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Pourquoi les prisons en Ontario débordent-elles ?

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La surpopulation dans les prisons en Ontario s’explique en partie par l’arriéré judiciaire, le manque de soutien communautaire en santé mentale et la pénurie de personnel dans les centres correctionnels, selon des acteurs du domaine.

Des données récentes trouvées dans un document du Ministère du Solliciteur général, obtenues par la Presse Canadienne, grâce à La Loi sur l’accès à l’information montrent que le taux d’occupation moyen des prisons pour l'année 2025 dans tous les établissements correctionnels est de 127 %.

Le bureau du Solliciteur général de l'Ontario a indiqué dans un courriel que la province compte de façon constante environ 11 000 personnes incarcérées, dont approximativement 80 % sont en détention provisoire.

La prison de sudbury sous un ciel ennuagée.

La prison de Sudbury avait un taux moyen d’occupation de 141 % en 2025, selon des données obtenues par CBC.

Photo : Radio-Canada / Nicolas Mongeon

Cassandra Richards, avocate et criminaliste à Ottawa, représente des personnes accusées de crime en Ontario, au Québec et au Nunavut. Selon elle, plusieurs personnes sont détenues en attente de leur procès en raison d’importants retards au niveau des tribunaux.

 Une raison, c’est qu’il y a de plus en plus de personnes qui sont détenues avant leur procès, qui n’ont pas de remises en liberté , explique l’avocate.

Elle raconte que plusieurs détenus vivent dans des conditions horribles, sans ressource pour traiter leurs problèmes de santé mentale.

 Le système criminel, c’est devenu le système de facto de santé. On a une surpopulation dans nos prisons de personnes avec d’importants problèmes de santé mentale, de toxicomanie, et l’on n’a pas assez de services dans les communautés pour que les gens puissent y avoir accès avant qu’ils soient à un point de crise , indique-t-elle.

Pour sa part, John Hill, avocat à la retraite qui représentait des détenus pénitentiaires, estime que le système judiciaire, ainsi que les établissements correctionnels tentent de remédier aux effets négatifs de la pandémie.

 Nous constatons encore aujourd’hui que des procès s’étirent en longueur alors qu’ils auraient dû être réglés beaucoup plus tôt. Nous subissons un nombre excessif de retards et d’arriérés judiciaires , remarque-t-il.

Selon Justin Piché, professeur titulaire au département de criminologie à la faculté des sciences sociales à l’Université d’Ottawa, le taux de détention provisoire au Canada est plus élevé que l’incarcération après condamnation.

Le visage de Justin Piché

Justin Piché, professeur de criminologie à l’Université d’Ottawa, dénonce l’approche du gouvernement Ford dans la construction de nouvelles infrastructures de centres correctionnels. (Photo d'archives)

Photo : Justin Piché

 Plusieurs milliers d’entre eux demeurent en détention chaque année, puis s’en sortent sans jamais avoir été condamnés […], donc c’est vraiment une crise épouvantable , dit-il.

D'après Lindsay Martin, directrice générale de la Société Elizabeth Fry dans le Nord-Ouest de l’Ontario, la population de personnes en détention provisoire a augmenté lors des dernières années.

 J’ai eu l’occasion de visiter presque tous les établissements de détention de l’Ontario. Je viens du Nord, donc je sais que le surpeuplement de nos centres est directement lié à la population en détention provisoire, c’est-à-dire aux personnes qui ne peuvent pas être libérées sous caution. Les conditions de surpopulation découlent vraiment de cette situation , souligne Lindsay Martin.

Une personne assise en lunettes.

Lindsay Martin, directrice générale de la Société Elizabeth Fry du Nord-Ouest de l’Ontario, indique que les personnes en milieu carcéral font face à des conditions difficiles à cause de la surpopulation et du manque de main-d’œuvre. (Photo d'archives)

Photo : CBC / Sarah Law

Les importants retards dans les tribunaux contribuent également à maintenir cette pression sur le système de détention, poursuit-elle.

Besoin de personnel dans le système judiciaire

Pour accélérer les procédures judiciaires, Cassandra Richards souhaite que la province investisse dans la formation de main-d’œuvre pour régler les dossiers d’accusations criminelles des détenus.

 On n’a pas le personnel pour traiter ces dossiers-là, on n’a pas les sténographes, on n’a pas les procureurs, on n’a pas les avocats de la défense, on n’a pas les juges, on n’a pas les salles de cours pour traiter de tout ça. Alors certainement, ça a également un impact sur la gestion des dossiers en première instance , souligne-t-elle.

Pour sa part, Justin Piché estime qu’une stratégie de logement préventif pourrait réduire le nombre de détentions dans les centres correctionnels.

 On peut faire des choses en amont, comme le logement permanent et l’on peut faire ça plus rapidement que de construire des prisons. […] Puis ça va être plus efficace en terme de transformer les gens. Puis de prévenir le crime, puis de prévenir l’incarcération , explique-t-il.

Lindsay Martin déclare qu’il y a un énorme besoin d’investir dans la formation de personnel à l’intérieur des prisons.

 Lorsque les établissements débordent et qu’ils manquent d’employés ou que ces derniers ne sont pas adéquatement formés, les détenus se retrouvent de plus en plus souvent en situation de confinement continu , dit-elle.

Ajouts de nouveaux lits dans les centres correctionnels

Le gouvernement de l’Ontario a confirmé la semaine dernière son intention d’ajouter 2 500 nouveaux lits permanents dans la province au cours des 10 prochaines années.

 Notre gouvernement investit plus de 3 milliards de dollars pour moderniser les infrastructures et accroître la capacité des établissements correctionnels de la province, afin de garder les criminels dangereux hors de nos rues. Cette mesure intervient après des décennies de négligence de la part du précédent gouvernement libéral, qui avait fermé des prisons et décimé la capacité du système , a indiqué Saddam Khussain, porte-parole du bureau du solliciteur général de l'Ontario, par courriel.

La construction du centre correctionnel de Thunder Bay sera terminée dès l’automne prochain, selon M. Khussain.

Pour certains c’est une solution temporaire.

L’avocat John Hill ne s’oppose pas à la construction de nouvelles infrastructures. Par contre, il pense que ce n’est pas la solution concrète pour réduire la surpopulation des cellules.

Si l’on veut vraiment adresser la criminalité, il faut aborder les problèmes qui vont pousser les gens à des actes criminels, conclut Cassandra Richards.

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