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Pourquoi le président de l’Ukraine a-t-il visité North Bay en Ontario, lieu de résidence du vétéran SS Yaroslav Hunka ?

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Le Premier ministre canadien Mark Carney (à droite) serre la main du président ukrainien Volodymyr Zelensky lors de leur rencontre à Kiev, en Ukraine, le dimanche 24 août 2025. [AP Photo/Efrem Lukatsky]

Dans un contexte de vive escalade de la guerre menée par les États-Unis et l'OTAN contre la Russie, le président ukrainien Volodymyr Zelensky s'est rendu au Canada pour une visite de trois jours plus tôt ce mois-ci, afin de solliciter un soutien financier et du matériel militaire supplémentaires pour son régime dictatorial. Il a fait étape à Calgary et Banff (Alberta), ainsi qu'à Toronto et North Bay (Ontario).

À Calgary, le Premier ministre canadien Mark Carney et Zelensky ont signé un « partenariat de 100 ans » ainsi qu'une déclaration commune sur la coopération en matière de sécurité et de défense, engageant le Canada à continuer de fournir des armes et des fonds à l'État ukrainien pour les années à venir. Pour mener la guerre de l'impérialisme contre la Russie, Ottawa accroîtra la production de drones ukrainiens, contribuera à renforcer les capacités de cyberguerre du pays et consolidera les infrastructures énergétiques de l'Ukraine. Les gouvernements libéraux successifs, dirigés par Justin Trudeau puis par Carney, ont fourni des dizaines de milliards de dollars d'aide militaire et financière à Kiev pour financer la guerre et se sont alignés sur les puissances impérialistes européennes pour intensifier systématiquement le conflit au cours des 18 derniers mois.

À Banff, Zelensky, qui continue de gouverner sous la loi martiale plus de deux ans après l'expiration de son mandat électoral, s'est adressé au cabinet libéral.

À Toronto, il a rencontré ce qui a été décrit comme de « hauts dirigeants de nombreuses grandes entreprises, institutions financières et fonds d'investissement canadiens », c'est-à-dire les parrains impérialistes de l'Ukraine.

La raison pour laquelle Zelensky a interrompu ce programme chargé pour se rendre à North Bay, une petite ville du nord de l'Ontario comptant 63 000 habitants, soulève plusieurs questions politiques, aucune n'ayant été soulevée par les médias capitalistes canadiens.

L'étape de North Bay a été entourée de secret. Aucun détail concernant la visite de Zelensky n'a été communiqué à la presse au préalable. Selon un article publié sur Sudbury.com le 10 septembre, « aucun détail sur la visite locale n'a été divulgué ». Un autre article du North Bay Nugget indiquait : « Zelensky a atterri à North Bay après 16 h 15 (vendredi) et a été accueilli par plusieurs personnes qui l'attendaient sur le tarmac. On ignore qui exactement a salué le président ukrainien. » Pourquoi le président ukrainien aurait-il besoin de dissimuler l'identité d'une délégation locale ?

North Bay ne compte qu'une petite communauté de la diaspora ukrainienne et, selon les informations disponibles publiquement sur son site web, ne dispose même pas d'une antenne du Congrès des Ukrainiens-Canadiens (CUC).

La ville abrite toutefois Yaroslav Hunka, le tristement célèbre vétéran ukrainien de la 14e division Waffen-SS « Galicie » alliée aux nazis, qui a reçu deux ovations debout lors d'une séance conjointe du Parlement canadien le 22 septembre 2023, séance durant laquelle Zelensky avait prononcé un discours belliciste.

Le vétéran de la Waffen-SS Yaroslav Hunka se lève pour saluer l'ovation debout du Parlement. À l'extrême gauche se trouve le général Wayne Eyre, alors chef d'état-major de la Défense du Canada.

La raison officiellement invoquée pour la visite de Zelensky à North Bay – une explication fournie a posteriori sur ses réseaux sociaux vendredi à 19 h 46 – était une rencontre avec plus de 60 pilotes de l'armée de l'air ukrainienne qui sont formés par les Forces armées canadiennes au pilotage d'avions de chasse F-16 et Saab Gripen, dans le cadre des plans de l'impérialisme canadien et mondial visant à un nouveau découpage de l'Eurasie. Tous les pilotes ukrainiens sont apparus devant les caméras portant des masques noirs.

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Il y a de bonnes raisons de penser que Zelensky aurait souhaité rencontrer Hunka, mais aussi que les autorités ukrainiennes et canadiennes auraient voulu garder cette rencontre strictement secrète. Il ne s'agit pas de simples spéculations, mais d'une question sérieuse et urgente aux implications politiques considérables.

En 2023, Zelensky, les représentants politiques de la classe dirigeante canadienne et le haut commandement militaire ont célébré le nazi Hunka comme un « héros canadien et ukrainien » ayant « combattu les Russes durant la Seconde Guerre mondiale ». Ceux qui ont applaudi Hunka – à commencer par Zelensky, le Premier ministre Trudeau et la vice-Première ministre Chrystia Freeland (dont le grand-père était lui-même un collaborateur nazi ukrainien notoire) – savent pertinemment que les seuls Ukrainiens ayant « combattu les Russes » durant la Seconde Guerre mondiale étaient des fascistes, et que le régime fantoche de l’OTAN à Kiev est lui-même gangréné par les héritiers politiques de l’Organisation des nationalistes ukrainiens (OUN), un mouvement fasciste.

Pourtant, lorsque l’hommage rendu à Hunka par le Parlement a suscité un tollé international, l’élite dirigeante canadienne a battu en retraite précipitamment, car cet incident démentait en effet les affirmations soigneusement orchestrées selon lesquelles le Canada et les autres puissances impérialistes « défendaient » la démocratie en Ukraine. L’invitation de Hunka a été attribuée à une « erreur » du président de la Chambre – alors député de North Bay –, Anthony Rota, avant qu’il ne soit révélé par la suite que Hunka avait été invité au Parlement par Trudeau lui-même, sur recommandation du CUC d’extrême droite.

De son côté, le CUC a soutenu que Hunka avait été injustement décrié, défendant ainsi – comme elle le fait depuis plus de soixante-dix ans grâce au soutien et au financement de l’État canadien – les collaborateurs et complices nationalistes ukrainiens d’Hitler en tant que patriotes et héros.

Comme l’écrivait à l’époque le World Socialist Web Site : « L’ovation réservée à Hunka par le Parlement canadien n’est que l’exemple le plus flagrant du fait que l’escalade de la guerre s’accompagne d’une tentative systématique de réhabiliter le fascisme ukrainien. »

L’affaire Hunka a contraint le gouvernement canadien à faire marche arrière temporairement concernant ses projets de réhabilitation publique des collaborateurs nazis ukrainiens et d’autres pays d’Europe de l’Est qu’il soutient depuis la Seconde Guerre mondiale, et dont les héritiers politiques constituent un élément clé de ses plans de guerre impérialistes.

Le gouvernement libéral a contesté en justice les demandes de son proche allié politique, B’nai Brith Canada, visant à obtenir la divulgation des noms, toujours tenus secrets, de plus de 900 collaborateurs nazis admis au Canada à partir de 1946 ; ces noms sont enfouis depuis 40 ans dans la troisième partie, toujours classifiée, du rapport de la commission Deschênes sur les criminels de guerre nazis au Canada. Ce faisant, il a fait valoir que leur divulgation nuirait à l’effort de guerre ukrainien.

Parallèlement, les responsables du mal nommé « Monument aux victimes du communisme » à Ottawa ont dû abandonner le projet d’y inscrire les noms de 553 collaborateurs nazis notoires auxquels le monument était dédié.

Toutefois, la crise du capitalisme mondial, qui s’aggrave rapidement depuis 2023 et engendre une troisième guerre mondiale pour le découpage des routes commerciales et des ressources, a poussé la classe dirigeante du monde entier à mettre en avant les forces du fascisme et de la réaction. Cette crise trouve une expression particulièrement concentrée en Ukraine.

Alors que les gouvernements de l’OTAN et les médias attisent sans relâche la guerre en fournissant des missiles à longue portée pour frapper en profondeur le territoire russe et en affirmant qu’une victoire militaire ukrainienne est imminente, le régime Zelensky s’enlise dans la crise face à la montée de l’opposition populaire à la guerre.

Une majorité d’Ukrainiens sont favorables à une paix négociée, mais leurs opinions ne trouvent aucun écho dans la politique officielle, car tous les partis opposés à la guerre ont été interdits. Les équipes de recrutement forcé de l’agence militaire « TRC » – une institution honnie qui rafle tout homme ukrainien n’ayant pas de liens avec la kleptocratie au pouvoir pour l’envoyer de force au front – se heurtent de plus en plus à une résistance violente, bien que celle-ci reste politiquement désorganisée et informe. Une grande partie de cette résistance émane des épouses, sœurs, compagnes et mères des hommes mobilisés de force.

Pour réprimer l’opposition, le gouvernement Zelensky use de manière toujours plus draconienne des pouvoirs autoritaires que lui confère la loi martiale ; il favorise les forces fascistes au sein de l’appareil militaro-sécuritaire de l’État et célèbre ouvertement, dans sa mythologie nationaliste, les forces d’extrême droite ukrainiennes ayant collaboré avec les nazis.

La persécution par l’État de Bogdan Syrotiuk, un opposant socialiste à la guerre condamné le mois dernier à 15 ans de prison, en est une illustration frappante. Dirigeant de la Jeune Garde des bolcheviks-léninistes, Syrotiuk a été reconnu coupable de « haute trahison » pour avoir publié, sur le World Socialist Web Site, des articles appelant à l’unité des travailleurs russes et ukrainiens contre la guerre et contre tous les régimes capitalistes rivaux qui la mènent. En condamnant Syrotiuk, le tribunal ukrainien a spécifiquement dénoncé le fait qu’il ait mis en lumière la réhabilitation et la glorification, par l’État ukrainien, de l’OUN de Stepan Bandera et d’autres complices des nazis dans leur guerre d’anéantissement contre l’Union soviétique et dans l’extermination des Juifs d’Europe.

Cette glorification s’accentue sans cesse, signe du rétrécissement constant de la base sociale du régime Zelensky et de la guerre elle-même, ainsi que de sa dépendance totale à l’égard du soutien du Canada et des autres puissances impérialistes.

En mai, Zelensky a fait inhumer de nouveau la dépouille du dirigeant de l’OUN-M, Andriy Melnyk, et a proclamé « héros national » ce tristement célèbre collaborateur des nazis. C’est Melnyk qui, en collaboration avec des éléments de la Wehrmacht nazie, a mis sur pied la division Waffen-SS Galicie, à laquelle appartenait Yaroslav Hunka, qui a participé au massacre de Polonais, de Juifs et de communistes. Le prédécesseur de Melnyk à la tête de l’OUN, Yevhen Konovalets, a été aussi inhumé en août.

Si les supérieurs hiérarchiques de Hunka, décédés depuis longtemps, sont des « héros nationaux », l’État fasciste ukrainien ne considère-t-il pas également Hunka – l’un des derniers membres encore en vie de la 14e division Waffen-SS « Galicie » – comme l’un d’entre eux ?

Yaroslav Hunka (au premier plan, au centre) parmi les troupes de la division SS ukrainienne « Galicie » [Photo: Ivan Katchanovski/Twitter or X]

Zelensky ne se serait-il pas rendu à North Bay pour le saluer personnellement ? Ou, si l’homme centenaire était trop affaibli pour le rencontrer, peut-être Zelensky a-t-il rendu visite à son fils, Martin – un dirigeant d'entreprise influent de North Bay qui avait accompagné son père lors de l'hommage rendu par le Parlement canadien –, afin de dénoncer ensemble l'« injustice » subie par Hunka en 2023, lorsque l'establishment canadien a jugé nécessaire de prendre ses distances avec lui.

Les médias bourgeois canadiens dociles n'ont soulevé aucune de ces questions évidentes. Aucun n'a même osé souligner la « coïncidence » du déplacement de Zelensky dans cette petite ville du nord de l'Ontario, lieu de résidence du vétéran ukrainien de la SS qui s'était retrouvé au cœur d'une tempête politique lorsque le président ukrainien s'était adressé au Parlement canadien, presque exactement trois ans auparavant.

De telles questions ne peuvent être posées car elles sapent le récit impérialiste présentant la guerre contre la Russie comme une lutte pour la « démocratie » et la «souveraineté » de l'Ukraine ; elles contribueraient ainsi à alimenter l'opposition populaire à la guerre et à la course au réarmement de l'impérialisme canadien.

Au lieu de cela, les médias capitalistes se sont employés à offrir une couverture politique à la visite de Zelensky à North Bay. La CBC, des médias locaux comme Bay Today et d'autres organes de presse ont consacré, avec empressement, de l'espace aux partisans nationalistes ukrainiens du régime Zelensky ; ces derniers répétaient sur commande des slogans aussi creux que « Notre président est le meilleur des présidents ». De même, la presse a relayé sans la moindre critique l'affirmation du Premier ministre Carney selon laquelle « la cause de l'Ukraine est celle de la liberté, de la démocratie et de la souveraineté ».

En réalité, la « cause » de l'Ukraine, face à une immense opposition intérieure, consiste à servir d'État-garnison pour l'impérialisme mondial dans sa quête visant à repartager l'Eurasie et le monde afin de s'emparer de leurs ressources naturelles, de leur main-d'œuvre bon marché et de leurs marchés. Le gouvernement de Zelensky ne reçoit pas ses directives du peuple ukrainien, soumis à une persécution féroce et à une mobilisation militaire forcée, mais de l'impérialisme mondial. Cet arrangement politique ne nécessite pas la « démocratie » en Ukraine, mais plutôt un régime d'État policier dans lequel douze partis d'opposition politique, dont le plus important, ont été interdits. Le rôle de l'Ukraine en tant qu'État-garnison exige la destruction totale d'une presse libre et la répression de toute dissidence. Des forces fascistes sont encouragées en Ukraine, ainsi que par l'impérialisme canadien, pour mener une guerre contre la classe ouvrière mondiale et empêcher l'émergence d'une résistance ouvrière de masse.

La tâche urgente qui incombe aux travailleurs du Canada, de l'Ukraine, de la Russie et du monde entier est de mener le combat contre la guerre impérialiste et le système capitaliste qui l'engendre. Cela implique de lutter pour la libération de Bogdan Syrotiuk et de lier la lutte antiguerre aux batailles de classe, provoquées par la détérioration des conditions de travail, les baisses de salaires réels et les conditions dangereuses en milieu de travail, qui éclatent dans tous les grands pays du monde. Ce mouvement doit dénoncer la réhabilitation criminelle de criminels de guerre nazis et de leurs défenseurs actuels dans les capitales impérialistes.

(Article paru en anglais le 25 septembre 2026)

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