de l'activité physique de l'Université du Québec à Trois-Rivières, confirme les bienfaits énormes de l'éducation physique.

On peut développer les habiletés sociales des enfants, comment apprendre à communiquer, attendre son tour, partager et coopérer, détaille-t-elle.

Dans les six CPE francophones de la province, les éducatrices intègrent obligatoirement des moments de jeu physique deux fois par jour : une activité à l'intérieur et une à l'extérieur.

Dhouha Sboui souligne les retombées positives sur l'estime de soi et la gestion des émotions. En réussissant à sauter dans un cerceau ou à traverser un parcours d'obstacles, un enfant surmonte ses peurs et devient confiant , dit-elle.

Surtout, il y a des enfants qui sont agités. Donc ils ont besoin vraiment de bouger, de courir pour se calmer, parce qu'ils ont beaucoup d'émotions, relève-t-elle.

Au Jardin des Étoiles, peu importe la météo —qu'il pleuve, qu'il vente ou qu'il neige —, les enfants sortent donc jouer dehors chaque jour.

Allorah Gaudet marche sur un parcours d'obstacles dans la cour de récréation du CPE Le Jardin des Étoiles. Au fond, d'autres enfants courent et jouent.

Alorah Gaudet, 4 ans, adore les parcours d'obstacles de la cour de récréation du CPE Le Jardin des Étoiles.

Photo : Radio-Canada / Marine Ernoult

C'est l'occasion pour eux d'apprendre à interagir avec les autres, à mesurer leur force et à ajuster leurs gestes, explique Mallory Doucette, éducatrice auprès d'un groupe de 18 enfants de 3 à 5 ans.

Elle rappelle le lien direct entre les activités physiques et des habiletés plus fines comme la coordination et l'agilité.

C'est important de savoir comment bouger tes bras avant de savoir comment bouger tes doigts pour écrire, observe-t-elle.

Se préparer à l'école et à l'écriture

Enseignante en petite enfance au Collège de l'Île et forte d'une carrière de 40 ans dans le domaine, Janice Gallant explique que les jeux physiques renforcent les connexions des neurones, favorisant l'attention, la concentration, le langage et la capacité à résoudre des problèmes.

Toutes les activités physiques que les enfants peuvent faire, ça a une incidence positive sur l'apprentissage plus tard à l'école.

Les notions physiques qu'on explore en petite enfance — aller en dessous, au-dessus, à droite ou à gauche, passer à travers un tunnel — sont directement liées plus tard à la pré-écriture et la pré-lecture, précise l’enseignante.

Pour faire la différence entre la lettre b et la lettre d, il faut avoir intégré la notion de droite et de gauche en bougeant son propre corps, confie Mme Gallant.

 L'éducatrice Dhouha Sboui est accroupi derrière une petite fille qui agrippe  gros dé en mousse de ses deux mains.

L'éducatrice Dhouha Sboui imagine aussi des parcours psychomoteurs où les enfants de son groupe vont ramper, grimper, essayer d'avancer vers l'avant ou à reculons.

Photo : Radio-Canada / Marine Ernoult

Une fois arrivés à l'école, la transition se fait naturellement dans le gymnase. À l'École François-Buote de Charlottetown, Brady Griffin-Hefford enseigne l'éducation physique à environ 150 élèves de la maternelle à la 3e année.

Pour ces groupes scolaires, les cours de 45 minutes ont lieu deux à trois fois par semaine, en alternant entre le gymnase et les activités en plein air.

Entre jeux de poursuite, cerceaux et ballons, Brady Griffin-Hefford privilégie les activités collaboratives. Son objectif? Développer l'esprit d'équipe, tout en faisant courir et bouger les enfants au maximum.

Lutter contre la sédentarité

Selon Brady Griffin-Hefford, l'activité physique est indispensable pour canaliser le surplus d'énergie des jeunes enfants.

Quand ils retournent en classe après avoir bien bougé, ils sont beaucoup plus disposés à se concentrer et à travailler, indique-t-il.

Le temps à la maison, c'est facile de jouer à des jeux vidéo ou regarder la télévision. Alors, on veut les pousser à être actifs tout au long de leur parcours à l'école.

Brady Griffin-Hefford

L'enseignant Brady Griffin-Hefford.

Photo : Radio-Canada / Marine Ernoult

Préserver ce plaisir de bouger peut se révéler toutefois compliqué à mesure que les enfants grandissent.

À la base, ils aiment utiliser leur corps. Mais en grandissant, la perception de soi change et certains peuvent se sentir moins bons si on les compare aux autres, analyse la professeure Stéphanie Girard.

Pour maintenir la motivation chez les plus grands, la chercheuse recommande de privilégier les succès personnels plutôt que la compétition.

L'école est le lieu par excellence pour faire ressentir à tous les enfants du plaisir dans l'activité physique. Il faut s'assurer que chaque enfant ait l'occasion de bouger à sa mesure, conclut-elle.

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