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Les résultats du second tour de la présidentielle au Pérou se font encore attendre. Le dépouillement pourrait encore durer plusieurs semaines, ralenti par les votes contestés.

CONNIE FRANCE, ERNESTO BENAVIDES / AFP
Plus de 98 % des votes du second tour de l’élection présidentielle au Pérou ont été comptabilisés selon l’Office national des processus électoraux (ONPE).
Le chaos politique de ces dernières années au Pérou (une série de présidents emprisonnés, destitués et inculpés) se reflète également dans les élections présidentielles et plus particulièrement dans le dépouillement. Si le premier tour a été marqué par des dysfonctionnements et des accusations de fraude, le second tour du 7 juin est, lui, teinté de lenteur. La proclamation officielle des résultats ne sera faite que dans plusieurs semaines. Le duel est, pour l’heure, toujours très serré entre les deux candidats en lice, Roberto Sanchez et Keiko Fujimori, la fille de l’ancien président Alberto Fujimori.
Après l’Argentine, la Bolivie et le Chili, le Pérou va-t-il à son tour basculer à droite ? La conservatrice Keiko Fujimori, qui se présente pour la quatrième fois, a pris la tête du second tour mercredi soir. Une légère avance portée par les votes des électeurs à l’étranger, principalement aux États-Unis et au Japon. Elle compte désormais 651 voix d’avance sur son adversaire, selon l’Office national des processus électoraux (ONPE). Mais rien n’est encore joué.
Si plus de 98 % des votes ont été comptabilisés, le processus pourrait s’étirer jusqu’à « la fin du mois » de juin, selon le chef de l’ONPE, Bernardo Pachas. Environ 1600 bulletins – représentant près de 400 000 votes – ont été transmis au Jury électoral national (JNE) du Pérou pour vérification. La plupart des bulletins contestés proviennent de la région métropolitaine de Lima, fief de Fujimori.
Un délai qui n’est cependant pas nouveau dans l’histoire politique péruvienne. En 2021, le résultat final du second tour n’avait été révélé que six semaines après le scrutin. Pedro Castillo l’avait emporté avec 50,12 % des voix contre 49,87 % pour Keiko Fujimori.
Un pays divisé
Ce second tour met à nouveau en exergue la scission profonde du Pérou, entre la côte andine plutôt acquise à Fujimori et le sud rural et indigène qui soutient Sanchez. Les deux candidats, pour l’heure au coude-à-coude ont mené deux campagnes diamétralement opposées.
D’un côté, Keiko Fujimori, 51 ans. Fille de l’ancien président autocrate Alberto Fujimori, condamné pour corruption et crimes contre l’humanité, espère surfer sur la vague de droite qui s’est emparée de l’Amérique latine, pour remporter les élections. Son discours met l’accent sur l’insécurité et la criminalité qu’elle veut combattre. Pour ce faire, elle a promis de déployer l’armée en soutien à la police, de démanteler les réseaux d’extorsion et d’expulser les étrangers en situation irrégulière condamnés pour des délits.
À son opposé, Roberto Sanchez, 57 ans. Ce député et ancien ministre, coiffé tout au long de la campagne électorale d’un chapeau paysan offert par l’ancien président emprisonné Pedro Castillo, se présente pour la première fois. Il prône un changement radical avec, en ligne de mire, le rétablissement de la confiance dans les institutions, le renforcement de la justice et une réforme de la police.
Changement de ton
Fujimori et Sanchez avaient appelé au calme et à la patience tout au long du dépouillement, mais Sanchez a durci le ton mercredi et a demandé une réunion avec les observateurs internationaux pour discuter des « développements étranges, inhabituels et douteux ». « Notre peuple est vigilant, le vote et la démocratie doivent être respectés », avait-il écrit sur X lors de l’annonce de ces réunions. L’équipe de Sanchez a également entrepris des poursuites pour faire annuler les votes de 1750 bureaux de vote au Pérou pour motif d’irrégularités, ainsi que ceux de 657 bureaux de vote aux États-Unis pour « transport irrégulier ».
Quiconque l’emportera deviendra la neuvième personne à prendre la présidence du Pérou en dix ans et aura la lourde tâche de sauver un pays englué dans une crise politique persistante.


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